Ainsi lisent Boeokli, Kaibel, Dittenberger
2. Un Russe, J. Turtzewitsch, a écrit dans sa langue, ce qui m'a empêché de pouvoir prendre connaissance de son travail, un article consacré aux stationes des villes étrangères en Italie : Die Zentralslalten und Genossenschaflen der Landsleute und Andersgliiubigen iin Kaiserlichen Rom des I-IIIJarhunderts. Nieschin (1902). Je ne puis donc en parler que d'après le compte rendu de Netusil dans le Berliner Philolog . H^oc/iensc/ir., 1904, n° 19 (7 mai), p. 593-595. En particulier, en ce qui concerne le chiffre de la location de la statio, voici ce que je lis dans ce compte-rendu. « L'auteur n'arrive, pour l'essentiel, à aucun résultat nouveau. La somme indiquée dans l'inscription comme étant celle du loyerde la station est visiblement trop petite ; aussi est-elle diversement évaluée... L'auteur ne tire pas la chose bien au clair. Toutefois, comme Lâchés, le délégué des stationarii, fait devant le sénat de Tyr une proposition très différente de celle de son propre placet, je crois qu'il ne s'agissait, dans toute cette question, que d'une rivalité de principe (principiellen Streit) sur les rapports réciproques des deux stat iones, et que le prix de la location constituait, pour la forme, le prétexte de la plainte adressée au sénat de Tyr, auquel cas la somme, antécédemment versée par la statio romaine aux Tyriens de Pouzzoles, n'avait que peu d'importance. Aussi bien n'était-ce pas sans doute le prix total de la location, mais une quote-part, que les stationarii de Rome fournissaient à ceux de Pouzzoles ». Cette explication de Netusil n'explique pas grand chose. Netusil est d'ailleurs d'avis, avec Turtzewitsch, que la statio était un local où habitaient tous les Tyriens domiciliés à Pouzzoles. —J'ajouterai qu'on ne sait pas ce qu'il pouvait y avoir dans le placet de Lâchés, puisque l'inscription est précisément brisée en cet endroit. C'est Philoclès, fils deDiodore (sans doute un membre du sénat) qui propose qu'on donne aux Tyriens de Pouzzoles l'entretien des deux stationes, alors que dans la requête des stationarii il était demandé que ce fut le sénat de Tyr qui se chargeât de la location. Pourquoi ces propositions diff'érentes? Les Tyriens de Pouzzoles voulaient soit que les Tyriens de Rome continuassent à leur payer la somme établie, soit prendre eux-mêmes à leur charge les deux entrepôts. Mais ils ne font pas allusion à cela dans leur lettre : ils se bornent à demander au sénat de la mère-patric de payer le loyer de leur statio. Cette demande devait séduire assez peu le sénat. C'est alors que Philoclès intervient, et propose la véritable solution, celle désirée par les stationarii de Pouzzoles ; le sénat, ravi d'être débarrassé de l'autre, adopte celle-ci. — C'était là, à mon avis, une petite tactique pour mieux enlever l'affaire.
LES ORIENTAUX A POUZZOLES
ments K M. Gantarelli l'a ingénieusement comparée aux « fondachi » que les marchands de Gênes, de Venise ou de Pise possédaient en Orient au moyen âge, qu'à Venise même avaient les Turcs, les Allemands et les Maures ~. Cette comparaison me paraît d'autant plus juste que, dans l'organisation des « fondachi », certaines particularités sont à rapprocher de ce que nous savons des stationes.
Les fondachi étaient de vastes entrepôts destinés à garder les marchandises, à en faciliter la vente, et à loger les marchands ; chaque « nation », comme on disait au moyen âge, en occupait un. Pour prendre un exemple, celui des Allemands, à Venise, était la propriété de la République, qui le louait aux marchands et percevait une partie des revenus. Cet usage rappelle le [jj,cr06? des Tyriens de Pouzzoles, et éclaire un passage où Suétone ^ dit que les stationarii des cités étrangères à Rome ne pouvaient pas louer à des particuliers: car ils auraient ainsi lésé les droits que l'Etat et le trésor public avaient sur les stationes des municipes.
Non seulement les marchands de profession, qui venaient à Venise pour y déposer leurs marchandises, mais les voyageurs qui se rendaient dans cette ville ou y séjournaient, logeaient dans les fondachi. Ceux-ci étaient même contraints d'y descendre à leur arrivée ^. La loi antique ignorait sans doute ces obligations et ces méfiances qui sont dans l'esprit du moyenâge. En tout cas, le rapprochement fait par M. Cantarelli nous confirme dans la traduction que nous avons donnée du mot (7TaTi'o)v et nous invite à voir dans la statio, au sens matériel du mot, un « fondaco », un entrepôt; les stationarii sont ceux qui le louent, y habitent et y reçoivent les marchandises des 'é\j.T:opoi et des vauxAr^pcu
1. Mommsen, art. cit., p. 61. Le p.taOo; « ist wahrschcinlich die Micthe fïii' Spcicher-Verkaufs-und Budenplatze, u. dgl. gemcint, die vcrniuthlich grôsstentlicils in die Stadtkasse von Puteoli floss. »
2. Cantarelli, dans le Biillettino Comunale (1900), p. 131-133. Voir aussi Hcyd, op. cit., II, p. 732-733. — Cf. id., p. 430-431, pour lorg'anisation des fondachi des Occidentaux à Alexandrie. « Chaque marchand trouvait un logis pour lui et un abri pour ses marchandises dans le fondaco de sa nation... Les colonies n'avaient aucun droit de propriété sur leurs fondachi. Ce n'étaient que des bâtiments mis à la disposition des marchands étrangers par le gouvernement égyptien, et plus spécialement par la douane : c'était elle qui payait le loyer, et supportait les dépenses d'aménagement et de réparation. »
3. Suet., Ner., 37. Néron fit des reproches à Salvius Orfitus <■ quod labcrnas très de domo sua circa forum civitatibus ad stationcm locasset ».
4. Schulte, Gesch. der inillelall. Handels iind Verkehrs, I, p. 351.
POUZZOLES A l'époque ROMAINE
Notre inscription fournit sur l'histoire du commerce des renseignements qui, bien qu'incomplets, offrent un haut intérêt. Elles nous fait entrevoir les larges groupements des négociants antiques, en nous montrant les marchands tyriens de Rome et de Pouzzoles unis par des intérêts et par des conventions financières.
L'entrepôt de Pouzzoles y apparaît comme tout à fait dépendant de celui de Rome, comme ne subsistant que grâce à la subvention des stationarii romains. Les relations financières des deux entrepôts étaient les suivantes :
a) Les entrepositaires de Pouzzoles ne recevaient des négociants et des armateurs, qui fréquentaient le port campanien, aucune contribution. C'est avec les seuls bénéfices réalisés par eux qu'ils payaient le loyer de leur GxazMv.
h) Ces bénéfices étant insuffisants, les marchands de Rome envoyaient à ceux de Pouzzoles une somme de 100.000 deniers, prélevée sur les taxes qu'eux-mêmes percevaient sur les è'ix-opct et les vauxX'/jpoi K
c) A une époque plus ancienne, la situation était ditférente ; les Tyriens de Pouzzoles se suffisaient à eux-mêmes, car ils étaient nombreux et riches.
Ces changements dans le nombre et la richesse des Tyriens s'expliquent par l'histoire commerciale de Pouzzoles, telle que nous l'avons esquissée plus haut : le commerce s'était déplacé du golfe de Naples aux bouches du Tibre. Jadis, izàXoii (et par Tzakai, il faut entendre la période républicaine et le début de l'empire, l'époque de Cicéron, les règnes d'Auguste et de Tibère oii le commerce campanien atteignit son apogée), Pouzzoles était la principale, peut-être l'unique place de commerce des Tyriens en Italie ; ils y affluaient et y faisaient des affaires très lucratives. Sans doute, il jîouvait déjà y avoir à Rome des marchands tyriens; mais le grand négoce était concentré à Pouzzoles, point terminus des navigateurs orientaux : là seulement les Tyriens possédaient de vastes entrepôts, à la location et à l'entretien desquels ils subvenaient aisément.
Après la création des ports du Tibre, leur intérêt fut de
1. C'est ainsi que je comprends avec Mommsen les mots : o)v auroî Xajj.- 6avouat (aus den Abg-abcn, die sie erhebe), sur les contributions, sur les taxes qu'eux-mêmes perçoivent.
LES ORIENTAUX A POUZZOLES
remonter à Ostie et de s'installer à Rome. Quelques-uns seulement (le plus ^^eiit nombre) restèrent à Pouzzoles ; la statio de Rome absorba peu à peu presque tout le commerce. Dans ces conditions, celle de Pouzzoles périclitait : des arrangements intervinrent entre elles. Il semble que celle de Rome ait pris à sa charge celle de Pouzzoles tombée, en quelque sorte, au rang de succursale, de dépendance.
C'est ainsi qu'à l'époque à laquelle nous sommes parvenus les Tyriens de Rome versaient annuellement à ceux de Pouzzoles, et cela depuis longtemps (àî( kOts, c'est-à-dire, à mon avis, depuis la fondation de la station romaine), la somme de 100.000 deniers, pour la location des magasins.
Les Tyriens de Pouzzoles, une fois reçus ces 100.000 deniers, se chargeaient de toutes les autres dépenses, qui concernaient :
1° Le culte. Les dieux tyriens étaient adorés dans des temples appartenant à la corporation des marchands. Le caractère religieux de ces sociétés commerciales réapparaît donc à Pouzzoles tel que dans les siècles antérieurs, au Pirée et à Délos, tel qu'il réapparaîtra au moyen âge, où l'on constate partout que les marchands d'un même pays, organisés en « nationes » dans les ports où ils faisaient le négoce, possédaient, outre leur vicus,leur loggia et leur fondaco (entrepôt), des églises qui étaient consacrées à leurs patrons et à leurs saints prolecteurs et dont les chapelains étaient entretenus par la colonie ^
2° Vkr.iav.tD-fi de la statio et la participation aux fêtes publiques : àvaA(x)[;.aTa eîç tov aycova xbv èv ïloT:okoiq x^? [Scuôouab? .
Certains interprètes (Mommsen, Waltzing) ont vu dans cet àywv les Ejusêsia, institués en l'honneur d'Hadrien. M Dittenberger, avec raison, n'est pas de cet avis-. Les jeux institués en l'honneur d'Hadrien sont toujours désignés dans les textes épigraphiques par les termes précis de E jo-sêsia Iv nsxiiXciç. Il n'est pas certain que le (( sacrum certamen iselasticum », dont Antonin est appelé le fondateur dans une inscription
1. Yver, Le commerce et les marchands dans VItalie méridionale aux XIII' et XIV" siècles, p. 195. Heycl, op. cit., II, p. 434. Des prêtres occidentaux logés dans les fondacbi (d'Alexandrie) pourvoyaient aux besoins religieux des colons, et chaque fondaco avait sa chapelle. Les nations les plus importantes avaient en outre leurs églises qui étaient leur propriété.
2. M. Dittcnbergcr rapproche des expressions comme tôv àywva t(ov Ilava- Orjvai'wv, xfl Trj; [3oj0uc7Îa; lopi^ (dans une inscription de Ténos, C.I.Gr., 2336. 9, sqq).
POUZZOLES A l'époque ROMAINE
latine, désigne les EùaÉêsia ; quant aux mots ày^vî; llic, qui apparaissent dans une inscription de Naples, et qu'on a parfois rapportés aux EjfféSsia, leur authenticité est douteuse. L'ay^v T^ç psuGouiTi'a;; devait être une fête spéciale, dont le sacrifice des bœufs était la partie essentielle, et dont les frais étaient imposés (Trpoffs-éôr/j aux Tyriens par la municipalité. C'était une liturgie analogue à celles que les Athéniens imposaient aux marchands et aux métèques domiciliés au Pirée et à Athènes, k l'occasion des fêtes religieuses de la cité, jevix, sacrifices, processions, concours, etc.. La ville de Pouzzoles faisait de même pai'ticiper les collèges de négociants étrangers à ses fêtes et à ses jeux
Ces dépenses, les Tyriens consentaient k les faire encore ; ce dont ils se plaignaient, c'est que leurs compatriotes de Rome n'envoyaient plus les 100.000 deniers. Les raisons pour lesquelles ce subside leur était refusé ne nous sont pas connues. L'entrepôt de Rome étant devenu le plus considérable des deux, les stationarii romains voulurent sans doute se libérer d'une charge onéreuse; le chiffre des affaires k Pouzzoles avait dû tellement baisser qu'ils se lassèrent d'une situation désavantageuse pour eux. Remarquons que les 400.000 deniers avec lesquels ils entretenaient la statio de Pouzzoles étaient le produit d'une taxe dont ils frappaient les va'jy,A*/)pot et les ï[XT.opo'.. Ces derniers, ayant déserté presque tous le port de Pouzzoles ou n'y apportant qu'une quantité moindre de marchandises, ne tenaient vraisemblablement plus k se soumettre k une taxe pour louer des magasins qu'ils n'utilisaient plus guère, et qui, bien qu'ils ne leur rendissent plus les mêmes services qu'autrefois, étaient restés les mêmes et coûtaient toujours aussi cher. C'est ainsi que les Tyriens de Rome ne fournirent plus k ceux de Pouzzoles qu'une somme très faible, peut-être même plus rien du tout, soit qu'ils eussent voulu les amener k se contenter d'une station plus modeste et plus appropriée aux conditions nouvelles du commerce, soit que, estimant que l'entrepôt de Pouzzoles avait fait son temps, ils eussent voulu l'abandonner définitivement.
Les stationarii de Pouzzoles portèrent plainte devant le Sénat de la patrie, choisi comme arbitre. Trois solutions étaient possibles,