Voir Le Matin, 2 janvier
ni souhaits, mais de la vblonté et du labeur », disait le premier; « résister )>, disait le second; « du sang-froid, résister », répondait le troisième. Vers le même moment, à Mézières, à la fin d'un banquet d'officiers et de soldats, célébré à l'occasion de la Noël, l'empereur Guillaume lui-même, désillusionné du rêve qu'il avait fait de commencer la nouvelle année dans Paris ou dans Varsovie conquises par ses troupes, laissait échapper, comme un soupir, ce mot : (c Dieu a voulu que l'ennemi nous contraigne à célébrer ici cette solennité. » « Ici », à Mézières loin de Paris inviolé, loin de Varsovie inconquise; ici, près d'une frontière que nous serons bientôt sans doute contraints de repasser comme si « unser Gott » ne nous connaissait plus! Le i^^ janvier, il avouait, dans une proclamation à ses armées que « la situation était sérieuse et la tâche ardue ».
Le 2 février, faisant allusion aux mesures que les autorités allemandes ont dù prendre pour éviter que les populations de l'Empire soient condamnées à la famine, par le blocus dont les ports allemands sont l'objet, l'officieuse Gazette de rAllemagne du Nord disait : « La nation allemande se trouve en face d'un problème qui ne s'était posé jusqu'ici que dans les villes assiégées.... Ce serait le fait d'une légèreté criminelle de nous bercer du vague espoir que la guerre peut se terminer par la victoire de nos armées, avant que la suffisance de nos approvisionnements ait été mise à l'épreuve. » (Voir Le Matin, 3 février 1914.)
La gravité des inquiétudes que le blocus de la mer du Nord inspire aux autorités allemandes, est bien mise en relief par l'offre que le gouvernement de l'Empire a fait à celui des États-Unis, de faire contrôler par des agents américains la distribution des céréales qui seraient expédiées pour les populations allemandes, et que l'Angleterre laisserait passer. Cette humiliation sera évitée à l'orgueil germanique, car l'Angleterre et
ïa France sont bien résolues à ne rien laisser passer qui puisse servir au ravitaillement de l'Allemagne ^
Quant aux manœuvres par lesquelles l'Allemagne a tenté d'émouvoir les neutres en sa faveur, les « intellectuels )) eux-mêmes ne tardèrent pas à en comprendre la vanité ou même le danger. A la fin de novembre, le Berliner Tageblatt publiait un article du professeur Max Dessoir où se trouvait l'aveu queu le manifeste des
1. Le Times du 4 mars 1915 a indiqué la seule réponse qui pourra être faite à la proposition allemande.
« En substance, disait-il, l'Allemagne dit à Washington qu'elle peut consentir à suspendre ses manœuvres de pirate, s'abstenir de menacer les navires elles existences des Américains, si l'Angleterre lui permet d'importer tous les vivres qui lui sont nécessaires, par l'entremise d'agences dont les noms seront communiqués au gouvernement des États-Unis et qui opéreront leurs livraisons aux mains de marchands allemands autorisés pour la consommation de la population civile seule.
« Nous avons déjà expliqué que l'acceptation d'une telle proposition serait se soumettre à un chantage, admettre que la piraterie allemande nous avait intimidé, inviter l'ennemi à reprendre les mêmes procédés quand il aurait importé assez de vivres pour atteindre la prochaine récolte.
« Mais d'autres objections devraient frapper un peuple pratique comme les Américains. Quelles garanties aurions-nous que les vivres importés serviraient seulement à la population civile allemande? line promesse de Berlin? Les Américains en connaissent la valeur aussi bien que nous.
« Sont-ils disposés à la garantir? Si oui, comment, par quels moyens se proposent-ils, le cas échéant, de faire respecter leur garantie? Enverront-ils une armée d'agents américains pour surveiller les agences allemandes dans les ports, les marchands autorisés dans chaque ville, dans chaque village de l'empire? L'Allemagne a invoqué la nécessité comme une excuse suffisante pour toutes les violations des traités et des lois dont elle s'est rendue coupable. Pourquoi supposer qu'elle renoncerait à invoquer la môme nécessité pour échapper une fois de plus aux engagements qu'elle devrait prendre ?
« Nous avons la confiance que, réflexion faite, l'impossibilité absolue de ce projet sera reconnue de l'autre côté de l'Atlantique, et le plan allemand considéré comme une simple ruse diplomatique. »
93 intellectuels » ainsi que les « brochures et articles de journaux spécialement écrits pour l'étranger et les conférences faites par des savants allemands, telles que celles du professeur Ostwald en Scandinavie, avaient produit un effet contraire à celui qu'on attendait ^ ».
Sous l'influence d'inquiétudes provoquées par l'échec des plans de l'état-major allemand, la prolongation de la guerre, les succès des alliés et la rareté des vivres ou des matières nécessaires à la guerre, tous ceux qui poussèrent à cette affreuse aventure la rendirent inévitable ou la provoquèrent, ont cherché déjà à dégager leur responsabilité. Le chancelier de l'empire qui, à la fin de juillet, affirmait la nécessité pour l'Allemagne de violer la neutralité de la Belgique en traitant de « chiffon de papier » le traité par lequel l'Allemagne elle-même l'avait garantie, osa dire, le 3 décembre, devant le Reichstag, que la guerre avait été « imposée » à l'Allemagne, qu'elle était pour l'Allemagne une guerre purement « défensive », dont la responsabilité incombait à la Russie et à l'Angleterre, — pourquoi pas aussi à la France et à la Belgique — qu'elle avait été conçue dans le but d'anéantir l'Allemagne, et autres cyniques mensonges que le Reichstag, affectant d'y croire, couvrait de ses applaudissements. Et à l'heure même où les armées allemandes incendiaient les maisons, bombardaient sans raison, par simple rage, les monuments les plus sacrés et les plus artistiques, violaient les femmes avant de leur arracher les seins pour bâillonner d'autres victimes, mutilaient les enfants ou les jetaient dans les flammes pèle-mêle avec leurs mères et leurs aïeux, pillaient les châteaux, les boutiques ou les fermes, volaient l'outillage des usines, les bijoux des femmes et jusqu'aux jouets des enfants, M. de Bethmann- Holweg se plaignait devant le Reichstag de ce que « ses compatriotes sans défense sont maltraités en pays