Gicéron, In Ferr., II
2. Gicéron, Pro Sulla, 21. — Zumpt (op. cif., p. 468) reconnaît lui-même qu'il n'y avait pas à Pompéi deux communautés, mais deux catégories d'habitants ayant des droits inégaux. Sur cette situation des habitants de Pompéi, voir : Overbeck-Mau, Pompéi, p. 10-11. Dans le même sens, Mommsen, CIL., X, p. 89.
3. Zumpt, Comm. epigr., p. 251. Mommsen (ffermes, X'VIII, p. 165) pense que la situation d'Arretium était semblable à celle de Pompéi (deux groupes d'habitants ayant des droits inégaux, ce qui, selon lui, était une particularité de la colonisation de Sylla). Dans le CIL., X, p. 89, citant l'inscription C, XI, 1849 : decuriones Arrelinoriim veter{um), il émet l'opinion différente qu'il y avait à Arretium plusieurs municipalités. De même, Nissen, op. cit., II, 2, p. 317. Bormann, au contraire, dit que par l'inscription n° 1349, « il est seulement prouvé qu'il y avait à Arretium diverses catégories de citoyens fournissant des décurions suivant une certaine proportion que nous ignorons » {CIL., XI, p. 330).
4. CIL., III, p. 183. Gf. surtout les inscriptions n"" 1065 et 975 (decurio municipii Apulensis idemque patronus coUcgii f'abrum coloniae).
HISTOIRE MUNICIPALE DE POUZZOLES
et veteres, et ua uterque ordo Valentinorum) il semble, comme le pense Hûbner, que^ outre les anciens colons, d'autres furent installés sous TEmpire, à une époque qu'on ne saurait déterminer, de telle sorte qu'il y eut deux municipalités Le cas de Tarente, auquel celui de Pouzzoles serait entièrement analogue, est encore plus curieux. En 123 av. J.-C, y fut fondée une colonie qui demeura, jusqu'à la guerre sociale, distincte de l'ancienne ville grecque fédérée ; ce n'est qu'alors que celle-ci étant devenue le municipe dont la loi nous est parvenue par fragments, la colonie se fondit avec elle 2.
Bien qu'aucun argument positif ne puisse être fourni en faveur de la coexistence à Pouzzoles de deux communautés, bien que Tacite ne dise rien de tel, ne parlant pas de la fusion de deux communes en une seule, mais se contentant d'écrire que la vieille ville de Pouzzoles reçut le droit de colonie, ces analogies sont très frappantes. Les mots : vêtus oppidum opposeraient bien l'antique cité grecque à la colonie plus récente. Dans les exemples cités plus haut, la partie la plus ancienne de la population est désignée habituellement par l'adjectif vêtus : Valentini veteres, veteres d'Arretium, genus veterum d'Agrigente, etc..
Il est, sans doute, étrange que la coexistence de deux communautés se soit prolongée jusqu'au règne de Néron. Cette situation, qui n'est connue en Italie qu'à Tarente, y fut toute passagère, n'ayant pas duré plus d'une trentaine d années, et ayant cessé après la guerre sociale. Toutefois, malgré les objections qu'on peut lui adresser, la théorie de Zumpt et de
1. CIL., II, 3733, 3737, 3739, 3741, 3745. Hiibner, CIL., II, p. 501.
2. Pline, Nat. Hist., III, 11, (99) : « Siiiu qui Tarentinus appcllatur ab oppido Laconum in recessu lioc intimo sito, contributa eo maritima colonia quae ibi fuerat. » — Mommsen {Ëph. epigr., l. c.) admet cette coexistence jusqu'à la guerre sociale. Ensuite la civitas foederata de Tarente devint municipe, et se fondit avec la colonie. — Voir aussi les observations de Mommsen, CIL., IX, p. 22, et l'article de De Petra dans les Monumenti antichi dei Lincei, VI (1895), p. 405 et suiv.
A ces exemples, il faut encore ajouter celui des Glusini veteres et novi (Pline, Nat. Hist. ,111, 8(^2), dont on ne saurait dire s'ils ont constitué deux communautés distinctes (Mommsen, dans l'/Zermes, art. cit., p. 65. Nissen [op. cit., II, 1, p. 324). A Nola, il y avait aussi une catégorie d'habitants qui s'appelaient les veteres {CIL., X, 1273: « decurio adlectus ex veteribus «), sans qu'il y eût pour cela dans cette ville deux communes distinctes (C/L., X, p. 90 et 142). — Quant aux deux Fabrctaria vêtus et nova, elles seraient plutôt, comme le croit Mommsen, deux localités distinctes (Mommsen, dans ïllermes, L c. — Nissen, op. cit. y II, 2, p. G53, 655-656).
Ch. Dubois. — Pouzzoles. 3
POUZZOLES A l'époque ROMAINE
Marquardt est la seule qui permette de sortir de l'embarras créé par la contradiction des textes de Tacite et de Pline.
Si l'on n'admet pas, en effet, que c'est l'ancienne ville grecque qui reçut de Néron le ius coloniae, comment concilier ces textes ? On ne le peut qu'en mettant en doute la valeur du témoig-nag-e de Pline ; c'est ce qu'ont fait Beloch et Nissen ; selon eux, Pouzzoles n'étant plus colonie sous Aug-uste, mais étant alors devenue municipe aurait pu recevoir de Néron le ius coloniae.
Une théorie exposée par Mommsen dans un important article consacré aux colonies italiennes de Sylla à Vespasien ~ semble, au premier abord, leur donner raison. Pline, comme Mommsen l'a établi, se servit, pour sa description de l'Italie, de différents documents, plus ou moins bien combinés ensemble ; utilisant notamment une description côtière, dont la source principale était un ouvrage géographique de Varron, il lui arriva d'appeler colonies des villes qui étaient désignées comme telles dans le périple, et qui cependant, à Tépoque d'Auguste, étaient municipes : ce serait le cas, selon Mommsen, pour Ostie, Antium, Aquilée. Il serait donc possible que ce fût d'après le périple, non d'après la descriptio Italiae d'Auguste, que Pline eût appelé Pouzzoles colonie ^.
Gela serait d'autant plus vraisemblable que, selon Mommsen,
1. Nissen, Ital. Landesk., Il, 2, p. 738. — Aucune date ne peut être donnée pour cette transformation de Pouzzoles de colonie en municipe, à moins d'admettre qu'elle fut opérée par la loi de Sylla. Remarquons toutefois que, quinze ans après cette loi, Giccron appelle Pouzzoles vêtus colonia; il est vrai que Pouzzoles aurait pu devenir municipe, et que Cicéron, faisant allusion à la colonie de l'an 194, aurait été fondé à l'appeler vêtus colonia.
Beloch, Camp., p. 96, tire surtout argument d'une inscription de Pouzzoles (époque républicaine), mentionnant un quatuorvir N. Cluvius, lequel, selon lui, aurait été un magistrat du municipe, puisque la colonie était administrée par des duumvirs ; or une lecture attentive de l'inscription prouve que le quatuorvirat de Cluvius doit être rapporté non à Pouzzoles, mais à Gapoue. — Les inscriptions relatives à Cluvius (C7L., 1,1235 et 1236) portent, l'une : N.] Cluvius M\ f. I iiiivir \ Caudi iivir | Nolae iiiivir \ quinquennal. \ al. de sizo, etc.. ; et l'autre : A'^. Cluvius M\ f. iivir | Nolae iiiivir quin \ c || a II vir I Kosta. al. manii... La restitution de Minervini, adoptée par Mommsen (C/L., X, 1572, 1573) est la suivante: duumvir Nolae, quatuorvir quinquennalis Caudii, iiiivir quinquennalis Capuae (cf. CIL., X, 3921, 3871, pour les autres quatuorviri connus à Capoue).
2. ItalischeBilrgercolonien von Sulla bis Vespasian {Hermès, XVIÎI, p. 161- 213; particulièrement, p. 189 et suiv.).
3. Nissen, Ital. Landesk., II, p. 33, n. 1, pense que pour Pouzzoles, comme pour Ostie et Gosa, la source de Pline fut le périple varronien.
HISTOIRE MUNICIPALE DE POUZZOLES
la descriptio Italiae ne faisait pas allusion à la condition municipale ou coloniale des villes : Pline, quand il dit qu'il désigne du terme de colonie toutes les villes qu'Auguste, dans sa description, in eo prodidit numéro, signifierait simplement que toutes les villes appelées par lui colonies étaient dans la liste d'Auguste, mais non pas qu'elles y figuraient comme telles. Si d'autre part, comme Mommsen l'a justement remarqué, il ne désigne en fait, à l'exception des villes maritimes, que des colonies post-césariennes, c'est que, outre la descriptio Italiae et le périple, il se servait d'un troisième document : d'une liste où les colonies étaient énumérées chronologiquement, mais sans être distinguées en colonies romaines et latines. Gomme de son temps, il n'y avait plus que des colonies romaines, il ne s'intéressait qu'à elles seules, et c'est pourquoi, dans cette liste, il ne releva que les colonies post-césariennes. Il savait en effet que, les plus vieilles colonies de citoyens étant presque toutes des coloniae maritimae, il pouvait, à cet égard, s'en remettre au périple varronien . Comme d'autre part il n'avait pas , compilateur pressé, le temps de rechercher quelles étaient, dans la liste qu'il avait sous les yeux, les colonies romaines et les colonies latines, et comme il savait que les colonies postcésariennes étaient toutes romaines, il arriva naturellement que celles-là seules furent désignées expressément par lui comme colonies.
Si cette théorie de Mommsen devait être acceptée, il en résulterait pour le cas particulier de Pouzzoles qu'il ne serait nullement prouvé que cette ville fût colonie d'Auguste ; qu'il ne serait pas davantage certain qu'elle fût colonie à l'époque d'Auguste.
Au contraire, tout nous inviterait à considérer le texte de Pline comme emprunté à un ouvrage géographique de Varron, c'est-à-dire, à un document où était rappelée vraisemblablement la première colonisation de Pouzzoles en 194 av. J.-G.
Au premier abord, l'examen critique des sources de Pline semble confirmer les vues de Mommsen. Du document varronien dérivent, sans aucun doute, les notices concernant Ostie, Gosa, Tarente, Aquilée. Les analogies seules nous porteraient donc déjà à admettre que pour Pouzzoles, vieille colonie maritime, Pline a pu puiser ses renseignements à la
POUZZOLES A l'époque ROMAINE
même source. Mais il y a plus. Detlefsen a justement rapproché les mots : Puteoli colonia Dicaearchia dicti, d'un texte du poljg-raphe Paulus [Dicaearchia vocabatur, quae mine Puteoli^ quod ea civitas quondam iustissime regebatur) dont la source est Varron ; comme Reitzenstein l'a montré, quantité de fragments de P^estus et de Paulus, parmi lesquels le nôtre, sont empruntés à un écrit géographique de Varron par l'intermédiaire de Verrius
D'autres documents, il est vrai, pourraient déposer en faveur d'une colonisation de Pouzzoles sous Auguste. Mais ils sont loin d'emporter la certitude.
On lit dans le Liber Coloniarum : Puteoli colonia Augusta. Aûgustus deduxit. Ex uno lalere iter populo debetur p. XXX. Ager eius in jugeribus veteranis et tribunis legionariis est assignatus ^.
Gela ne saurait être accepté sans contrôle, non plus qu'aucune des données du même ouvrage qui, généralement exactes au point de vue agraire, le sont beaucoup moins au point de vue historique ^. Si Auguste conduisit des colons à Pouzzoles, quelles terres leur euirait-il données? Nous verrons plus loin que, sous son règne, les territoires de Gapoue et de Naples limitaient si étroitement celui de Pouzzoles qu'il semble impossible que sur cette superficie restreinte, presque entièrement couverte de propriétés et de villas, des terres aient pu être assignées à des soldats \ Remarquons que le Liber Coloniarum dit : Augustus deduxit. De quel Auguste s'agit-il? Il importait peu aux rédacteurs du Liber, contemporains d'Alarich, qu'une colonie eût été déduite par tel ou tel empereur. La formule Augustus deduxit signifie simplement que Pouzzoles est colonie impériale. Il en est de même pour Teanum, appelé dans le Liber colonia deducta a Caesare Augusto ; la colonie de Teanum fut fondée par Claude, et cette colonisation ne fut précédée d'aucune autre au temps d'Auguste. Balbus, la source du Liber, ayant écrit : a Clau-
1. Detlefsen, Die Beschreibuiig Italiens in der naluralis hisloria des Pliii«s iind ihre Qnellen (dans les Qiiellen und Forschiiuffen de W. Sicglin, 1901), p. 57.
2. Reitzenstein, dans VHei'ines, XX, p. 530. .3. LjAer- GoZoniarw/n, éd. Rudorir, p. 326, 12.