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CHAPITRE III

Convulsions.

Résumé clinique. — Importance dans l'étiologie des troubles digestifs, de la dentition, des causes chirurgicales, de la syphilis héréditaire, de Pimpaludisme. Importance dans les accidents de la congestion cérébrale, de l'asphyxie, de la syncope. Importance pronostique de Poligurie relativement à la continuation de l'attaque. Troubles nerveux consécutifs aux convulsions.

Traitement : 1° Chercher la cause. Utilité presque constante de l'évacuation du tube digestif. Incisions gingivales. — 2° Moyens hygiéniques. Révulsion cutanée. — 3° Antispasmodiques : chloral, bromures , chloroforme. Indications dans le collapsus, la congestion cérébrale. — 4° Précautions dans la convalescence.

Résumé clinique. — Les convulsions ne sont chez le jeune enfant qu'un symptôme commun à un assez grand nombre d'affections: affections générales, affections du tube digestif, affections du système nerveux, affections chirurgicales même. Mais la brusquerie du début des convulsions, leur intensité, leur gravité propre, leur dénouement souvent rapidement mortel oblige à les étudier comme une affection distincte.

Le jeune âge de l'enfant qui, le plus souvent n'a pas deux ans et même est au-dessous de dix-huit mois, l'urgence de l'intervention rendent d'aijleurs le diagnostic complet bien difficile. Il est cependant quelques causes, sources d'indications thérapeutiques importantes, auxquelles il faut toujours songer.

C'est d'abord, fait assez pararadoxal, du côté de l'appareil digestif qu'il faut chercher la cause. Très souvent on apprendra que l'enfant a mangé des aliments un peu lourds, qu'il est constipé depuis plusieurs jours et parfois l'évacuation des matières indigérées ou des matières fécales accumulées par un vomitif, un lavement purgatif suffiront à faire cesser les con-

vulsions. Quoiqu'on en ait pu dire, la dentition joue dans les convulsions un rôle important. Les gencives seront minutieusement examine'es et palpe'es. Si sur quelque point existe une saillie dure, tendue, semblant enflammée, il ne faut pas hésiter à l'inciser d'un coup de lancette. C'est par douzaines qu'on pourrait citer les observations où cette incision a fait cesser l'attaque convulsive.

D'autres affections plus rares de l'appareil digestif ont été signalées. Les abcès rétropharyngiens, les hernies engouées, l'invagination intestinale, les vers intestinaux, les polypes du rectum, peuvent déterminer des convulsions. Dans un cas une attaque d'éclampsie des plus graves était due à l'arrêt à l'origine du rectum de corps étrangers (huit noyaux de cerises). Je pus faire l'extraction de ces corps étrangers, extraction qui fut suivie d'une véritable débâcle de matières fécales accumulées. La guérison fut immédiate.

Les affections générales les plus importantes à rechercher sont la syphilis héréditaire, et chez les enfants déjà un peu âgés, l'impaludisme. Enfin les convulsions sont souvent un accident du début des fièvres éruptives, de larougeole en particulier. Ces convulsions sont rarement graves. Il n'en est pas de même de celles qui surviennent au cours de la maladie, surtout quand elles coïncident avec une rétrocession de la poussée éruptive. Après la rougeole viennent par ordre de fré quence les angines et les broncho-pneumonies.

Les affections du système nerveuxles plus importantes pour le traitement sont l'hydrocéphalie où Ton peut parfois songer à la ponction cérébrale, les traumatismes de la tête où trè s exceptionnellement pourra se discuter la trépanation.

IL suffit de mentionner quelques causes chirurgicales : les corps étrangers de l'œil, du nez,' de l'oreille, l'irritation produite par ia pointe d'une des épingles du maillot, par un maillot trop serré, la rétention d'urine qui s'observe parfois chez les enfants atteints de phimosis très marqué.

L'influence de la chaleur excessive, des temps orageux, des grands froids est bien connue. Celle des voyages doit être signalée au point de vue prophylactique.

Pendant l'attaque de convulsions, en dehors des mouvements convulsifs, on doit dans le traitement se préoccuper de la congestion cére'brale et de l'asphyxie souvent très marquées Il est bien difficile de prévoir la durée de l'attaque composée d'une série de crises convulsives plus ou moins espacées. M. Simon indique un signe excellent : tant que l'enfant n'a pas uriné abondamment, très abondamment, que l'oligurie persiste, la convulsion n'est pas terminée.

Les convulsions peuvent parfois s'accompagner de syncope et de mort apparente. Bouchut rapporte qu'un jeune enfant fut placé dans son cercueil et exposé dans une chapelle. Quand on vint le lendemain pour fermer sa bière on l'aurait trouvé tranquillement assis. A côté de ces faits exceptionnels, il est fréquent de voir guérir des convulsions très graves ayant amené une situation presque désespérée.

Les attaques de convulsions graves, même guéries laissent souvent à leur suite des troubles nerveux : parésie intellectuelle, contractures, attaques épileptiqnes. Alors même que la guérison est complète, l'attaque convulsive ayant malgré tout indiqué une certaine irritabilité cérébrale, l'enfant sera soumis à une hygiène rigoureuse.

Traitement. — Avant tout il faut chercher la cause probable de l'attaque de convulsion. Il est une cause, l'indigestion, qu'on retrouvera chez presque tous les malades soit que l'indigestion ait été la cause première de l'attaque convulsive, soit qu'elle soit survenue secondairement, l'attaque convulsive ayant troublé la digestion commencée.

On évacuera donc le contenu de l'estomac et le mieux sera de chatouiller simplement l'arrière-gorge. On évacuera l'intestin en donnant simplement suivant le conseil d'Henoch un grand lavement d'eau fraîche. Si ces moyens semblent insuffisants, on ferait prendre quelques cuillerées de sirop d'ipéca additionné de un gramme de poudre par 30 grammes, au cas où la surcharge stomacale est prédominante. Si la constipation est opiniâtre, les lavements additionnés soit de 30 grammes de chlorure de sodium, soit de 20 grammes de sulfate

de soude, soit de 10 grammes de miel de mercuriale pourront être donnés après le lavement simple.

Il va sans dire que sila convulsion était l'épisode ultime d'une diarrhée prolongée, d'une attaque de choléra infantile, on s'attacherait au contraire à calmer l'entérite. Mais en ce cas encore les grands lavements d'eau bouillie, d'eau boriquée seront souvent utiles.

Après avoir songé à l'indigestion, on recherchera les difficultés de la dentition. Un simple débridement de la gencive avec une lancette, ou même avec la pointe de l'ongle à parfois suffi à faire cesser miraculeusement une attaque convul- •sive. C'est surtout pour les molaires et les canines que le débridement a paru utile.

Parfois tout tiendra à de mauvaises conditions hygiéniques. Dans un cas-, Blache et Guersant n'eurent qu'cà ouvrir la fenêtre et à renouveler l'air pour arrêter les convulsions. Cette précaution sera surtout utile par les temps chauds et orageux. Marotte et Ferrand ont de même rapporté l'histoire d'un nouveau-né, chez qui les convulsions avaient été produites par le nombre exagéré déboules d'eau chaudes accumulées autour de lui. Il sera toujours utile de faire relâcher les vêtements trop serrés et surtout de s'assurer qu'aucune épingle ne pique l'enfant.

La suppression des éruptions cutanées, quand elle survient au cours de la dentition, présente une importance réelle. On n'emploiera pas les révulsifs trop énergiques, les onctionsavec la pommade stibiée qui peuvent être nuisibles. Mais on insistera en pareil cas sur un moyen souvent utile dans les convulsions en général et particulièrement indiqué dans ce cas particulier, les bains tièdes sinapisés.

Il serait superflu d'insister sur les causes innombrables qui peuvent produire les convulsions. Pour montrer l'importance d'un examen complet rappelons seulement les faits où l'attaque convulsive a guéri immédiatement après l'incision d'un abcès rétropharyngien (Henoch), la réduction d'une luxation du coude (Barier), l'évacuation de la vessie distendue (Barier), l'extraction d'un corps étranger de l'oreille (Giraldès), l'extir-

pation d'un polype du rectum (Henoch), l'évacuation de corps étrangers du rectum.

Médicaments. — Les indications étiologiques remplies aussi bien que possible, les antispasmodiques sont-ils utiles ? La tendance générale est plutôt de faire trop que pas assez de thérapeutique. Pourtant sil'excitationest vivele chloral pourra être donné à dose de 1 à 2 grammes, le bromure à dose de 1 à 3 grammes par jour en trois fois. Si l'enfant avale difficilement on prescrira un lavement renfermant pour \ 00 grammes d'eau additionnée d'un jaune d'œuf émulsionné, un gramme de chloral.

Les inhalations de chloroforme ont été très vantées par Henoch. Il les a employées même chez de très jeunes enfants, même chez des enfants atteints de broncho-pneumonies et profondément cyanosés. Il n'hésite pas à recourir au chloroforme chaque fois que l'accès dure cinq minutes. Mais il fait les inhalations par gouttes, ne dépensant que très peu de chloroforme. Comme contre-indications principales des inhalations il signale le collapsus, le pouls très rapide, le refroidissement du nez et des extrémités.

En cas de collapsus, les frictions alcooliques, les bains tièdes additionnés d'une à deux poignées de farine de moutarde, les lavements salés sont les meilleurs moyens. L'enfant sera laissé dans le bain une à deux minutes, moins même s'il se ranime et se débat. Les bains devront parfois être répétés toutes les heures, toutes les demi-heures même.

Quelquefois la congestion cérébrale est intense, le visage est violacé. Chez des enfants âgés de plus d'un an on pourrait en pareil cas appliquer une ou deux sangsues aux apophyses mastoïdes. Ce moyen a été particulièrement recommandé par Holmes dans les convulsions qui surviennent à la suite de brûlures profondes ou étendues. L'urémie convulsive s'observe surtout chez des enfants un peu âgés et après la scarlatine. Dans cette forme spéciale d'éclampsie on sait qu'il n'y a qu'un traitement efficace, la saignée.

On voit donc combien peuvent être variées les indications

thérapeutiques dans les convulsions. Elles peuvent changer d'un moment à l'autre suivant que viennent prédominer l'agitation, le collapsus, la congestion cérébrale. Livre'es à ellesmêmes, les familles affolées emploieront intempestivement ou trop brutalement les moyens qu'on leur a conseillés. Aussi ne saurait-on trop répéter avec M. Simon que le médecin appelé près d'un enfant en convulsions doit rester près de lui jusqu'à Pacalmie complète. Lui seul pourra indiquer les mille petits soins nécessaires, lui seul pourra empêcher les traitements dangereux.

La convalescence d'un enfant guéri de convulsions doit toujours être très surveillée surtout au point de vue du calme et du régime. Graves pendant plusieurs jours veut qu'on se contente de bouillon de poulet, d'eau d'orge, de petit lait. Le lait même lui paraît trop indigeste. Cette défense ne s'appliquerait pas bien entendu aux enfants nourris au sein, mais on s'attachera soigneusement à espacer les tétées. On veillera à la régularité des garde-robes. Enfin tout enfant ayant eu des convulsions rentre dans la classe des irrités cérébraux pour qui s'impose pendant des années une sage discipline nerveuse.

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