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CHAPITRE VII

STe urasthénie .

Résumé clinique. — Parentés. Stigmates. Formes. Débuts. Causes. Pronostic.

Traitement. — Moyens psychiques. Hydrothérapie. Climatothérapie. Massage. Cures de repos absolu. Aérothérapie. Électrothérapie. Électricité statique, faradisation générale, électrisation localisée. Injections de Brown-Séquard. Médicaments, pharmacomanie des neurasthéniques.

La neurasthénie de'signe une affection assez mal définie, parente de l'hypochondrie d'autrefois, de l'hystérie, du nervosisme, de la spermatorrhée, de l'arthritisme, du surmenage. Comme stigmates neurasthéniques essentiels, Levillain dans son remarquable livre1 indique sept groupes de symptômes :

1° La céphalée, souvent en forme de casque, avec plaques pesantes, occipitales et frontales, hyperesthésie du cuir chevelu ;

2o L'insomnie nocturne et le sommeil agité, entrecoupé de cauchemars coexistant souvent avec une somnolence diurne ;

3° La rachialgie et Phyperesthésie spinale ;

4° La sensation de fatigue et de courbature douloureuse;

5° Les troubles gastro-intestinaux très fréquents, très importants, consistant surtout en dyspepsie flatulente, dilatation stomacale, constipation;

6° Les troubles génitaux : hyperexcitabilité, impuissance, spermatorrhée chez l'homme ; leucorrhée, dysménorrhée, névralgies utéro-ovariennes chez la femme ;

7° L'état mental: difficulté du travail et de l'attention, amnésie, hypochondrie, irascibilité, phobies diverses.

U) La neurasthénie, Paris, 1891.

Plicque

A ces stigmates principaux ajoutez la nuée des troubles accessoires : vertiges, éblouissements, bourdonnements, pruril, douleurs articulaires, musculaires, ne'vralgies, dysphagie, palpitations, accès de fièvre, astbme de foin, tics et crampes professionnelles, et l'on voit qu'au fond la neurasthénie englobe toutes les souffrances sine materia survenant chez des sujets nerveux. Sur cent Parisiens il y a quatre-vingts neurasthéniques.

La prédominance de tel ou tel trouble a conduit à décrire un certain nombre de formes: cérébro-spinale, cérébrale, rhumatoïdale, gastrique, cérébro-cardiaque, sexuelle, qu'il suffit de mentionner.

La neurasthénie a parfois un début brusque à l'occasion d'un traumatisme, d'une émotion morale vive, d'une maladie aiguë: fièvre typhoïde, grippe. Elle succède souvent aux maladies chroniques, en particulier à la syphilis, à la blennorrhagie, aux affections utéro-ovariennes ; mais sa grande cause est le surmenage moral, intellectuel, physique, si fréquent dans les grandes villes, souvent aggravé par l'abus des excitants : thé, café, alcool, tabac, morphine.

Dans la production de la neurasthénie, Glénard a fait jouer un grand rôle à l'entéroptose, aux troubles de l'équilibre abdominal. Le port d'une ceinture hypogastrique munie d'une pelote mobile maintenant bien l'abdomen, soulage beaucoup de neurasthéniques, en guérit complètement quelques-uns, échoue tout à fait chez quelques autres. Bouchard a de même montré que la dilatation de l'estomac, par l'intoxication chronique qu'elle entraîne, est une grande cause de neurasthénie ; on recherchera et traitera cette dilatation. On recherchera également les autres causes possibles d'intoxication intrinsèques : stomatites, constipation, rétrécissement urethral, et extrinsèques: air confiné, oxyde de carbone, plomb,

mercure. . , .... .

Le pronostic des neurasthénies traumatique et héréditaire

estparticulièrement grave.

Traitement. - Moyens psychiques. - L'hygiène morale,

l'absence de préoccupations, de fatigues, la distraction sont d'excellents moyens qui n'ont que le défaut d'être souvent impraticables. Les voyages, les saisons thermales constituent un des moyens les moins de'fectueux de les réaliser. — Parfois l'isolement, la séparation du milieu habituel réussira très bien (Mathieu). L'influence morale du médecin est capitale dans le traitement de la neurasthénie ; mais on doit à tout prix éviter l'hypnotisme.

Hydrothérapie. — Les bains tièdes, les affusions tièdes, le drap mouillé seront souvent mieux supportés et plus calmants que Jes douches froides. Celles-ci ne seront instituées que progressivement et non d'emblée. Les bains de tilleul, les bains de sel de Pennés, les bains sulfureux seront conseillés aux sujets qui ne supportent pas l'hydrothérapie. Les compresses humides sur le front, sur la tête réussissent parfois bien contre l'insomnie.

Climatothérapie. — Les stations d'altitude modérée semblent convenir plus généralement que le bord de la mer. Comme stations thermales il suffit de citer Néris, Luxeuil, Plombières, Bagnères de Bigorre, Royat.

Massage. — Le massage général, surtout combiné avec une gymnastique rationnelle sera excellent. Le massage de l'abdomen pourra être très utile contre la dilatation de l'estomac et la constipation. Le massage de l'utérus et de ses annexes contreles névralgiesutéro-ovariennesne sera employé qu'avec la plus grande réserve.

Repos absolu. — Dans les neurasthénies graves avec vertige permanent, anémie profonde, Weir Mitchell impose souvent avec succès le repos absolu au lit. Ce n'est parfois qu'au bout de quelques jours qu'il permet au malade de s'asseoir dans son lit. Ce repos complet est souvent combiné avec la diète lactée intégrale. Puis graduellement le malade prend par petits repas nombreux des aliments de plus en plus nourrissants de façon à amener à une véritable suralimentation.

Aérothérapie. - Les bains d'air comprimé ont compté

quelques succès ainsi que les inhalations d'oxygène et celles d'ozone. L'ozone respire' entre peut-être pour une part dans l'efficacité de l'électricité statique.

Electrothérapie. — C'est le moyen le plus puissant et le plus rapide qu'on possède contre la neurasthénie. M. Vigouroux dans une leçon clinique a donné un excellent résumé de ce mode de traitement i.

L'électricité dans la neurasthénie peut être employée sous deux formes principales : 1° l'électricité statique, la plus efficace, mais qui, malheureusement, par suite de l'instrumentation complexe qu'elle exige, n'est pas toujours possible ; 2<> la faradisation généralisée, le seul des moyens électrothérapiques qui, à côté de l'électricité statique, aii donné quelques succès. La faradisation localisée, les courants continus peuvent avoir une utilité contre tel ou tel symptôme isolé : faiblesse des parois abdominales, céphalée, congestion cérébrale, mais ils n'ont pas cet effet d'ensemble sur l'innervation et la nutrition que possèdent la faradisation généralisée, et, à un degré plus marqué encore, l'électricité statique.

Le traitement par l'électricité statique, a pour moyen principal le bain électrique. Voici en quoi consiste le bain. Le malade est placé sur un tabouret isolant en communication avec le pôle négatif de la machine. Il se trouve donc chargé d'électricité négative à un très haut potentiel, en même temps qu'il offre la voie à une déperdition constante de l'électricité par toutes les saillies de son corps et de ses vêtements, déperdition qui est incessamment réparée par la production continue de la machine. La durée de ces bains ne sera tout d'abord que de cinq minutes et l'augmentation de durée ne sera que très graduelle. Ils seront donnés tous les deux jours. Leur effet calmant est très net au bout de quelques séances.

Quand le malade est bien habitué au bain électrique, qu'il n'a plus l'appréhension du début, vous pouvez employer les divers autres moyens de la franklinisation : souffle électrique, étincelles, friction électrique. Le souffle électrique s'obtient

(1) Gazette des hôpitaux, 1891, n» 107.

en dirigeant vers le malade, et à 10 ou lb centimètres de distance, la pointe d'une tige métallique communiquant avec le sol. Il se produit ainsi, par un phénomène d'influence, une sorte de souffle, de vent électrique, dont l'action sédative est des plus remarquables, en particulier contre les céphalées. La sensation de tension, de lourdeur, de casque, si commune et si pénible chez les neurasthéniques, disparaît en quelques minutes. Les étincelles s'obtiennent en approchant suffisamment du corps du malade une tige métallique mousse, ou mieux une boule non isolée. Elles sont employées surtout pour produire des contractions musculaires. L'action d'une série d'étincelles tirées de la fosse iliaque gauche est un des procédés les plus efficaces pour combattre Ja constipation. Elles peuvent servir également comme agent d'excitation réllexe sur une région douloureuse ou comme moyen défaire disparaître la sensation de fatigue, d'accablement de ces malades. La friction électrique, enfin, s'effectue en passant plus ou moins rapidement une tige métallique non isolée-sur les vêtements du patient en ayant soin d'appuyer. Il se produit ainsi une multitude de petites étincelles, dont la longueur est mesurée par l'épaisseur des étoffes interposées. Ces étoffes doivent, de préférence, être en laine. La friction électrique détermine une sensation de cuisson assez vive. Pratiquée sur une grande étendue du corps, elle produit une stimulation générale. Employée localement sur la moitié inférieure du corps, elle est également très utile pour atténuer et dissiper les symptômes de congestion spinale : spasmes, crampes, exagération des réflexes, pertes séminales. 11 est quelquefois utile de la pratiquer sur la tête, recouverte d'une étoffe, dans les céphalées rebelles.

La faradisation généralisée, qui constitue le second mode de traitement électrique applicable à la neurasthénie, a l'avantage d'exiger une instrumentation moins complexe que la franklinisation. Les effets d'excitation se rapprochent, sous certains rapports, de ceux de la friction électrique. Mais son efficacité semble moindre que celle de la franklinisation.

Son emploi est assez complexe et offre quelques difficul-

tés. L'une des électrodes est constituée par une large plaque métallique, sur laquelle le malade s'assied le siège à nu, ou pose ses pieds nus. Cette électrode est positive. L'autre électrode, négative, est constituée par un tampon arrondi de 10 à 20 centimètres carrés ou bien par un pinceau. 11 est successivement promené, pendant une ou deux minutes environ, sur chaque bras, sur le cou, la poitrine, le dos, le ventre, les jambes. La durée totale de la séance n'est d'abord que de dix minutes, elle atteint vingt minutes par la suite. L'intensité du courant sera assez grande pour provoquer de légères contractions musculaires. Au cou, cette intensité sera très modérée et la pression de l'électrode très faible et transmis non directement par le tampon, mais médiateinent par la main de l'opérateur, suivant le procédé de Duchenne, main électrique. La faradisation céphalique a d'ailleurs été depuis à peu près abandonnée. On peut très utilement remplacer le tampon de l'électrode mobile par un rouleau, qui fait en même temps une sorte de massage (Stein).

La faradisation généralisée est un moyen utile à connaître à défaut, des appareils nécessaires pour la franklinisation. Mais toutes les fois que la chose est possible, ce dernier procédé, plus efficace et ayant l'avantage d'être moins long, moins laborieux dans son application, de ne pas forcer le malade à se dévêtir complètement, doit être préféré.

Le traitement électrique, quel que soit le procédé, doit toujours être employé d'une façon très mesurée, très graduelle, très prudente. Chez les malades hypochondriaques, il suffit souvent de la moindre sensation désagréable éprouvée dans l'une des premières séances, au cours de l'application ou consécutivement à l'application, pour faire abandonner la cure. Un peu plus tard, quand l'habitude est acquise, quand le premier soulagement est obtenu, la thérapeutique peut devenir très énergique. Il faut, toutefois, que les malades, pour ne point se décourager, soient prévenus delà marche de l'amélioration. Il est bien rare que celle-ci soit continue, presque toujours elle est entrecoupée par une ou plusieurs rechutes. La durée totale du traitement est assez longue, elle atteint un

à quatre mois. Mais ce traitement oblige moins que'les autres le malade à modifier ses habitudes ou ses occupations. Il est utile de veiller à ce que le malade ne prenne aucun médicament au cours du traitement, toute médication pharmaceutique surajoutée semblant plutôt défavorable à l'action de l'électricité. Ce n'est pas à dire pourtant que, dans les cas graves, l'hygiène puisse être négligée. En première ligne surtout, si la cause occasionnelle est un excès de travail, le repos est la première indication à remplir, ce repos doit être observé par toutes les fonctions. Les fonctions digestives ne doivent pour être exceptées, lors même qu'il n'y a pas de symptômes dyspeptiques. L'alimentation doit, par conséquent, être réduite proportionnellement à l'activité physique et mentale actuelle du malade. C'est une véritable erreur que de donner à un homme au repos, sous prétexte de le fortifier, la ration alimentaire d'un travailleur. L'entourage des malades et les malades eux-mêmes ont une grande tendance à commettre cette erreur. Bien souvent, il n'y a pas d'autre obstacle à l'amélioration que l'on est en droit d'attendre du traitement électrique. Les neurasthéniques, au point de vue du régime alimentaire, doivent être traités comme des arthritiques, qu'ils sont, du reste, pour la plupart.

Chez les femmes, pendant la période menstruelle, il est enfin bon de suspendre momentanément les séances d'électrisation.

L'action de l'électricité paraît porter surtout sur les fonctions d'innervation et dénutrition. L'insomnie, la fatigue cessent souvent très vite dès les premiers bains électriques. L'appétit, aussitôt après la séance d'électrisation est souvent très impérieux. Les analyses d'urine sont, d'ordinaire, la preuve frappante de l'influence sur la nutrition. On voit, au fur et à mesure du traitement, l'urée augmenter, l'acide urique diminuer. On peut observer également la diminution, parfois même la disparition d'éléments anormaux: indican, albumine, glycose même. La dyspepsie flatulente, si commune chez les neurasthéniques, s'améliore rapidement. Vigouroux signale même ce fait, que les malades qui en sont atteints paraissent

plus susceptibles encore que les autres neurasthéniques de retirer un bénéfice rapide du traitement électrique. Au point de vue de l'effet à attendre delà thérapeutique, cette complication serait donc un signe plutôt favorable. La constipation est facilement combattue par le procédé des étincelles tirées de la fosse iliaque gauche, procédé indiqué plus haut. Le relâchement des parois abdominales — si marqué dans quelques cas — est aussi très favorablement modifié par l'électrisation de ces parois. Ce n'est pas, en effet, le moindre avantage de l'électrisation d'être une méthode de traitement à la fois générale et locale. En dehors de son effet général, on peut, par des applications localisées, combattre particulièrement telle ou telle complication plus pénible, casque neurasthénique, céphalée, constipation, relâchement des parois abdominales, névralgies utéro-ovariennes, impuissance génitale, pertes séminales. Ce dernier symptôme, auquel on a fait jouer jadis un si grand rôle dans Fétiologie de la neurasthénie, est particulièrement tenace. Les frictions électriques constituent le moyen le plus efficace et presque le seul efficace ; les étincelles, au contraire, sont, en ce cas particulier, plutôt nuisibles qu'utiles.

Mais, quelle que puisse être l'utilité des applications localisées de 'l'électricité, il faut savoir que cette utilité ne sera obtenue qu'à la condition qu'elles soient toujours combinées avec le traitement électrique général. Si l'électrisation donne de beaux succès dans la neurasthénie, c'est parce que c'est l'agent modificateur de l'innervation et de la nutrition, le plus puissant, le plus étendu d'action de la thérapeutique. Gomme toujours, le traitement dépend, avant tout, du diagnostic exact et complet. Si l'on méconnait la maladie générale, la neurasthénie qui produit tel ou tel symptôme local, ' dyspepsie flatulente, constipation, céphalées, névralgies ovariennes, on risque de s'attarder sans grand succès, au traitement isolé de ce symptôme. Si, au contraire, l'on sait remonter à son origine, on réussira souvent à le faire disparaître, sans l'avoir attaqué directement.

Injections de Brown-Séquard. — Ce procédé, quel que soit

son mode d'action, action directe ou suggestion pure et simple, est d'une grande efficacité. Les injections seront faites tous les jours ou tous les deux jours, à doses de un à quatre centimètres cubes par séries de six à huit injections. Les injections de cérébrine ont donne' aussi à Constantin Paul de très bons résultats.

Médicaments. — L'indication capitale est. plus souvent de lutter contre la pharmacomanie des neurasthéniques (Vigouroux) que de leur prescrire des médicaments multiplie's. La thérapeutique sera très sobre, sauf indications bien nettes, fournies par l'arthritisme, la scrofule, le diabète, la syphilis, la chloro-anémie, la dyspepsie. Contre l'élément nerveux même on se défiera de tous les médicaments calmants et surtout des injections de morphine. La teinture de noixvomique à doses de IV à VIII gouttes, le quassia et la quassine par granules de un milligramme, l'arsenic, enfin les phosphates pourront être essayés. Yvon donne une bonne formule de vin phosphaté.

Phosphate de soude ) A . n„

xj, ■ [- aa 20 grammes

— de potasse. . ,, ) °

Sp. écorces d'oranges 100 —

Vin de Malaga . . Q. S. pour un litre

Les alcalins sont très souvent indiqués en raison de l'hyperacidité des urines. Vigouroux1 donne ordinairement le bicarbonate de soude à dose de 3 à 4 grammes par jour. Des doses plus fortes sont parfois nécessaires en cas d'extrême acidité.

Enfin tous les médicaments nouveaux et à la mode réussiront chez les neurasthéniques. Si ces médicaments sont inoffensifs surtout pour l'estomac on peut les essayera titre suggestif.

(1) Neurasthénie et arthritisme, Paris, 1893.

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