‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 7 sur 29 · Rosbach, léna, Waterloo, I, p · texte numérisé non relu

Rosbach, léna, Waterloo, I, p

pruiite ces citations, aucune armée avant celle de Frédéric II (( n'avait été aussi directement issue de la nation et aussi complètement son image. Son recrutement national lui assurait d'importants éléments d'ordre et de discipline, en faisant affluer dans son sein des hommes... qui venaient simplement y accomplir un devoir, sinon envers la patrie, du moins envers le souverain. )) Et cette armée était l'image de la nation, car les paysans qui la formaient y avaient pour officiers les hobereaux sous les ordres et la direction desquels ils travaillaient en temps normal.

L'empire germanique a conservé ces principes, mais il a introduit dans leur application une modification dont les conséquences n'avaient pas été prévues par son gouvernement. II s'est abstenu d'appeler sous les drapeaux tous les jeunes gens de chaque contingent annuel aptes à la vie militaire. Jusqu'à la loi de 1913, on n'incorporait chaque année que 59 à 60 p. 100 du contingent, de sorte que 40 p. 100 environ de la jeunesse allemande n'était pas du tout instruite en vue de la guerre.

Cette façon de procéder eût été excellente si l'empire germanique avait pratiqué, comme la France, une politique purement défensive à l'égard de ses voisins, mais la politique de l'empire germanique a toujours été une politique nettement offensive, agressive même à l'égard de tous les peuples d'Europe dont elle aurait dû prévoir la coalition à une heure déterminée. Or, si sa population est numériquement supérieure à celle de la France et à celle de l'Angleterre, elle- ne représente que le tiers de celle de la Russie et le quart de celles de la Triple-Entente. Le gouvernement impérial aurait dû, en conséquence, imiter Frédéric II et faire passer tous ses sujets valides sous les drapeaux. Ne l'ayant pas fait et ayant provoqué par son agression brutale la coalition de la France, de la Russie, de l'Angleterre et de la Belgique, il se trouve, malgré le nombre formidable d'hommes dont il dispose, dans une situation dont les

LA FORCE APPELLE LA FORCE

défectuosités se sont manifestées après deux mois de combats.

(( On a pu, fait observer justement le lieutenantcolonel Rousset, obtenir la masse, mais au détriment certain de la valeur. Mieux encore ou pire, à tous ces sujets médiocres et disparates, il a fallu donner une instruction hâtive, bâclée, dans des dépôts, par des cadres de fortune. Ces derniers eux-mêmes ont dû être appelés sur le front pour combler les vides énormes qui y étaient faits. Tout cela est le signe manifeste et sûr de la désorganisation de l'armée allemande i. » Tout cela, dirai'je à mon tour, prouve le vice de la méthode soi-disant « scientifique » des Allemands, car cela témoigne qu'ils n'ont pas mis la constitution et l'organisation de leur armée en harmonie avec leur politique extérieure ou qu'ils n'ont pas réglé celle-ci d'après la constitution et l'organisation de leur armée.

Cette erreur ne saurait être imputée aux autorités militaires qui ont toujours réclamé l'augmentation des effectifs de leur armée et l'extension de l'incorporation à tous les jeunes gens valides de chaque contingent annuel. Mais quelle que fût leur prétention à l'absolutisme, ni Bismarck ni Guillaume II n'osèrent être logiques dans l'application de leur théorie de la force. Ils étaient obligés de compter avec les dépenses formidables que l'application rationnelle du régime militaire de Frédéric aurait exigée et avec les résistances des populations à des charges militaires que la vie économique des temps modernes rend intolérables. Ils étaient condamnés à l'illogisme et ainsi aurait dû apparaître à leurs propres yeux l'erreur qu'ils commettaient en affirmant leur prétention à dominer le monde entier.

Les autorités militaires espérèrent, sans doute, compenser l'insuffisance numérique des effectifs par l'adoption de nouvelles pratiques de combat dont le principe

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