Pausan., VIII
LE DESSIN DE BELLORI
sèment représentés. Ce qui me paraît le plus digne de remarque, c'est le long portique qui l'enserre et la petite jetée abritant une rade ovi pouvaient venir se ranger les barques qui transportaient dans l'île les baigneurs.
L'architecture des édifices. — Les renseignements que nous fournit le dessin de Bellori sur l'architecture des édifices se réduisent à peu de chose. Sans parler des inexactitudes possibles de la part du copiste, n'oublions pas que les artistes romains se permettaient les plus grandes libertés dans les représentations architecturales ; ils ne visaient nullement à la fidélité K Toutefois nous devons, après Winckelmann et Hiilsen, remarquer certains détails intéressants : par exemple la façon dont sont représentés les entrecolonnements des portiques clos par des vitrages M. Hiilsen croit que les horrea ne sont pas des magasins de marchandises, mais des magasins d'une toute autre espèce, où étaient déposés par les habitants leurs objets de prix. C'est là un détail sur lequel il est impossible de se prononcer. En tous cas la disposition des horrea du dessin de Bellori rappelle extrêmement celle des horrea de Galba, des horrea Lolliana de Rome, ou encore des greniers de l'annone de Lycie 3.
PEINTURE ANTIQUE DE GRAGNANO Joignons à ces différents documents une peinture antique
1. llûlsen {Mittheil, art. cit., p. 225) cite comme exemple le bas-relief du sépulcre des Haterii : l'artiste n'a donné que trois étages au Golysée qui en avait quatre.
2. Hûlsen cite à ce propos Pline décrivant le cavaedium de sa villa Laurentina {Ep., II, 17, 5), et Mazois, Ruines dePompéi, II, p. 52, tav. 13.
3. Dictionn. de Daremberg et Saglio, Art. Horrea, p. 269, fig. 3891, 3892, p. 275, fig. 3896.
Pour les observations architecturales à faire sur le balineum Faustines, je renvoie à Daremberg et Saglio, Art. Balneum, p. 663. — Remarquer aussi que l'édifice est divisé en deux parties, comme les thermes de Badenweiller, divisés par un mur central en deux bainsdont la disposition est symétrique (ibid., p. 661, fig. 766).
DOCUMENTS TOPOGRAPIIIQUES ANTIQUES
qui provient de Grag'nano ^ et qui n'a pas encore été signalée comme représentant le port de Pouzzoles. Elle offre, à mon avis, une vue générale de tout le golfe, avec le Port Jules, Baia et Misène.
A droite, au premier plan, une jetée reposant sur des piles et sur des arches (opus pilarum) s'avance dans la mer. Elle est surmontée d'un arc de triomphe sur lequel sont des Tritons
FiG. 11
Peinture antique de Gragnano, représentant le golfe de Pouzzoles.
jouant de la trompette, et de hautes colonnes supportant des statues ; nous connaissons déjà ces différents motifs ornementaux. Derrière la jetée, sur le rivage qui s'avance en forme de promontoire, correspondant très exactement à la configuration du littoral, on aperçoit un ensemble confus, mais considérable, de monuments : portiques, temples, sanctuaires ; l'un d'eux a lune forme circulaire qui le fait ressembler à un amphithéâtre, et la place qu'il occupe ne serait pas éloignée de l'emplacement réel de l'amphithéâtre de Pouzzoles. Le rivage, après avoir dessiné une rade semi-circulaire dont la disposition et la direction rappellent tout à fait celles du port de Pouzzoles, oblique à gauche, c'est-à-dire vers l'ouest, bordé par de nombreux édi-
1. Pitture antiche d'Ercolano, 11,295 ; III, 47. — Gûnther dans VArchaeologia, arl. cit., p. 520, lig. 11.
PÈlNïtJRË ANTIQUE DE GRAGNANO
fices (colonnades avec des statues, temple ^, cours carrées entourées de portiques). Dans le port sont quelques navires. On ne tarde pas à arriver ainsi à une jetée, qui s'avance au loin dans les flots, et à l'entrée de laquelle se dresse un arc de triomphe ; cette jetée occupe l'emplacement qui était celui du Portus Julius. Peu après, le rivage revient à gauche au premier plan, bordé par une haute digue qui pourrait être la via Herculanea; puis, suivant la direction et le tracé de la côte de Baia et de Bacoli, il se termine par un promontoire (cap Misène). Il ne me paraît pas douteux que cette peinture nous offre une vue du golfe de Pouzzoles ~.
1 . Remarquer qu'il occupe un emplacement à peu près analogue à celui du temple qui apparaît sur le dessin de Bellori, et où M. Studnizka croit voir le temple de Sérapis.
2. Je ne connais pas d'autres monuments antiques, ou copiés de l'antique, qui nous ofl'rent des vues de Pouzzoles. Jordan [Top. der St. Rom, I, 1, p. 440, n. 6) signale dans Canina une peinture pompéienne qui représenterait Misène avec Pouzzoles. La peinture pompéienne, telle du moins qu'elle est reproduite dans Canina [Arch. rom., Sect. III, tav. CLXI), représente quelques arches d'une jetée, sans qu'on puisse dire à quel port cette jetée appartient. — M. Wieg-and [art. cil., p. 700, note 11) signale en ces termes une peinture antique qui représenterait tout le golfe de Pouzzoles : « C'est seulement pendant la correction de mes épreuves que je puis, tout à fait à la hâte, dans le Mas. Borb., IX, tab. 91, signaler une vue d'ensemble de toutes les villes baignées par le golfe de Pouzzoles, avec le cap et la ville de Misène à gauche, au premier plan. Le temple de Sérapis y semble aussi représenté. » La référence de M. Wiegand est inexacte ; j'ai vainement cherché dans le Museo Borbonico une vue correspondant à celle qu'il signale. Mais je ne serais pas étonné que ce fût la peinture de Gragnano que j'ai décrite ci-dessus.
. Une fresque, retrouvée en 1890 à Pouzzoles, dans les ruines d'une maison située sur la colline, au-dessus du Chantier Armstrong {Not. deç/li scavi., 1890, p. 124-125), et maintenant au musée de Naples, représente un paysage maritime. Sur le côté, à gauche, est un petit temple circulaire, dont le toit est soutenu par six colonnes. Au milieu du temple est la statue d'une divinité. A droite de cet édifice est dessinée une longue jetée, dont on peut distinguer encore deux arches ; sur la mer, deux petites barques. « Le ciel est séparé de l'eau sur toute la longueur du tableau par une petite ligne rougeâlre », lisonsnous dans le compte rendu des Nolizie degli scavi. Il se pourrait que cette ligne fût celle d'un rivage. Un ingénieur de l'usine Armstrong, qui vit la fresque au moment de la découverte, et qui en dessina une copie, croit que cette ligne représentait le rivage opposé de Baia ; il m'a même assuré qu'on distinguait la forme du promontoire de Misène. J'ai vu la fresque au Musée de Naples, et j'avoue que, étant donné son mauvais état de conservation, il m'a été impossible de me faire une opinion. Toutefois, vu l'emplacement de la maison où était la fresque, il se pourrait que la jetée qui y figure fût bien celle de Pouzzoles ; en effet, si de cet endroit nous regardons du côté du port, la direction de la jetée nous apparaît la même que sur la peinture. Le propriétaire de la maison avait peut-être voulu faire peindre dans une de ses pièces le paysage qu'il avait précisément sous les yeux.