‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 27 sur 29 · Voir Lç Petit Journal, 13 janvier · texte numérisé non relu

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aulrichîeones paraissent ne -pas être capables de prendra" une revanche sérîense de leurs défaites, que leurs soldais des nationalités slave, polonaise, roumaine, italienne montrent peu de dispositions à se t»attre TÎgoureusement contre les Russes, que leurs chefs militaires ont fait preuve d'une notoire incaparité. que les finances de l'Autriche sont dans un état «l-cïT-Êable et que la disette commence à s'y faire sentir. Touies ces raisons ont déterminé FAllemagne à prendre le commandement des armées austro-hongroises ; mais, s'il en résulte un vif mécontentement parmi les Autrichiens, il ne paraît pas devoir en résulter une amélioratîrm de la situation des armées a ustro- hongroises.

XIII. — LES TENTATIVES AIXE3IAXDE5 DE P.UX SÉPARÉE AVEC LA FRAJXCE ET LA RLSSIE.

Passons à l' Allemagne. Aypnt constaté l'échec des pians de son état-major et prenant conscience de la fâcheuse situation dans laquelle se trouvaient ses armées en France et en Pologne où elles ne pouvaient se maintenir qu'en s'enfouissant dans le sol, TAllemagne tenta un rapprochement avec la France. Après les défaites qu'elle subit tour à tour sur la Marne et sur l'Yser^ on vit ses journaux les plus violemment antifrançais entreprendre l'éloge des troupes françaises et du commandement militaire français, reconnaître la -iUance et l'esprit chevaleresque de la nation fran- ^:-aise, avouer que la France n'avait été pour rien dans l'éclosion de la guerre, et. rejetant toutes les responsabiUlés du conflit en même temps que toutes les haines ^•^rmaniques sur l'Angleterre, offrir à la France une entente qui délivrerait son territoire des armées allemandes et lui rendrait immédiatement la paix, pourvu qu'elle se séparât de l'Angleterre et de la Russie.

Le Petit Parisien publia, le 25 décembre 1914, une

lettre de Berne dans laquelle se trouvaient des renseignements précis sur certaines démarches faites en vue de la paix auprès du gouvernement helvétique par M. Eyschen, chef du gouvernement luxembourgeois. « M. Eyschen, disait le correspondant de Berne, obéissant à on ne sait quelles suggestions, est venu inviter le conseil fédéral à offrir sa médiation à la France et à FAllemagne en vue d'ouvrir des négociations pour la paix. M. Eyschen était allé à la Haye. Son argument principal était que, l'issue de la guerre étant encore douteuse, aucun des belligérants ne pouvant se croire vainqueur, le moment était opportun pour commencer à parler de paix. « Plus tard, ajoutait le vieil « homme d'État, quand le fléau de la balance aura (( penché d'un côté ou de l'autre, il sera trop tard pour « parler de négociations à une nation enivrée par la (( certitude d'une prochaine victoire. )> J'ai lieu de croire que le gouvernement néerlandais a accueilli sans enthousiasme les ouvertures de M. Eyschen. Je sais d'une façon certaine que le gouvernement suisse, tout en rendant hommage au sentiment qui pouvait inspirer M. Eyschen, lui a répondu par une fin de non -recevoir polie, mais catégorique. » Les parties essentielles de ce récit ont été confirmées par le président de la Confédération dans une interview publiée par Le Petit Journal^.

1. Voir Le Petit Journal du 10 janvier 1915. « Je me permis, déclare M. Régamey, de citer des articles de journaux qui ont montré le premier ministre du Grand-Duché de Luxembourg, chargé, par le gouvernement allemand, de demander à la Suisse - d'intervenir en faveur de la paix. » M. Motta répondit : « Je dois vous dire que cela n'a jamais fait l'objet des délibérations du Conseil. M. Eyschen a passé à Berne. Je crois qu'il a fait quelques démarches. Était-il autorisé? Je ne sais. Peut-être agissait-il de son initiative privée, dans le désir, surtout, de soulager son pays, le plus tôt possible, de l'occupation étrangère, car ce pays, aussi, souffre beaucoup! Du reste, il ne semble pas que le moment soit encore venu de songer à ouvrir, avec succès, des négociations en vue de la paix. »

Le Journal de Genève ayant, à la fin de décembre, affirmé que « des efforts avaient été commencés autrefois et continués depuis par l'Allemagne pour conclure une paix séparée avec la France » l'officieuse Gazette de l'Allemagne du Nord démentit cette assertion qui fu^ maintenue par le correspondant parisien du journal suisse.

La Gazette de Wesminster a raconté, vers le milieu de novembre 1914, que des avances avaient été faites à la Russie en vue d'une paix séparée. « Si l'on en croit, disait-elle, les bruits qui courent, la Russie, à son tour, aurait reçu de l'Allemagne des propositions de paix qui ont été repoussées, cela va sans dire, en conformité de l'entente signée par les alliés qui, faisant la guerre en commun, signeront aussi la paix en commun. Nous ne devons pas attacher d'importance à ces tentatives. Nous devons seulement y voir l'indice que l'Allemagne ne pourra jamais venir à bout de la tâche qu'elle a entreprise. » Il faut voir dans les bruits relatifs aux tentatives qui auraient été faites en vue de paix séparée, soit de l'Autriche avec la Serbie, soit de l'Allemagne avec la France ou la Russie, une preuve de la persistance, parmi les Autrichiens et les Allemands ou leurs amis, de l'illusion qui domina les manœuvres de la diplomatie allemande à la fin du mois de juillet et qui la conduisit à agir, tantôt auprès de la France pour la séparer de la Russie, tantôt auprès de l'Angleterre pour la séparer de la France.

§ XIV. — DÉCLARATIONS FRANÇAISES, ANGLAISES ET RUSSES CONTRE TOUTE PAIX SEPAREE.

En ce qui concerne la France, cette illusion paraît avoir persisté dans les cerveaux germains même après que le président de la République, recevant le nouvel ambassadeur des États-Unis, eut déclaré : « Nous sommes déterminés à remplir jusqu'au bout le devoir

qui nous a été imposé. Pour qu'elle soit longue et heureuse, pour qu'elle ne soit pas illusoire et trompenso, il faut que la paix soit garantie par la réparation intégrale des droits violés et préservée contre des attentats futurs. » Quoiqu'elle eut été déjà exprimée par M. Poincaré devant le front des troupes, lorsqu'il remit au général Joffre la médaille militaire, cette I affirmation n'avait pas mis fin aux amabilités et aux avances faites à la France par les journaux d'outre- Rhin. Ils espéraient, sans doute, qu'un jour viendrait où un parti se constituerait en France en faveur d'une paix conclue séparément pour assurer à notre pays des avantages immédiats. Certains journaux germains n'étaient-ils pas allés jusqu'à chanter les louanges de certaines personnes sur lesquelles ils croyaient pouvoir compter en vue de la réalisation de leur rêve d'isoler la France de ses alliés?

Le ton de la presse germanique n'a changé qu'après le 22 décembre 1914, jour où dans la déclaration du gouvernement français, se trouva cette observation applaudie unanimement par la Chambre et le Sénat : « La France et ses alliés ont dû subir la guerre, ils la feront jusqu'au bout. Fidèle à la signature qu'elle a attachée au traité du 4 septembre dernier, et où elle a engagé son honneur, c'est-à-dire sa vie, la France, d'accord avec ses alliés, n'abaissera ses armes qu'après avoir vengé le droit outragé, soudé pour toujours à la patrie française les provinces qui lui furent ravies par la force, restauré l'héroïque Belgique dans la plénitude de sa vie matérielle et de son indépendance politique, brisé le militarisme prussien, afin de pouvoir reconstruire sur la justice une Europe enfin régénérée. » Je ne veux pas rappeler les injures par lesquelles fut accueillie, au delà du Rhin, cette affirmation de la solidarité de notre pays avec ses alliés pour continuer la guerre jusqu'à la seule paix qui puisse être conforme aux intérêts et à l'honneur de la France.

LA SITUATION MILITAIRE AU DÉBUT DE 191 o 125

Les colères provoquées en Allemagne par la déclaration du gouvernement de la République furent d'autant plus violentes et, si j'ose dire, d'autant plus légitimes qu'elles formaient, en quelque sorte, l'écho de celles qui avaient été applaudies par le Parlement britannique à une heure oii les armées de la Belgique, de la France et de l'Angleterre éprouvaient de sérieuses difficultés.

Le 28 août 1914, après avoir déposé une proposition de message d'admiration au roi des Belges, le premier ministre d'Angleterre, M. Asquith, disait à la Chambre des Communes : « Très peu de mots sont nécessaires pour appuyer cette proposition. La guerre qui ébranle actuellement dans ses fondations mêmes le système européen tout entier, a son origine dans un confiit dans lequel notre pays n'était pas directement intéressé. Nous avons lutté de toutes nos forces, comme chacun sait, pour empêcher la crise d'éclater, et lo^sque cela fut devenu impossible, pour en limiter le champ. Il est essentiel, et je ci'ois opportun, qu'on sache clairement quand et pourquoi nous sommes intervenus.

« Ce fut seulement lorsque nous nous fûmes trouvés en présence de cette double alternative : tenir ou renier nos engagements solennels, justifier la confiance mise en nous ou nous incliner devant la force brutale, que nous avons tiré l'épée. Nous ne nous repentons pas de notre décision.

« La tâche qui nous incombait était une de celles auxquelles une grande nation jalouse de sa renommée, une race élévée comme la nôtre dans ce pays de liberté, ne pouvait se dérober sans se couvrir d'une honte éternelle. Nous étions contraints de par des obligations précises et supérieures d'affirmer et de maintenir l'indépendance menacée d'un État neutre. La Belgique n'avait aucun intérêt à elle propre à défendre, si ce n'est les intérêts suprêmes et prépondérants de chaque État, grand ou petit, digne de ce nom, à savoir : le

maintien de son intégrité et de sa vie nationale. {Applaudissements.)

« L'Histoire nous enseigne que le devoir de faire triompher le grand principe qui est, après tout, le principe fondamental de la civilisation et du progros, a incombé parfois aux moments les plus critiques dans le passé aux États relativement petits sous le rapport de l'étendue et de la population, mais grands en courage et en ressources, à Athènes, à Sparte, aux cantons suisses, et si glorieusement, il y a trois siècles, aux Pays-Bas. [Nombreux applaudissements.)

« Jamais, j'ose l'affirmer, ce devoir n'a été plus clairement reconnu et jamais il n'a été plus vigoureusement et plus courageusement rempli que durant les dernières semaines par le souverain belge et par la nation belge. Ils ont envisagé sans crainte et malgré la supériorité écrasante de leurs adversaires les horreurs de l'invasion, de la dévastation, des spoliations et des outrages de toutes sortes. Ils ont résisté vigoureusement et avec succès aux ruées successives de formidables masses armées. La défense de Liège sera toujours le thème d'un des plus beaux chapitres des annales de la liberté. Les Belges ont conquis la gloire immortelle qui appartient au peuple qui préfère sa liberté à son bien-être matériel, à sa sécurité et à la vie elle-même. [Tonnerre d'applaudissements.)

« Et nous sommes fiers de leur alliance et de leur amitié. Nous les saluons avec respect et avec honneur. Nous sommes avec eux de cœur et d'âme, parce qu'à leurs côtés et avec eux, nous défendons en même temps deux grandes causes : l'indépendance des petits États et l'inviolabilité des obligations internationales. [Applaudissements.)

« Par cette motion, nous demandons à la Chambre de leur donner aujourd'hui l'assurance, au nom du Royaume- Uni et de l'empire tout entier, qu'ils peuvent compter jusqu'au bout [Tonnerre d'applaudissements) sur

notre dévouement et notre aj^^pui absolu. )> {Applaudissements nourris et prolongés.)

L'engagement pris par le gouvernement britannique d'appuyer « jusqu'au bout » la Belgique était suivi d'un autre engagement que prit le ministre de la Guerre, lord Kitçhener, devant la Chambre des Lords : celui de constituer une armée assez forte et assez nombreuse pour faire face à tous les devoirs imposés par une guerre dont il disait justement qu'elle serait « dure et longue ». (( L'Allemagne, ajoutait-il en terminant, a appelé sous les drapeaux presque toute sa population mâle. Ses forces subiront une diminution constante, tandis que les renforts que nous préparons iront en augmentant de façon continue jusqu'à ce que nous ayons en campagne une armée qui, comme quantité et comme qualité, soit à la hauteur des responsabilités de l'empire britannique.

« L'armée qui est actuellement en voie de formation peut assez rapidement atteindre en campagne l'effectif permanent d'un certain nombre de divisions. Toutefois, si la guerre devait se prolonger, si des revers devaient se produire, toute la nation et l'empire serait appelés à faire des sacrifices dépassant ceux qui ont été déjà demandés. Le Parlement et la population sauraient les faire en présence de la nécessité urgente pour le pays. »

Le 9 novembre, au banquet du lord-maire de Londres, lord Kitçhener annonça qu'outre les contingents coloniaux arrivés ou en route et les effectifs déjà en action sur le continent (( 1 250 000 hommes sont actuellement l'objet d'un entraînement et attendent pour partir le premier signal ». Et M. Asquith faisait, au point de vue du rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre, la très importante déclaration suivante : « Notre ennemi s'est proposé trois objectifs : Paris, Varsovie et Calais. 11 n'en a atteint aucun, mais cela ne suffit pas. Ce n'est pas à la légère que nous avons tiré Lépée du fourreau : nous ne l'y remettrons pas avant que la Belgique ait

recouvré plus qu'elle n'a sacrifié, ni avant que la France soit adéquatement protégée contre toute menace, ni avant que les droits des plus petites nationalités soient placés sur des fondations inattaquables, ni avant que la domination militaire prussienne soit iinalement détruite. C'est là une grande cause, digne d'une grande nation, et, pour la mener à bien, il importe que chacun, jeune ou vieux, donne ce qu'il a et fasse ce qu'il peut. » [Vifs applaudissements.)

Le 12 novembre 1914, dans le message adressé au Parlement, le roi disait : « Dans tout mon empire, il y a une ferme détermination d'assurer, au prix de n'importe quel sacrifice, le triomphe de nos armées et la justification de notre cause. » L'un des membres les plus pacifistes de la Chambre Haute, lord Bryce, appuyait la déclaration du message dans les termes suivants : « Il ne peut être question de paix en ce moment; une paix arrangée aujourd'hui ne serait qu"un armistice durant lequel les nations en guerre se prépareraient à un nouveau conflit. » Le 11 novembre, le chancelier de l'échiquier, M. Lloyd George, qui fut un des partisans les plus chauds d'une entente de l'Angleterre avec l'Allemagne, déclarait devant une énorme assistance, au City Temple : « La guerre actuelle est une guerre terrible, horrible.... L'erreur fondamentale des calculs allemands devient de jour en jour plus manifeste. Ce peuple commence à comprendre que la justice est la plus grande de toutes les forces militaires. Dans une lutte prolongée, c'est le cœur qui décide et l'injustice affaiblit le cœur des nations.... Il me semble voir la main de la justice graduellement, lentement, mais sûrement étreindre la victoire.... La justice est le meilleur soutien de la bravoure et la bravoure assurera le triomphe durable de la justice. »

Le 8 janvier 1914, à la Chambre des Lords, après que le ministre de la Guerre de la Grande-Bretagne eut fait connaître les résultats des engagements volontaires par

lesquels se recrute l'armée anglaise et rappelé que six armées, formées chacune de trois corps d'armée (ce qui fait plus de 700 000 hommes) étaient en voie d'organisation en Angleterre, l'un des hommes qui s'étaient le plus activementprononcés pour le désarmement international et l'entente de l'Angleterre avec l'Allemagne, — lord Haldane, lord grand chancelier, déclarait : « Nous ne combattons pour rien de moins que l'existence nationale. Nous ne pourrons accepter d'autre victoire que celle qui préviendra le retour d'une situation pareille à celle où nous sommes aujourd'hui.... L'obligation du service militaire n'est devenu, de près ni de loin, une nécessité. Mais, étant donné l'intérêt national, le gouvernement s'inclinerait, s'il le fallait, devant cette nécessité et n'y ferait aucune objection de principe. » Cette parole, particulièrement grave dans la bouche d'un parlementaire libéral, prononcée au nom d'un ministère radical, indique jusqu'à quel point le patriotisme anglais a été surexcité par la déloyauté, la barbarie et l'ambition démesurée de l'Allemagne. Elle prouve que l'Angleterre tout entière est résolue, comme la France, comme la Russie, comme la Serbie, à ne déposer les armes que le jour où les alliés pourront dicter les conditions de la paix.

Le langage tenu dans les derniers temps par les représentants officiels de la Russie n'est pas moins net que celui des autorités françaises et anglaises. Les agents de l'Allemagne en Italie ayant fait courir le bruit, au début de 1915, que la Russie serait disposée à discuter les conditions d'une paix séparée, l'ambassadeur de Russie à Rome fit publier par la presse italienne le communiqué suivant : « Malgré tous les démentis précédents, certains journaux continuent à reproduire, de source allemande, des renseignements sur de prétendues difficultés financières de la Russie et sur ses prétendues velléités de chercher à conclure une paix séparée. L'ambassadeur de Russie, se référant à

sa communication antérieure à ce sujet, déclare encore une fois que ces nouvelles sont dénuées de tout fondement et ne peut que répéter son communiqué du 3 janvier où il fut expressément établi que la Russie ne songe pas à discuter la question de la paix tant que ses ennemis ne seront pas réduits à accepter les conditions que les alliés considéreront comme la seule garantie d'une paix durable. » {Havas, 25 janvier 19d5.)

Le ministre de Russie à Stockholm, répondant aussi à de faux bruits répandus en Suède par les agents allemands, fit publier la note ci-dessous : « Les engagements de complète solidarité contractés à Londres, le 4 septembre 1914, restent absolument inviolables, les relations entre la Russie, la Grande-Bretagne et les autres alliés étant plus étroites et plus cordiales que jamais. »

Le gouvernement russe fit publier, en même temps, la note ci-dessous : a Devant la commission du budget de la Douma, le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré que le gouvernement demeure fidèle à l'esprit du manifeste impérial et à son accord avec ses alliés. » [Agence Havas, 25 janvier 1915.) Enfin, le 26 janvier 1915, le Messager du gouvernement publiait le communiqué officiel suivant du gouvernement russe :

« Dès le début de la guerre, toutes les opérations de nos armées et flottes alliées ont formé un seul bloc. La coordination de tous les mouvements a été parfaite et telle que tous les buts essentiels de la guerre soient atteints dans les meilleures conditions possibles. Quelles que soient les épreuves temporaires qu'impose cette guerre et si longues que soient les périodes exigeant des alliés une tension extraordinaire des forces, cette coordination des opérations alliées a suscité dans les esprits et dans les cœurs belges, français, anglais, russes, japonais, serbes et monténégrins une confiance inébranlable dans la victoire finale des alliés.

« L'esprit commun à toutes les armées, le fait qu'elles bénéficient toutes et chacune de l'ensemble des forces militaires et des moyens techniques disponibles, le développement coordonné des opérations — tout cela fait que chaque épisode de guerre qui se produit dans l'une ou l'autre des armées alliées intéresse et touche de près chacune de ces armées en particulier : un enlèvement à la baïonnette de tranchées ennemies sur l'Yser ou dans l'Argonne nous est aussi cher et aussi proche de notre cœur que l'est, pour nos alliés, un enlèvement de positions ennemies ou une prise de canons en Pologne, Galicie ou Prusse orientale. L'exploit du Belge, de l'Anglais, du Français s'identifie tellement à l'exploit du soldat russe qu'il en résulte l'impression que tous ces exploits s'accomplissent sous un seul et même drapeau.

(( Des gens qui sont très éloignés du cours des opérations peuvent se demander si le degré d'intensité de la guerre sur le front anglo-franco-belge correspond aux efforts que nous déployons sur le nôtre. Mais aujourd'hui comme alors chacune des parties est à l'abri de tout reproche. Toutes les opérations de nos alliés, dans tout leur détail, témoignent de l'extrême hardiesse des troupes anglo-franco-belges, de l'art extraordinaire de leurs chefs et de leur résolution immuable de rompre le réseau d'obstacles de tout genre élevés par les Allemands et de porter les opérations sur le territoire allemand. ))

L'accord absolu des trois puissances de la Triple- Entente est trop nettement indiqué par les déclarations officielles de Içurs représentants pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Mais il n'est pas inutile de rappeler ici que l'entente financière conclue à Paris, à la fin du mois de janvier 1915, par les ministres des Finances de la France, de l'Angleterre et de la Russie complétait celle du 4 septembre 1914. Cette entente établit la solidarité la plus complète entre les ressources financières

des alliés et détermine les moyens qu'ils pourront employer pour aider financièrement les petits États qui donneraient leurs concours à la Triple-Entente.

Il résulte de ces ententes — et les empires germaniques ne peuvent l'ignorer — que nulle paix ne sera signée qu'après un accord complet de la France, de l'Angleterre et de la Russie sur les conditions qui seront imposées aux vaincus. La Serbie et le Japon ne traiteront sans doute pas dans d'autres conditions que celles arrêtées par la Triple-Entente.

Quant à ces conditions, elles doivent découler du but que l'Allemagne et l'Autriche s'étaient proposées d'atteindre en provoquant la guerre, de la manière dont celle-ci a été conduite et de la nécessité d'assurer la paix du monde pendant une durée aussi longue que possible.

Le but des Germains, en provoquant la guerre, était d'imposer leur domination à l'Europe et leur hégémonie au monde entier. Les premières conditions de la paix devront, en conséquence, avoir pour objet d'assurer à chaque nationalité, petite ou grande, les moyens de conserver ou de recouvrer son indépendance politique et économique.

Le tsar a promis aux Polonais la reconstitution de l'ancien royaume de Pologne sous l'hégémonie de la Russie. Il sera nécessairement appuyé dans la réalisation de cette réforme par les autres puissances de la Triple-Entente et même par les États du centre de l'Europe, car les uns et les autres auront intérêt à ce qu'un grand État indépendant dans toute la mesure du possible soit établi à l'ouest de l'immense et très puissant empire Moscovite. La Galicie qui est peuplée en majorité de Polonais serait donc détachée du domaine des Habsbourg.

La Roumanie devra être complétée et unifiée par le rattachement à ses territoires actuels de toutes les parties de l'empire austro-hongrois qui sont peuplées par une majorité de Roumains, telles que la Transylvanie et la Bukovine. Elle paraît avoir compris que le plus sûr moyen de réaliser son unification nationale consiste à intervenir dans le conflit actuel à côté des puissances de la Triple-Entente et de prendre elle-même possession des territoires qui font l'objet de ses légitimes revendications. Il est probable que le printemps ne s'écoulera pas sans qu'elle entre en scène.

A la Serbie devront être rattachés ou associés, soit en une nation unique, soit plutôt en une confédération, les pays habités par les Serbo-Croates, c'est-à-dire la Slavonie, la Croatie, la Bosnie et l'Herzégovine, le Banat de Temesvar et les anciens confins militaires. Pour que l'indépendance de ce groupe soit garantie, il faudra lui assurer des relations directes avec l'Adriatique, sauf à prendre des mesures pour éviter qu'aucun conflit d'ordre maritime puisse se produire entre lui et l'Italie devenue prépondérante dans l'Adriatique.

En élargissant les bases de cette confédération Yougoslave, il conviendrait d'y faire entrer les pays Slovènes ou Wendes (c'est-à-dire la Styrie, la Carinthie et la Carniole) qui sont également peuplés par des Slaves, et qui se trouveraient condamnés à des conditions économiques défectueuses s'ils restaient isolés.

Au nord de l'Autriche, on pourra reconstituer un royaume tchèque indépendant avec la Bohême et la Moravie dont la majorité des habitants appartient à la race Slave et n'a jamais supporté qu'impatiemment le joug des Germains de l'Autriche.

La Hongrie dépouillée des provinces habitées par les nationalités polonaises et slaves qu'elle opprime depuis des siècles, elle-même peuplée par une race tourarienne isolée au milieu des Serbes, des Roumains et des Polonais, ne formera plus qu'un État trop faible pour

POURQUOI LES GERxMAINS SERONT VAINCUS

inquiéter les voisins échappés à sa tyrannie. Les Magyars subiront les conséquences de la faute qu'ils commirent en se faisant, dans cette guerre, les séides des Germains de l'Allemagne et les complices des Germains de l'Autriche.

Réduite à la Haute et à la Basse-Autriche, qui sont peuplées à peu près exclusivement par des Germains, la monarchie de Habsbourg pourrait entrer dans une Confédération germanique du Sud où figureraient les États méridionaux de l'empire germanique actuel. A toutes les époques de l'histoire, jusqu'en 1866, les provinces catholiques de l'Allemagne ont marché d'accord avec l'Autriche dont elles sont rapprochées par la communauté de la religion et par les conditions économiques, les unes et les autres étant surtout agricoles. La Bavière, le Wurtemberg, le grand-duché de Bade, etc., formeraient cette confédération avec la partie germanique de l'Autriche. Si les provinces rhénanes de l'Allemagne étaient douées de quelque sagesse, elles provoqueraient la formation d'une confédération du Rhin dans laquelle il serait facile de leur garantir l'indépendance économique et politique qu'elles ont perdue après Sadowa.

Les frontières delà Belgique devraient être reportées jusqu'au Rhin, pour assurer à ce pays les moyens de protéger son indépendance plus facilement qu'il n'a pu le faire au début de la guerre actuelle.

Quant à la France, autant il est naturel qu'elle rentre en possession de l'Alsace et de la Lorraine, autant elle aurait tort de songer à s'annexer des provinces nouvelles. Ce qui fait sa force, ce qui lui a permis de résister à la puissance germanique, c'est la parlaite unité nationale dont elle jouit depuis de nombreux siècles. Elle compromettrait cette unité en s'adjoignant des territoires peuplés par des Germains. Elle ne pourrait demander sans inconvénient que certaines rectifications stratégiques ou économiques de frontières.

La Hollande devra obtenir des garanties efïîcaces pour son indépendance politique et économique, tandis que le Slesvig, peuplé en grande partie de Danois, devra revenir au Danemark qui en fut dépouillé par la Prusse à la veille de Sadowa. Le Danemark, la Suède et la Norvège feraient, d'autre part, preuve de sagesse, en transformant l'accord qu'ils ont conclu au cours de la guerre, pour la sauvegarde de leur neutralité, en une confédération dont les forces unies seraient assez grandes pour assurer le maintien de leur indépendance politique et économique.

Il serait indispensable, en outre, que tous les États secondaires dont nous venons de parler vissent garantir leur sécurité par des engagements formels des grandes puissances auxquelles ils devront leur situation nouvelle. Il ne faut pas qu'à l'avenir aucun d'entre eux soit exposé à subir le sort qui vient d'être infligé à la Belgique par l'empire de Guillaume II.

Ainsi que l'a fait observer très justement l'ancien président de la République des États-Unis, M. Roosevelt, il est quelque peu ridicule et humiliant que les signatures mises au bas des conventions internationales ne comportent aucune obligation ni sanction pour les signataires et puissent être traitées par l'un ou l'autre d'entre eux comme de « simples chiffons de papier » sans que tous les autres soient obligés d'intervenir pour réprimer la violation de la signature donnée.

Les puissances neutres étant les plus intéressées à ce que la neutralité de chacune d'entre elles soit respectée par les grandes puissances, devraient être toutes liées par une convention internationale les obligeant à intervenir avec leurs forces propres pour protéger celle dont la neutralité serait menacée. Aujourd'hui que toutes ces puissances possèdent des armées, une pareille convention constituerait une garantie sérieuse pour chacune d'elles. L'Allemagne n'aurait pas violé la neutralité de la Belgique si la Hollande, les États

Scandinaves et la Suisse avaient dû prendre la défense des Belges.

L'intervention de la Turquie dans la guerre actuelle en faveur de l'Allemagne et contre les puissances de la Triple-Entente a soulevé une grave question qu'il sera impossible au prochain congrès européen de ne pas résoudre : celle de l'existence de l'empire ottoman. Déjà presque chassés de l'Europe par les dernières guerres balkaniques, les Turcs, après les défaites nouvelles auxquelles ils ne sauraient échapper, après Foccupation de Constantinople par les alliés qui ne peut être mise en doute, sont condamnés à perdre ce qui leur reste de territoire européen. Si les Bulgares ne sont pas assez fous pour laisser échapper l'occasion qui se présente de reconstituer le bloc balkanique, ils peuvent redevenir les maîtres d'Andrinople qu'ils perdirent dans leur folle et traîtresse équipée contre leurs alliés grecs et sei"bes de la veille et même rentrer en possession de la partie de la Macédoine où dominent les populations de leur nationalité.

Il ne dépend que de la Bulgarie qu'il se constitue une confédération des Balkans par laquelle la Roumanie, la Serbie, la Grèce, le Monténégro et la Bulgarie garantiraient réciproquement leur indépendance tout en constituant une force assez grande pour qu'aucune grande puissance ne soit capable de leur imposer son hégémonie. Ce serait la paix assurée dans tout le sudest de l'Europe par la disparition des rivalités ambitieuses des grandes puissances.

La Russie jouira nécessairement d'une situation particulière dans la discussion du sort à faire à Constantinople, soit qu'elle désire l'annexer à son empire, soit qu'elle estime préférable de l'internationaliser, ainsi que les Dardanelles, dans des conditions qu'il lui serait facile de déterminer d'accord avec les autres puissances.

Quant à la Turquie d'Asie, il sera d'autant plus difficile de la maintenir sous l'autorité des Turcs qu'ils y

sont combattus par toutes les races. Comme ils se sont montrés incapables d'organiser, de gouverner et d'attirer à eux les populations d'un empire qu'ils avaient fondé exclusivement par la conquête, et qu'ils n'ont plus ni base géographique ni source ethnique, ils ne peuvent que perdre entièrement une domination repoussée par toutes les populations auxquelles ils s'étaient imposés. L'empire asiatique turc est fatalement condamné à disparaître. Ses territoires devraient être répartis entre la Russie dans le Nord; la Grèce qui pourra revendiquer assez légitimement une partie des îles de la mer Égée et de l'Albanie et l'ancienne lonie où ses nationaux sont en majorité; la France qui ne manque pas de droits sur la Syrie et Alexandrette ; ritalie qui s'est déjà fait une place importante dans le sud de l'Asie mineure; l'Angleterre qui est en train de conquérir la Mésopotamie, etc.

Consciente de sa qualité de grande puissance, l'Italie ne voudra pas attendre d'un congrès l'unification à laquelle tous les Italiens aspirent depuis le jour où Rome est devenue la capitale de la péninsule. Les populations italiennes du Trentin et de Trieste, de ristrie et de la Dalmatie ne jouiront pleinement de leur nationalité que le jour où elles seront rattachées à l'Italie, mais à partir de ce jour-là, l'Autriche sera écartée de l'Adriatique où l'Italie, déjà maîtresse de l'entrée et de la sortie par l'occupation de Vallona deviendra tout à fait prépondérante. La chute de l'empire ottoman aura aussi, comme conséquence naturelle, le maintien de la domination italienne sur les îles de la mer Égée dont elle s'est emparée au cours de la guerre de la Tripolitaine.

Afin d'assurer la paix entre toutes les nationalités organisées sur les bases que je viens d'indiquer sommairement et de rendre impossible la reconstitution d'une puissance assez forte pour être capable d imposer son hégémonie à l'Europe, il sera indispensable de pro-

céder à une entente générale de toutes les puissances en vue de la limitation des armements terrestres et maritimes de chacune, ainsi que l'avait proposé le tsar Nicolas II en 1898 et que Vont admis l'Angleterre, la France, l'Italie, les États-Unis, etc. Il faut que la plus abominable des guerres qui ont ensanglanté le globe soit suivie de conventions susceptibles d'empêcher le retour des horreurs par lesquelles les Germains déshonorent l'humanité.

Les deux empires germaniques furent seuls, dans les congrès de la Haye, à rejeter les propositions de limitation des armements : ils tenaient à conserver le droit de développer leurs armées et leurs flottes jusqu'à ce qu'ils pussent les considérer comme assez fortes pour vaincre celles de toutes les autres puissances européennes et pour permettre aux Germains d'établir leur domination sur toutes les autres nationalités. Celles-ci, après avoir échappé au danger qui les menaçait, commettraient un acte de pure folie si elles ne prenaient des mesures efficaces pour rendre impossible toute nouvelle tentative de même nature, par quelque puissance que ce soit. L'Allemagne et l'Autriche pourraient d'autant moins se plaindre de la limitation de leurs armements terrestres ou maritimes que la mesure serait générale et décidée par toutes les nations civilisées.

En somme, le but des Germains, en provoquant cette affreuse guerre, ayant été d'imposer leur hégémonie ou leur domination à toutes les autres races et nationalités, le droit et le devoir de ces dernières sera de prendre des dispositions pour assurer leur indépendance et pour la protéger dans l'avenir contre toute menace de même nature.

La manière abominable dont la guerre a été conduite par les Germains, nécessite une deuxième catégorie de conditions de paix assez rigoureuses pour que jamais les armées d'aucun peuple ne soient tentées de se comporter comme le font celles de l'Allemagne, de l'Autriche

et de la Turquie. Puisque les Germains et les Turcs ne veulent connaître ni les traités internationaux, ni le droit, ni l'humanité, il sera indispensable qu'en établissant les conditions de la paix, les puissances victorieuses ne se reposent ni sur les paroles ni sur les signatures des vaincus. Ceux-ci ne connaissant que la force, c'est par des mesures reposant sur l'application de la force qu'il sera nécessaire de procéder, afin d'assurer aux populations pillées, privées de leurs maisons, de leurs terres et de leurs industries, violées, torturées et massacrées, les réparations matérielles qu'exigent les maux de toute sorte qui leur ont été infligés par la barbarie germanique.

Des mesures énergiques et efficaces devront être prises afin d'assurer aux nations que les Germains ont attaquées sans motifs, le remboursement de& énormes dépenses que la guerre leur a imposées. Il résulte des documents les plus sérieux et en particulier des déclarations faites par les diplomates allemands au nom du gouvernement de Guillaume II, que si la France avait été vaincue, l'empire germanique non seulement lui aurait imposé le remboursement de ses dépenses militaires qui sont formidables, mais encore l'aurait contrainte à lui abandonner ses colonies et probablement une portion de son territoire métropolitain. L'Allemagne et l'Autriche vaincues ne pourraient donc trouver inéquitable que les puissances victorieuses exigent le remboursement, par les empires qui ont voulu la guerre, de toutes les dépenses que celle-ci aura imposées aux nations attaquées. Elles ne seraient pa« non plus autorisées à se plaindre de ce que le paiement de ces indemnités fût garanti par une occupation plus ou moins étendue des pays vaincus, ainsi que l'Allemagne le fit en France après la guerre de 1870, et par la mainmise sur les chemins de fer de l'État germanique et, au besoin, sur les douanes. Les vainqueurs pourraient même, s'ils, le voulaient, imitant la

conduite des Allemands en Belgique et dans le Nord de la France, contraindre les usines des vaincus à travailler à leur profit, soit pour contribuer au. paiement de l'indemnité de guerre, soit pour compenser les destructions systématiques des usines françaises et belges à laquelle les armées allemandes se sont livrées. Quant au chiffre de l'indemnité de guerre à imposer aux Germains, il sera, nécessairement, d'autant plus élevé que la guerre aura duré plus longtemps et que les destructions systématiques de propriétés privées ou de monuments publics et les massacres des civils auront été plus considérables. Il importe que les adeptes de la Force apprennent à leurs dépens quels risques ils encourent lorsque, par leurs abus, ils contraignent les nations à s'allier pour constituer des forces capables de résister à celle dont ils abusent.

En résumé, les puissances qui se sont alliées pour répondre aux attaques injustifiées des empires germaniques ne devront traiter de la paix que toutes ensemble, elles ne devront signer la paix qu'à l'heure où les empires germaniques seront assez réduits pour être contraints de subir les conditions des vainqueurs et, enfln, ces conditions devront être telles que la paix du monde soit assurée pour un temps indéterminé.

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