‹ Pouzzoles antique (histoire et topographie)Chapitre 201 sur 341 · Fragment connu par le dessin du Vatican n · texte numérisé non relu

Fragment connu par le dessin du Vatican n

4. L'hypothèse d'un navale existant au forum boarium avait déjà été émise avant M. Hiilsen ; Jordan refusait de l'admettre {Top. der SI. Rom, I, p. 439- 440. — Forma Urbis Romae, section Vl, p. 45-46). Richter la repousse également dans la dernière édition de sa Topographie de Rome, l. c.

DOCUftIENTS TOPOGRAPHIQUES ANTIQUES

eût été de même pour le navale inferius, auquel M. Hûlsen attribue, à l'intérieur des anciennes fortifications de Rome, un certain emplacement au pied de l'Aventin i. A quoi bon alors une jetée qui, en cet endroit, après les ponts du Tibre, n'aurait servi qu'à causer de l'encombrement? Si le dessin de Bellori est une vue de Rome, il est inexplicable que le peintre ait représenté, avec des proportions aussi colossales et ne convenant qu'à un long môle maritime, une jetée sur laquelle aucun document ne nous renseigne, alors qu'il n'a dessiné aucun des nombreux ponts qui se trouvaient devant le forum holitorium et le forum boarium : ponts Fabricius, Aemilius et Sulpicius.

L'existence d'une jetée, surtout d'une jetée à arches, ne paraît donc pas liée nécessairement à celle de navalia. Il est vrai qu'on construisait quelquefois au bord des fleuves de petits môles, mais bien différents de ce qu'est la jetée du dessin de Bellori. Nous en avons à Rome un exemple dans la statio marmorum. A 1 60 mètres environ en amont du pons Aelius s'avance un petit môle, où, vraisemblablement, on débarquait les marbres : c'est une sorte de quai de débarquement, dépassant le rivag-e d'environ 25 mètres, et large de 14 mètres. Il suffit de jeter les yeux sur la figure n** 21 de la Topographie de Richter pour se rendre compte de ce qu'était un môle fluvial 2. Rien qui ressemble, même de loin, à la jetée du dessin de Bellori.

Le dessin de Bellori représente le port de Pouzzoles. — L'argument tiré des navalia était le plus spécieux. Les autres doivent être également rejetés.

On pourrait, dit M. Hûlsen, opposer à son hypothèse le fait que des localités importantes comme le Capitole et le Palatin manquent sur le dessin de Bellori ; mais cela tient à ce que la peinture est brisée en haut. — J'admets cette explication ; il n'en reste pas moins vrai que des monuments importants qui sont non plus au second, mais au premier plan, font défaut.

1. Selon Hûlsen, ce navale inferius aurait été situé « sous l'angle nord de l'Aventin entre le Tibre et la rue qui venait de la porta Trig-emina et débouchait dans le forum boarium » {Diss. délia Ponl. Ace, p. 249). « Cet emplacement convient bien à un arsenal, pour la raison qu'il était protégé par les anciennes fortifications de Rome (mur de Servius) ».

2. Richter, op. cit., p. 200-201. Cf. Bull, comun., 1891, p. 26, 45 et suiv.

LE DESSIN DE BELLORI

On ne comprend pas l'absence du théâtre de Marcellus, situé entre le fleuve et le temple d'Apollon, non plus que celle de l'aedes Portuni au forum boarium. J'ai déjà signalé l'absence des ponts. J'ajouterai celle de l'île Tibérine. Aucun trait ne rappelle le rivage du Tibre. — L'hypothèse que le porticus post Spei aurait été dans la suite appelé portions Neptuni ne s'appuie sur rien ; à Pouzzoles, au contraire, on connaît de source sûre ce portique de Neptune. La conjecture <( aqua pendens » pour « aqua cernens » n'est pas préférable k celle de Jordan : « aqua fervens D'ailleurs la Notice Constantinienne porte : aqua; ce singulier peut s'appliquer à l'eau d'un aqueduc ou d'un réservoir. Le dessin de Bellori a le pluriel : aquae, employé souvent pour désigner une eau médicinale. Plutôt qu'un réservoir d'aqueduc, les aquae pensiles ne seraient-elles pas un établissement de bains? Rien ne serait plus naturel dans une ville comme Pouzzoles.

Rome est exclue. Nous avons certainement affaire à un paysage maritime. Mettons de côté les ports d'Antium, de Gività Vecchia, de Porto, de Terracine, qui avaient ou des môles courbes (Terracine), ou deux môles semi-circulaires se dirigeant l'un vers l'autre, et enfermant une rade. On ne connaît dans toute l'Italie que deux ports ayant une simple jetée droite à arches : Ancône et Pouzzoles. On ne peut songer à Ancône, à cause de l'absence de l'arc de triomphe élevé à Trajan, que le peintre aurait certainement dessiné. D'ailleurs la configuration du rivage convient au littoral de Pouzzoles, non à celui d' Ancône.

Ces éliminations faites, l'ancienne théorie de De Rossi et de Jordan reprend toute sa force. Aucune des treize inscriptions des vases ne réapparaît, il est vrai, sur le dessin. Mais c'est qu'il faut mettre de côté le vase du musée Borgien et, partiellement, le vase de Piombino, où on voit des monuments de Baia, non de Pouzzoles. Quant au vase d'Odemira, il n'oft're qu'un choix des édifices de Pouzzoles. L'auteur de la peinture semble au contraire avoir représenté, dans sa totalité, le quartier de la ville voisin de la mer, le port. Il est dès lors évident que les amphithéâtres, que le solarium, que les thermes, que le théâtre doivent manquer. Mais nous retrouvons la jetée, probablement un des jani i, et peut-être, comme le croit

1. Les graveurs des vases de verre indiquent plusieurs jani, bien que, schématiquement, ils n'en dessinent qu'un. Un de ces jani, situé à peu près dans

DOCUMENTS TOPOGRAPHIQUES ANTIQUES

M. Studnizka, le temple de Sérapis (derrière le groupe des quatre Néréides ').

Selon Jordan et De Rossi, les noms des fora (forum holitorium et forum boarium), étaient empruntés à la capitale. Rien de plus juste. Beaucoup d'autres noms de quartiers et de rues rappelaient ceux de Rome : la regio Palatina le Palatin, le clivus vitrarius le viens homonyme de la première région de Rome, le vicus turarius le viens tuscus ou turarius de la huitième rég-ion. 11 y avait à Pouzzoles comme à Rome un forum transitorium et une porta triumphalis. Tout le pays était couvert de monuments, privés ou publics, qui portaient les mêmes noms que ceux de Rome (cf. le portions triumphi k Baia et les portiques homonymes de Rome Les jani mêmes nous fournissent un point de comparaison : on avait l'habitude d'en construire dans toutes les nouvelles colonies. En 174, un censeur prescrivit d'en élever trois sur le forum d'une colonie qu'on venait de fonder -K Par tous ces caractères, Pouzzoles justifie à merveille le mot d'Aulu-Gelle, à savoir que les colonies passaient pour être des imag-es de Rome ^.

Quant à l'île si énig-matique, elle n'est pas le dessin schématique de la côte opposée de Baia. Elle existait en fait dans la rade de Pouzzoles. Devant Dicaearchia de Tyrrhénie, écrit Pausanias ^\ il y a dans la mer une source d'eau chaude. Les Pouzzolans ont construit une île artificielle (v^o-iç laTi yeipo- TCOiV^TOç), afin qu'elle ne restât pas inutilisée, et pour avoir des bains chauds. Cette île disparut de bonne heure ; Pierre d'Eboli, au xiii« siècle, l'ignore. Elle était située à l'ouest de la jetée, et c'est elle que nous voyons sur le dessin de Bellori. Elle renferme un certain nombre d'édifices, assez confu-

le prolongement de la jetée, pourrait bien être la porte qui, sur le dessin de Bellori, donne accès au forum boarium et qui atout à fait l'aspect d'un janus.

1. Sa situation correspondrait assez à celle que nous avons déterminée cidessus. « La petite cour à gauche, écrit Studnizka, qui s'avance encore plus près du rivage, pourrait être, si l'on admet une légère modification de la réalité, l'area connue par la Lcx parieti faciendo. » Wiegand, Piileol. Baiiinschr p. 701.,.

Page 1