‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 25 sur 29 · Voir L'Homme enchaîné, 26 décembre · texte numérisé non relu

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Serbie.... ïl a officiellement sollicité l'intervention de M. Venizelos en vue d'amener la Serbie à conclure une paix séparée avec l'Autriche.... Il offrait de respecter l'intégralité du territoire serbe, en se contentant d'occuper quelques points stratégiques.... Il offrait formellement de <( se désintéresser des prétentions bulgares sur la Macédoine », c'est-à-dire de trahir la Bulgarie après l'avoir poussée à la trahison.... M. Venizelos écouta courtoisement et répondit, de sa voix douce et ferme, par un refus formel de transmettre au gouvernement serbe de telles propositions. »

Les affirmations de M. Clemenceau n'ayant pas été contredites, on est autorisé à admettre que vers la fin de novembre ou au début de décembre, alors que l'Autriche avait conscience de la fâcheuse situation dans laquelle ses armées se trouvaient en Serbie, le gouvernement de François-Joseph tenta de traiter séparément avec celui du roi Pierre. Ce fait nous montre une fois de plus jusqu'à quel degré de platitude et de déloyauté peut tomber le Germain lorsqu'il sent la fortune lui devenir défavorable. Après avoir provoqué la plus épouvantable des guerres pour asservir et conquérir la Serbie, l'Autriche la sollicitait de conclure avec elle la paix. Après avoir jeté, au moment de la seconde guerre des Balkans, la Bulgarie contre la Grèce et la Serbie, c'est à la Grèce que l'Autriche demandait de servir d'intermédiaire de paix entre elle et la Serbie; après avoir excité de nouveau la Bulgarie à se jeter sur la Macédoine pour l'arracher à la Serbie, elle promettait à la Serbie de lui laisser les mains libres contre la Bulgarie. Toutes ces ignominies, toutes ces trahisons, l'Autriche les, commettait avec cette inconscience du Germain pour qui l'honneur, la parole donnée, les conventions écrites et signées, ne sont qu'armes des « faibles ), et elle était assez naïve pour croire que la Serbie, que la Grèce prendraient au sérieux sa parole, ses projets de convention, ses engagements et ses

LA SITUATION MILITAIRE AU DEBUT DE 1 9 1 li 115

offres de paix! Il ne me semble pas que l'histoire d'aucun peuple ait conservé le souvenir d'autant de sottise alliée à autant de mauvaise foi.

Sans y attacher plus d'importance qu'il ne convient, je ne puis passer sous silence les bruits qui coururent à la fin de l'année 4914 et au début de l'année 1915, dans la presse des divers pays, relativement à un mouvement d'opinion qui se serait produit en Autriche en vue d'une paix séparée de la monarchie des Habsbourg avec les puissances de la Triple-Entente. Vers la fin du mois de décembre 1914, la Gazette de Lausanne publia une interview d'un ancien diplomate autrichien où se manifestait l'opinion de ce que l'on pourrait appeler les « Autrichiens autonomes » ceux qui ont eu conscience de la lourde faute commise par François-Joseph, le jour où, malgré les humiliations et les pertes consécutives aux défaites de Sadowa, il plaça son royaume sous la direction d'abord, sous l'hégémonie ensuite de l'empire germanique. « Depuis le 7 octobre 1879, déclarait le diplomate autrichien au journal suisse, date à laquelle nous signâmes un pacte d'alliance avec l'Allemagne et l'Italie, nous avons servi d'instrument à la politique du roi de Prusse. Nous avons été trop longtemps serfs; les conditions sont propices; libérons-nous du joug allemand et signons la paix. » Il ajoutait, non moins justement : « Notre existence est menacée; quelle que soit l'issue de cette guerre, nous avons le devoir de nous en retirer pendant qu'il en est temps encore, nous n'avons rien à espérer d'un empire allemand victorieux. » A ces observations très justes, il en ajoutait une autre non moins exacte en déclarant que l'Autriche ne devait plus se « préoccuper outre mesure de cette politique orientale, où nous avons, disait-il, usé nos meilleures forces depuis trente ans » ; mais, cédant aux étranges illusions dont les Germains sont coutumiers, il ajoutait : « Nous pourrons songer alors à reconquérir une prépondérance dans l'Europe centrale. En faisant la paix dès mainte-^

nant nous pouvons espérer conserver le Statu quo ante, le service que nous rendrions à la coalition nous autorisant à avoir quelques exigences. »

Parmi ces exigences le diplomate faisait figurer la prétention de conserver la Transylvanie et la Bukovine, c'est-à-dire les régions peuplées par les Roumains et toutes les provinces qu'habitent des Slaves, tandis que la Serbie et le Monténégro seraient dédommagés par l'abandon d'une partie de l'Albanie. Poursuivant sa chimère, le diplomate autrichien ajoutait : « De cette façon nous dressons contre l'Italie- notre alliée d'hier, notre ennemie de toujours, les peuples balkaniques; nous l'isolons de l'Europe et nous l'empêchons d'avoir la maîtrise dans l'Adriatique. Il sera trop tard pour elle de vouloir sortir de sa neutralité menaçante ; elle aura contre elle l'Autriche et toute la coalition. » Le diplomate autrichien ne prévoyait pas que trois semaines après ces déclarations, l'Italie en s'emparant de Vallona, s'assurerait la possession de la porte d'entrée et de sortie de l'Adriatiaue. 11 ne prévoyait pas non plus que, renonçant à ses anciennes erreurs, l'Italie se mettrait d'accord avec la Roumanie et la Serbie, c'est-à-dire avec les Latins et les Slaves des Balkans contre l'Autriche. Enfin, le diplomate autrichien abandonnait Constantinople et les Turcs à la Russie, dans la pensée que celle-ci appuierait le maintien du statu quo dans la monarchie des Habsbourg malgré les Roumains de la Bukovine et de la Transylvanie, malgré les Polonais de la Galicie, malgré les Slaves de la Bohême et des provinces méridionales de la Monarchie, malgré les Italiens du Trieste, du Trentin et de l'Istrie. 11 oubliait, d'autre part, que l'Autriche battue par les Russes et par la Serbie, réduite à l'impuissance et déconsidérée par la déloyauté de sa conduite au moment de l'éclosion delà guerre actuelle et pendant la guerre des Balkans, n'a plus aucun titre à manifester la moindre « exigence ». Enfin, s'il eût regardé de près ce qui commençait déjà

de se passer, à la fîn de 1914, dans l'intérieur de la monarchie des Habsbourg, il aurait vu s'élargir les fissures qui, depuis le jour où François-Joseph est monté sur le trône, n'ont cessé de se former entre les différentes parties du bloc hétérogène austro-hongrois.

A la suite des graves échecs, incessamment répétés, subis parles armées austro-hongroises, des tendances séparatistes très prononcées se sont manifestées en Hongrie où la guerre actuelle fut d'abord accueillie avec un grand enthousiasme en raison de la haine très vive que l'on y éprouve pour les Serbes et les autres Slaves. On craignait particulièrement, en Hongrie, que la formation d'une grande Serbie, entraînant les populations slaves situées entre le royaume Magyar et l'Adriatique, séparât définitivement ce royaume de la mer en affaiblissant sa puissance et l'on comptait sur la guerre actuelle pour mettre fin aux ambitions de la Serbie sinon à son existence. Les désillusions qui se sont produites au spectacle des Russes devenus maîtres de la Galicie et de la Bukovine et des Roumains se préparant à envahir la Transylvanie, tandis que les Serbes expulsaient les armées autrichiennes de leur territoire ont calmé les sentiments belliqueux des Magyars.

Dès la fin du mois de novembre, l'opposition commença de protester contre la guerre et de préconiser la paix. Le 22 novembre, les journaux suisses publiaient la dépêche suivante : « Un nombre considérable de députés hongrois, parmi lesquels plusieurs députés du parti indépendant, ainsi que le comte Apponyi, M. de Wlassick, les comtes de Karolyi et plusieurs ministres ont tenu une j'éunion à Budapest. Tous les députés sans exception ont proclamé leur désir de la paix. « La (( Hongrie ne voulait pas la guerre, mais elle y fut poussée « par les événements de Serajevo. Si l'Allemagne n'avait « pas insisté, un accord serait intervenu avec la Serbie, « comme cela fut le cas en 1909 pendant l'annexion de la u Bosnie-Herzégovine. » Le comte Apponyi a affirmé, de

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son côté, que la Hongrie voulait bien venger l'archiduc, mais n'avait pas l'intention de déchaîner la guerre mondiale. « Aujourd'hui, a-t-il dit, nous avons le droit « d'espérer que la paix se fera plus vite que l'on ne le « croirait, car la Serbie elle-même, éprouvée par tant de « misère, se soumettrait aux conditions modestes que le (c gouvernement lui proposerait pour contribuer à une (( issue pacifique. » Un député kossuthiste a demandé formellement de faire la paix, malgré l'insistance de l'Allemagne, qui ne cherche qu'à baser son avenir sur la ruine des petites nations. Cette expression a provoqué un débat pénible et, pour la suite de la discussion, les journalistes présents ont été écartés i. )>

Ainsi qu'il ressort des paroles du comte Apponyi, on croyait alors, en Hongrie comme en Autriche, que la Serbie consentirait à traiter séparément. Le refus qu'elle a opposé aux propositions du gouvernement de Vienne, les victoires qu'elle a remportées et les progrès des Russes vers le territoire hongrois n'ont fait qu'accroître les inquiétudes des Magyars. De violentes manifestations populaires eurent lieu à Budapest et dans d'autres villes hongroises.

Le président du Conseil des ministres de Hongrie, le comte Tisza fit lui-même, devant la Chambre des députés, des déclarations d'une telle gravité qu'une partie de son discours ne figura pas dans les comptes rendus officiels. « Il dit en résumé, déclara un correspondant du Morning Post -, que l'invasion de la Hongrie intéressait au plus haut point les peuples et les armées des deux alliés, mais que, puisque son importance semblait être méconnue de l'état-major général, la Hongrie en ferait une affaire personnelle et saurait trouver le moyen de faire revenir ceux de ses enfants qui combattent au loin pour défendre contre l'invasion ennemie

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