‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 23 sur 29 · Voir Le Temps, 1*' décembre · texte numérisé non relu

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ennemi d'une manière qui est une honte pour la civilisation ». Un autre des principaux responsables de la guerre actuelle, le général de Moltke qui, étant chef d'état-major prépara les engins de massacre et d'incendie de cette affreuse guerre, affirme à présent: « Personne en Allemagne ne voulait la guerre et moi moins que personne. » Le kronprinz, qui, depuis son entrée dans la vie publique, n'eut pas de préoccupation plus constante et plus ardente que d'encourager la propagande belliqueuse des ligues pangermanistes contre la France, l'Angleterre et la Russie i déclarait sur le ton d'un enfant menteur et qui craint le fouet, dans l'interview rappelé plus haut : « Quant à l'accusation d'être le chef du parti de la guerre, je suis véritablement fâché que les gens ne me connaissent pas mieux. Il n'y a pas de parti de la guerre en Allemagne, il n'y en a jamais eu. » Enfin, Guillaume II ne prononce pas un discours, ne rédige pas une proclamation sans se lamenter sur les attaques dont l'Allemagne est l'objet et se poser en victime des ennemis qui veulent « écraser )) son empire.

François-Joseph lui-même, qui, depuis plusieurs années, cherchait à faire la guerre à la Serbie et ne recula pas, pour satisfaire ses haines et ambitions devant la certitude d'une guerre générale, osait affirmer le 31 décembre 1914, dans un ordre du jour à son armée,

1. En 1913 parut avec le titre L'Allemagne en armes, un livre violemment pangermaniste pour lequel le kronprinz avait écrit une hymne à l'épée où il disait : « Ce n'est qu'appuyé sur notre bon glaive allemand que nous pourrons conquérir la place au soleil qui nous revient.... Jusqu'à la fm du monde, c'est à l'épée qu'appartiendra la décision suprême.... Si le peuple allemand tout entier est décidé à risquer joyeusement ses biens et sa vie, le monde peut être plein de diables, nous saurons en triompher.... » La même année il envoyait au concours hippique de Bruxelles un cheval qu'il avait baptisé Nancy. Au Reichstag, dans sa tribune officielle, il applaudissait les attaques d'un orateur contre l'Angleterre. (Voir Paul Vergnet, La France en danger, p. 25 et suiv.)

que la guerre fut « imposée à la monarchie et à' sa iidèle alliée )) par de (( nombreux et puissants ennemis».

Nous voilà loin des harangues enflammées par lesquelles, pendant vingt- six ans, Guillaume II excita le pangermanisme de ses sujets, provoqua leurs ambitions et leurs appétits, menaça le monde entier de sa « poudre sèche » et de son u glaive aiguisé » ; loin des heures où le kronprinz chantait les joies de la guerre et appelait de ses vœux le jour où. son cheval foulerait l'asphalte des boulevards de Paris après avoir passé sous l'arc de triomphe de l'Étoile; loin du moment où la presse allemande annonçait l'entrée des troupes du kaiser à Paris pour le vingtième jour de la guerre; loin de l'époque, si récente pourtant, où Guillaume II et ses diplomates parlaient au roi des Belges, au roi de la Grande-Bretagne, à l'empereur de Russie et à la République française comme si l'Allemagne était déjà maîtresse de l'Europe. A la Belgique ils signifiaient qu'ils violeraient sa neutralité, simplement parce que tels étaient leurs intérêts ou leur bon vouloir; à la France iis demandaient de trahir la Russie; à l'Angleterre ils prétendaient imposer qu'elle laissât fouler sans protestation le territoire belge et qu'elle contraignît, par sa flotte, la France à trahir ses alliés; à la Russie, enfin, ils avaient l'audace de signifier qu'elle devait laisser écraser son alliée et protégée, la minuscule Serbie, par l'Autriche-Hongrie. Et parce que la Belgique invoquait la convention internationale signée par toute l'Europe, y compris la Prusse, qui garantit l'inviolabilité de son territoire, parce que l'Angleterre restait fidèle à son amitié pour la France et à la défense de ses propres intérêts, parce que la France montrait sa résolution d'exécuter loyalement ses obligations envers la Russie, parce que la Russie refusait d'assister dans une impassibilité honteuse à l'écrasement de la Serbie par l'Autriche et à l'asservissement des Slaves par les Magyars, Guillaume II, son armée et son peuple se considérant

comme supérieurs et invincibles {Deutschland aber ailes) contraignaient la Belgique, la France, l'Angleterre et la Russie à une guerre dont elles ne voulaient pas, qu'elles s'étaient efforcées d'écarter, qu'elles étaient unanimes à flétrir comme « inutile et déraisonnable » ainsi que devait le déclarer plus tard le kronprinz.

Le kaiser et son peuple entier montraient alors pour cette guerre un enthousiasme délirant. Guillaume était acclamé par Berlin et couronné empereur du monde ». Ses généraux, ses officiers et jusqu'à ses plus humbles soldats préparaient leurs lauriers, en attendant qu'ils se livrassent au viol, à la débauche, à la soûlerie qui détendraient leurs nerfs, au pillage qui les enrichirait, aux incendies, aux bombardements et aux massacres qui feraient trembler les peuples à leur approche. Les chants guerriers retentissaient Unterden Linden, dans les concerts, les théâtres, les cafés et les plus humbles guinguettes. 11 n'y avait pas alors un seul Allemand qui ne manifestât sa joie de voir surgir la guerre parce qu'il n'y en avait pas un seul qui doutât d'une prompte et fructueuse victoire.

§ XII. — MOUVEMENT d'OPINION EN ALLEMAGNE ET EN AUTRICHE EN FAVEUR DE LA PAIX.

Dès que la vérité leur est apparue, ils ont pensé à dégager leur responsabilité et se sont préoccupés des moyens de mettre fin le plus tôt possible à une aventure dont les suites leur apparaissent redoutables. Le 25 décembre, la Gazette de Francfort publiait une lettre de son correspondant de Berlin où, après l'aveu « nous n'avons pas écarté de nos frontières la pression qui les menace à l'est et à l'ouest », il était dit : « Personne en Allemagne, pas même nos gouvernants, ne sait quand nous signerons la paix et quelle sera cette paix. Tout ce que nous savons, c'est qu'il faut qu'elle soit honorable. » Comme elle ne pourrait l'être au point de vue

allemand qu'avant la pénétration des alliés dans les provinces allemandes, il s'est produit, à la fin de 1914, un mouvement d'opinion en faveur d'une paix aussi prompte que possible. Le Daily Mail reproduisit une conversation particulière dans laquelle un membre du Reichstag avait fait les déclarations très significatives que voici : « Si la guerre continue longtemps, elle ramènera l'Allemagne cinquante ans en arrière, au moins. Il n'est pas douteux que nous aurons à payer non seulement nos frais de guerre, mais encore les dégâts causés aux pays alliés. Mon opinion, partagée par une grande partie des Allemands de classe moyenne est que nous devons saisir toute occasion favorable d'offrir des conditions de paix avant de nous trouver en situation de n'avoir plus rien à offrir. Je suis certain qu'elles ne tarderont pas à être publiquement exprimées^. »

Le 12 décembre, Le Temps, faisant allusion aux bruits qui couraient en divers pays écrivait : « Les rumeurs de paix essaient en ce moment leur efficacité sur l'opinion italienne. Ces bruits répandus à Rome et dans d'autres centres de la péninsule sont destinés, dans l'esprit de leurs auteurs, à calmer les désirs d'intervention qui agitent de plus en plus nos voisins d'au delà des Alpes. Les mêmes invites pacifiques ont été importées à plusieurs reprises en France de divers pays neutres où on les avait fait éclore dans l'espoir de détendre nos énergies. )> Certains socialistes de la Hollande, de la Belgique et peut-être d'ailleurs, d'accord avec des <( camarades » allemands qui, eux-mêmes, étaient certainement en relation avec les autorités germaniques, firent à une heure donnée, des efforts visibles pour déterminer dans les milieux populaires un mouvement en faveur de la paix. C'est surtout après notre victoire de la Marne, que prirent corps et qu'allèrent

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