Révd Orby Shipley. 2. Études Religieuses, mai
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l'indique d'une manière très précise: « Les éléments de cette méthode se trouvaient déjà dans les auteurs spirituels antérieurs et ils avaient été mis en usage par divers saints Mais on avait tous ces éléments sans qu'ils fussent unis dans une synthèse claire et précise; surtout on n'avait pas la direction méthodique et pratique que donne saint Ignace. Aussi, l'originalité de ce livre vient-elle principalement de cette systématisation puissante et .féconde que saint Ignace a réalisée dans son livre; elle ne vient pas de la présence dans ses Exercices de telle ou telle matière de réflexions, de telle ou telle métnode particulière qui a pu fort bien être en usage avant lui. Tout le livre a été vécu avant d'être écrit. Les crises morales et spirituelles du saint, les états d'âme par lesquels il passe et, au milieu de tout cela, l'activité de son esprit observateur et généralisateur qui, aidé de la lumière divine, déduit de ses expériences les lois de la psychologie spirituelle et les règles pratiques et utiles à tous; voilà les grands facteurs de son livre. »
Ce que la gymnastique est à la conservation de la santé du corps et au développement de ses forces musculaires, les Exercices le sont à la vie surnaturelle de l'âme, à son progrès spirituel, depuis les degrés infimes de la vie purgative, jusqu'aux sommets les plus élevés de la vie
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unitive qui va se perdre en Dieu, se confondre Pour ainsi dire avec la vie divine elle-même. Aussi, semble-t-il moralement impossible qu'un homme de bonne volonté, fût-il un pécheur endurci, ne se convertisse pas complètement à Dieu, ne devienne même un Saint si, après avoir suivi rigoureusement les Exercices, il en fait, avec la grâce de Dieu, la règie invariable de sa vie.
‘ Considérations fondamentales
Saint Ignace commende par placer le retraitant, décidé à se vaincre et à réformer sa vie, en face de sa fin suprême et de la véritable raison d'être des créatures; il lui montre le désorare du péché, Sa terrible punition dans les anges rebelles, en Adam et dans l'humanité, lui représente un homme damné Pour avoir commis une seule faute grave dont il ne s'est pas repenti avant de mourir. [l déroule ensuite à ses yeux le tableau attristant de ses péchés Personnels sans nombre, et le force à contempler longuement, pour les bien approfondir, les vérités dernières : l'enfer, la mort, le jugement. Dans l'âme du retraitant, se livre alors un combat d'abord pénible à soutenir, mais dont l'issue est la victoire du bien sur le mal, du Courage sur la faiblesse, de Dieu sur le démon. A l'orgueil succèdent la honte et la confusion; à la fausse sécurité, la crainte salutaire:
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à l'amour désordonné de la créature, le regret, la conversion vers Dieu, la résolution sincère et ferme de briser avec tout ce qui pourrait la détourner encore d'un Père si bon et si miséricordieux. Le péché mortel, commis peut-être jusque là avec tant de facilité, lui fait horreur. L'éviter, en fuir les moindres occasions, en écarter es causes, en extirper jusqu'aux moindres racines, sera désormais le terme de ses efforts, l'objet de sa constante sollicitude. Le retraitant en vient à haïr et à craindre souverainement le péché véniel lui-même; il voit en lui l'outrage sanglant fait à la majesté divine, un acheminement vers le péché mortel, un obstacle à la diffusion des lumières et des grâces de Dieu.
La purification de l'âme par un véritable repentir, son désir de servir Dieu fidèlement jusqu'à la mort, sont déjà des fruits précieux ; mais ces fruits, toute retraite bien faite les produit, toute confession dont on s'acquitte avec les conditions requises les procure à l'âme. Ce n'est donc là, dans les Exercices de saint Ignace, que le commencement du travail spirituel, l'aurore de la parfaite régénération en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Éviter le mal est la première condition pour être disciple de Notre-Seigneur: la seconde, non moins nécessaire même au salut éternel, consiste à pratiquer le bien, à écouter et à suivre le divin Maître nous enseignant par la parole et par l'exemple toutes les vertus.
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A l’école de Notre-Seigneur
Saint Ignace, désireux d'aider le retraitant à atteindre ce but plus élevé, lui donne successivement l'intelligence des mystères de l'Incarnation, de la naissance, de la vie cachée et de la vie publique de Notre-Seigneur. Le menant à l'école de cet incomparable Maître, : dégage de chacun de ces mystères d'admirables et fécondes leçons, et prépare ainsi, avec force et suavité, l'âme de son cher ditigé à se ranger définitivement sous l'étendard du Christ-Roi, marchant à la conquête des âmes, à combattre, sous ses ordres et sous les ordres de ses représentants sur la terre, les bons combats de la vie catholique et à entrer, dans ce but, à la suite du Chef suprême, dans la voie de la pauvreté, des opprobres, de l'humilité. On sent ici le soldat vaillant, l'officier loyal et généreux que fut saint Ignace encore au service des souverains d'Espagne. La grâce n'avait pas détruit en lui ces fortes et belles qualités guerrières: elle leur avait simplement assigné un but plus noble, un champ d'action plus vaste.
Le retraitant, tout pénétré des divins enseignements Sur lesquels il vient de méditer, entraîné par les admirables exemples de vertus que lui a laissés le bon Maître, emporté par le souffle de l'Esprit-Saint qui passe sur lui, en arrive à préférer — même choses égales d'ailleurs en ce qui concerne la gloire de Dieu, sa propre sanctification et celle du prochain —la Pauvreté aux richesses,
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le mépris et les opprobres aux honneurs, la souffrance aux plaisirs. Et pourquoi ? Uniquement dans le but de ressembler d'avantage à Jésus- Christ, de mieux retracer en son âme chacun des traits de sa physionomie, de témoigner plus efficacement son affection et sa reconnaissance à Celui qui, par amour pour lui, a fait de la pauvreté, des humiliations et de la souffrance les trois compagnes de sa vie entière.
Mais voici que tout à coup se lèvent devant le retraitant les difficultés, les luttes, les épreuves, les travaux que l'avenir lui réserve. Aura-t-il la force de surmonter les premières, de sortir victorieux des secondes ? Sera-t-il suffisamment résigné dans les sécheresses, les désolations, les amertumes que Dieu permettra, qu'il lui enverra même afin de purifier tout son être jusque dans ses profondeurs et de se l’unir par des liens plus étroits? Pourra-t-il accomplir les œuvres projetées, soutenir, s'il est prêtre, les fatigues et les épuisements du ministère apostolique ? Saurat-il faire face, quoique sans aigreur, aux persécutions qui l'attendent peut-être, aux sarcasmes des uns, aux calomnies des autres, à l'indifférence de tous? Aura-t-il la prudence et l'habileté nécessaires pour déjouer les ruses des ennemis de l'Église, échapper aux filets qu'ils lui tendront ?
Saint Ignace, en psychologue profond, en maître spirituel expérimenté, a prévu cet état d'âme, il l'avait probablement connu dans sa solitude de Manrèse. Raffermir le retraitant
dans le choix déjà fait d'une vie parfaite; le déterminer plus fortement encore à recourir aux moyens les plus efficaces pour donner à sa vie une orientation définitive vers Dieu ; lui mettre au cœur une volonté inébranlable de surmonter tous les obstacles, de lutter jusqu'à la mort sous l'étendard du Roi des rois, de poursuivre sans merci ses éternels ennemis: le démon, la chair et le monde; tel est le but des exercices de la troisième semaine, la fin principale des touchantes méditations sur la Passion, la mort et la sépulture de Jésus. L'âme sort de ces ineffables contemplations inondée d'une paix profonde, et possédant la douce certitude de sa persévérance finale.
. Le retraitant se croit Peut-être parvenu au sommet de la montagne mystique qu'il gravit sous la conduite de saint Ignace. Il reste cependant une dernière cime; sur des altitudes inaccessibles à la plupart des âmes s'étend un plateau ravissant où l'air est encore plus pur, l'atmos- Phère plus sereine, la vue sur les choses de l'audelà plus pénétrante. Saint Ignace veut que son fidèle compagnon puisse entrevoir du moins ces hauteurs, qu'il s'efforce d'y arriver au terme d'une longue et laborieuse montée. A cette fin il offre à ses regards le Spectacle des beautés ineffables et des splendeurs de la vie glorieuse de Notre- Seigneur: sa résurrection, ses diverses apparitions aux saintes femmes, aux apôtres et aux disciples, ses derniers enseignements, son ascension triomphante au ciel. De telles contemplations donnent
plus qu'une simple image de nos joies et de nos gloires futures: elles sont comme une échappée sur la patrie bienheureuse, sur le monde invisible des esprits, sur l'Être divin, sur ses perfections et les insondables mystères de sa vie intime. L'âme qui s'y livre en vient à aimer Dieu, non Pour ses seuls bienfaits, non Par crainte des châtiments de sa justice méconnue ou par appât de ses éternelles récompenses, mais bien pour luimême, à cause de sa beauté sans égale, de ses attributs, de ses perfections infinies en nombre ou en intensité. Ce Dieu, elle veut ne plus vivre que de lui, par lui et pour lui. Le faire régner en elle, le faire régner en ceux qu'elle aime, le
faire régner Partout et toujours, et cela sans: aucun retour sur elle-même, voilà le suprême désir qui la dévore pendant ces derniers jours de silence, de prière, de Contemplation et d'extase.
L'âme des Exercices
L'exposé que je viens de faire de la marche des Exercices ne peut donner de ces Exercices qu'une idée bien imparfaite. Pour être complet, il me faudrait entrer maintenant dans ce qui en constitue véritablement le nerf. L'âme du livre de saint Ignace consiste moins dans la série, si admirable soit-elle, des méditations dont j'ai retracé la marche logique, que dans les règles d'ascétisme et dans les lumineuses directions dont il
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est rempli. Saint Ignace y indique le but précis de la retraite, les dispositions qu'il faut y apporter, — celles du début et celles de la continuation des Exercices —les moyens de la bien faire.
Il trace au directeur de la retraite la ligne de conduite à suivre pour guider le retraitant de manière à respecter sa liberté, à éclairer sa voie, à déjouer les ruses du démon, à l'empêcher de tomber dans le découragement, comme aussi à lui faire éviter les dangers de la présomption, les illusions d'une piété de surface et de pure sensibilité. Saint Ignace donne encore, en raccourci, des enseignements remarquables de clarté et de’ solidité sur la pénitence, les examens de conscience, la confession, la direction, la communion fréquente, le lecture spirituelle, la méditation et l'oraison. 11 rappelle enfin:les différentes manières de prier, les règles du discernement des esprits, de la tempérance, de l'aumône, des scrupules, celles, si belles et si pratiques, de l'orthodoxie catholique. 11 m'est impossible d'entrer dans les développements que demanderait l'examen approfondi de cette partie des Exercices. Je vous invite cependant à vous livrer vousmêmes à cette belle étude; elle inondera vos âmes de lumière et de paix. ' Vous comprendrez, en la faisant, combien mérité est l'éloge
1. Cf. Nouet, Homo orationis; Roothaan, Bucceroni et Giroux. S. J.. Exercices de saint Ignace.
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donné aux Exercices de saint Ignace par le pape Paul 111, dans son bref d'approbation:
« Nous nous sommes convaincu qu'ils sont remplis de piété et de sainteté, et qu'ils sont et seront loujours très utiles et très salutaires à l'édification et à l'avancement spirituel des fidèles... De notre autorité apostolique, par la teneur des présentes, et de notre science certaine, nous approuvons, nous louons et nous confirmons, par cet écrit, ces Instructions ou Exercices sbirituels, et tout ce qu'ils renferment ; exhortant dans le Seigneur, de tout notre pouvoir, les fidèles de l'un et de l'autre sexe, tous et chacun d'eux en particulier, à faire usage d'exercices si remplis de piété, et à se former sur des enseignements si salutaires. » !