‹ Pouzzoles antique (histoire et topographie)Chapitre 244 sur 341 · AQUEDUC CAMPANIEN · texte numérisé non relu

AQUEDUC CAMPANIEN

refour de l'Annunziata. Il descend de là, en droite ligne, dans la ville basse, près de la voie ferrée. En ce point, un étroit couloir y donne accès. Puis, pratiqué à la base de la colline, il suit parallèlement la ligne du chemin de fer jusqu'à la station. Il se termine sur la place de Pouzzoles où il alimente deux fontaines publiques.

Les eaux, aujourd'hui peu abondantes, l'étaient jadis beaucoup plus. Cela tient à ce que la plupart des conduits latéraux de l'aqueduc sont comblés ; c'est le cas pour les deux bras se dirigeant vers le monte Barbaro, et pour celui qui va vers le Ciglio. Les anciens avaient dirigé ces différents conduits vers les cratères éteints du Gaurus, des Astroni, et vers la Pianura Campana, c'est-à-dire vers les endroits les plus concaves où les eaux de pluie, descendant des pentes des montagnes, étaient absorbées par les terrains de nature spongieuse de la Pianura.

L'aqueduc a été, comme nous le verrons plus loin, restauré à plusieurs reprises; certaines sections sont même entièrement modernes. Mais la construction antique, plus ou moins réparée, subsiste dans la majeure partie, par exemple, dans la section comprise entre le carrefour de Santo Stefano et l'escalier de la via Campana et dans celle qui va de cet escalier aux sources du canal dans la Pianura. Elle se compose de pierres de tuf (opus incertum) sur les murs latéraux ; la voûte, est tantôt arrondie et construite en opus incertum (canal d'origine dans la Pianura) : tantôt constituée par deux grosses pierres de tuf formant un arc brisé (section comprise entre l'escalier de la via Campana et le carrefour de Santo Stefano). La largeur du conduit, suivant les mesures prises par moi au bas de l'escalier, est de 0'" 70 ; la hauteur dépasse un peu 2 mètres.

Les murs n'ont pas, en ce point, de revêtement. En d'autres endroits, on observe, çà et là, un enduit dans lequel entrent de petits graviers de lave^. Un revêtement du même genre existe dans deux autres aqueducs antiques de la Campanie, l'acquedotto Sannitico entre Serino et Bénévent, qui paraît remonter à la période répubhcaine, et l'aqueduc de la Bolla à Naples, qui fut construit par les Grecs et restauré à l'époque romaine et au moyen âge. Le revêtement des murs, dans l'aqueduc de la Bolla, contient en différents endroits des gra-

1. « Intonaco di lapilli e calce » (De Criscio, op. cit., p. 67).

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viers de lave. Dans lacquedotto Sannitico, il est fait tantôt de chaux, de sable et de briques pilées, tantôt, comme celui de l'aqueduc de Pouzzoles, de chaux mélangée de graviers volcaniques K

La section comprise entre Santo Stefano et la base des collines près de la ligne du chemin de fer n'est plus maçonnée, mais creusée à même dans le terrain de pouzzolane dure. Elle présente de grandes négligences et grossièretés d'exécution. Le canal, tordu et bosselé, décrit les courbes les plus irrégulières ; la hauteur varie de 1"' 40 à 2"^ 30, la largeur de 0"' 40 à 0'"60. L'aspect barbare du travail porterait à croire que cette section de l'aqueduc n'est pas l'œuvre de ceux qui ont construit les autres parties. Daterait-elle d'une époque postérieure? Comme la section qui s'étend le long de la voie ferrée est antique, ainsi que l'atteste la construction, il faut admettre que la section précédente, creusée à même dans le sol, existait aussi dans l'antiquité. Seulement, étant en pente plus rapide que les autres, les crues l'ont dégradée davantage. Dès l'origine, son aspect était peut-être d'ailleurs assez grossier 2. Les constructeurs semblent avoir voulu profiter de l'existence d'une fente naturelle ouverte dans le tuf par les eaux descendues des terrains spongieux supérieurs ; élargissant le passage dans ses parties les plus étroites, ils l'ont laissé tel qu'il était là où il était suffisant. De toute manière, le percement de l'aqueduc à travers le tuf est conforme à la pratique des anciens d'éviter, dans les travaux publics, toute construction

1. On trouvera la description de l'acquedotto Sannitico dans un mémoire intitulé : Acquedollo di Napoli, imprimé en 1883 par la Società Veneta per imprese e costruzioni pubbliche (Tipo-litografia Roberti de Bassano). Sur l'aqueduc de la BoUa, cf. surtout : Abate, Délie acque pubhliche in A'apoli (1810); Sludii sulV acqnedotlo Claudio (1864). En particulier, p. 12 et 14.

2. En ce qui concerne l'aspect grossier de la construction, je renvoie à ce que dit de Caumont {Abécédaire d'archéologie. Ère gallo-romaine, p. 133) sur l'aqueduc du "S^ieil Evreux qui est indubitablement un ouvrage des Romains, et qui, à côté d0 parties parfaitement cimentées et construites, présentait des sections construites « en gros cailloux, anguleux et bruts, sans mortier », travail d'un « aspect sauvage..., grossier, analogue aux premiers essais de l'art de bâtir ». De Caumont explique ces différences de construction par la nature du terrain. Les Romains avaient bâti le canal en pierres solides et en mortier de chaux excellent dans les terrains sablonneux et mouvants, où l'eau se serait perdue en s'infiltrant; là où le sol était au contraire glaiseux et fort compact, on s'était borné à prévenir, par de simples soutènements en pierre sèche, les seuls accidents que l'on avait à craindre dans un sol glaiseux, aussi propre à maintenir le cours de l'eau que la meilleure rigole.

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inutile, et de tirer parti de la nature des terrains. On se contenta de maçonner en certains endroits une voûte en plein ceintre ; ailleurs, le canal est recouvert de grosses pierres de tuf placées horizontalement ou inclinées obliquement l'une vers l'autre.

La section de l'aqueduc, le long de la voie ferrée, comprend deux subdivisions. L une va de l'endroit où le canal commence à suivre la ligne du chemin de fer jusqu'à la distance d'environ soixante mètres du macellum. La construction, analogue à celle décrite plus haut, est antique (murs en opus incertum, voûte faite de deux grosses pierres de tuf constituant un arc triangulaire). Au delà, rien ne subsiste de la construction antique. L'extrémité de l'aqueduc, jusqu'aux fontaines publiques qu'il alimente sur la place de Pouzzoles, a été entièrement reconstruite dans le dernier tiers du xix'^ siècle. Cet ouvrage moderne a remplacé non pas un canal ancien, mais vraisemblablement un canal datant seulement du xvii^' siècle œuvre de l'évêque Léon de Gardenas.

Différents rameaux conduisaient l'eau dans les quartiers de la ville. Au commencement du xix'' siècle, parmi les ruines qualifiées du nom de Pondéra, on en a retrouvé un qui se dirigeait vers l'ouest, du côté du cirque. Il se détachait du conduit principal au carrefour de FAnnunziata, et alimentait, en haut de la colline, le quartier occidental ^.

Un autre passait au nord de l'amphithéâtre et communiquait avec cet édifice. Quand on le déblaya, on crut d'abord qu'il provenait d'un réservoir appelé Piscina di Cardito, situé dans la région est de Pouzzoles 2. Des études de niveau que j'ai fait faire excluent absolument cette hypothèse; la pente du canal va de l'ouest à l'est (dans toute la section conservée, comprise entre l'amphithéâtre et le point où le canal croise' en passant au-dessous d'eux, des conduits provenant de la Piscina di Cardito). Il était donc relié à l'aqueduc campanien en un point indéterminable, du côté de la via Celle et de

1 . Au milieu de ces ruines, sous le premier étage, on voit l'aqueduc qui conduisait leau de Serino à Baia ; il est encore bien conservé. Palladini Scoperta di un sepolcreto en Pozzuoli, p. u. Le fragment d'aqueduc signalé en cet endroit par Palladini, ne peut appartenir, comme le croit celui-ci à l'aqueduc de Serino dont le canal, comme nous le verrons plus loin avait une autre direction. Il ne peut s'agir ici que d'une ramification de l'aqueduc campanien.

2. Scherillo, Délie naumachie negli anfilealri, p. 6. Ch. Dubois. — Pouzzoles.

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l'Annunziata, longeait au nord l'amphithéâtre et, décrivant une courbe vers le sud, alimentait le quartier sud-est. C'est ce canal qui, directement ou par im embranchement secondaire, alimentait un réservoir dont les ruines existent au nord-ouest de l'amphithéâtre.

Parmi les antiquaires locaux, les uns, suivis par M. Beloch, voient dans l'aqueduc campanien une construction grécoromaine 1 , d'autres un ouvrage des premiers temps du moyen âge*^. Cette dernière hypothèse est inadmissible. Le seul argument sur lequel on l'appuie, c'est que la section creusée à même dans le sol. serait indigne de la façon dont les Grecs et les Romains travaillaient ; mais nous nous sommes déjà expliqués à ce sujet. L'aqueduc est d'origine antique pour trois raisons :

1° Le conduit qui alimente l'amphithéâtre était, comme h démontrent sa direction et sa pente, une ramification de laqueduc campanien. Celui-ci est donc au moins contemporain de l'amphithéâtre.

2° L'escalier de la via Campana est en appareil réticulé de l'époque impériale, et j'y ai lu sur les murs plusieurs graffiti. L'un porte, écrit en lettres grecques : ûocop ; un autre, : luva Mino !

3° Enfin, la maçonnerie (opus incertum en pierres de tuf et appareil réticulé de l'escalier) est manifestement antique.

L'attribution de l'aqueduc à telle ou telle période est plus difficile. On peut affirmer qu'il est antérieur à l'époque impériale. Il suffit de le comparer avec les ruines de l'aqueduc attenant à la Piscina di Cardito ou avec le canal du mont Oliban, qui datent de l'Empire et où la voûte est façonnée avec une régularité parfaite, les murs recouverts d'un revêtement très beau de chaux, de sable et de brique pilée. L'aspect de l'aqueduc campanien dénote moins de soin et d'habileté. Le ciment d'opus signinum fait défaut; le canal, même dans les parties maçonnées, n'est pas toujours bien régulier ; il en est de même de la voûte, aussi bien là où elle se compose de deux

1. Monticelli, Salle origini délie acque del Sehelo di Napoli, di PozziioU, etc., p. S3. Beloch, Camp., p. 71.

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