CHAPITRE VIII
Hystérie.
Résumé clinique. — Hystérie chez la femme, chez l'homme, et chez l'enfant. Attaque hystérique : attaque moyenne, moyens abortifs. Grande attaque. Etat de mal hystérique. Hystérie chronique non convulsive : ses stigmates et ses accidents. Causes de l'hystérie.
Traitement. — Traitement psychique. Isolement. Hypnotisation. Traitement externe. Aimants. Métallothérapie. Electricité. Massage. Hydrothérapie. Climatothérapie. Traitement interne. Dangers de certains médicaments. Indications fournies par l'excitation, l'insomnie, la chlorose. Traitement suivant les formes. Hystérie latente. Hystérie grave. Attaques. Paralysies. Contractures. Anorexie. Interventions chirurgicales chez les hystériques.
Résumé clinique. — L'hystérie soit légère, soit intense domine toute la pathologie de la femme. Son rôle est bien plus grand qu'on ne saurait le supposer dans la pathologie de l'homme et dans celle de l'enfant.
Dans son évolution elle comporte :
1° Une série de crises convulsives d'attaques plus ou moins rapprochées ;
2o Un état chronique avec troubles divers.
V attaque hystérique ordinaire s'annonce quelques heures, parfois quelques jours à l'avance par des prodromes : palpitations, battements, lassitude, pleurs et rires sans motifs et surtout par la sensation de boule œsophagienne. L'aura se montre sous forme de douleur ovarienne, de constriction épigaslrique, de boule, de strangulation. La malade éprouve une sensation d'éblouissements, de sifflements ; elle tombe, mais sans se faire mal, sans perdre connaissance, en choisissant le lieu de sa chute. Elle vocifère, sanglotte, paraît suffoquer ; les mouvements sont ordinairement désordonnés, parfois rhytmiques (mouvements erotiques du bassin, mouvements de salutation).
La malade finit par perdre connaissance; son visage exprime tantôt la peur, tantôt la volupté'. La fin de l'attaque s'annonce par du me'téorisme abdominal, des urines nerveuses, des larmes abondantes ; parfois la détente ne survient pas et l'on a une série d'attaques successives.
Dans les attaques légères tout peut se réduire à l'aura ; on sait qu'il est souvent possible de faire avorter une attaque d'hystérie par la compression énergique des ovaires faite avec les poings. Les aspersions fraîches, et en particulier la projection d'un jet d'eau de Seltz sur la figure et la nuque peuvent aussi enrayer l'attaque.
L'hyste'rie grave, lu grande hystérie est beaucoup plus rare. Le début des attaques ressemble parle cri initial, la perte de connaissance, à l'épilepsie; mais à la fin on retrouve les attitudes passionnelles, le clownisme, les hallucinations avec visions effrayantes propres à l'hystérie.
La succession des attaques peut constituer un véritable état de mal hystérique ; mais il n'y a pas d'élévation de la température, la compression des ovaires enraye ordinairement l'attaque. Parfois cet état de mal se termine par syncope, catalepsie, léthargie.
L'hystérie non convulsive a des manifestations très nombreuses et d'un diagnostic extrêmement délicat.
Les paralysies, tantôt mobiles -et tantôt persistantes, peuvent affecter toutes les formes : monoplégiques, paraplégiques, hémiplégiques. Elles surviennent tantôt spontanément, tantôt à la suite d'une attaque convulsive, souvent à la suite d'un traumatisme. Elles atteignent exceptionnellement la face.
Les contractures atteignent un membre, un côté du corps, parfois un ou plusieurs muscles ; elles apparaissent et disparaissent brusquement, mais leur durée estparfois très longue. Elles peuvent simuler la coxalgie, le trismus, la tétanie, le pied-bot, etc. Comme les paralysies, elles succèdent souvent aux attaques convulsives, aux traumatismes ; elles persistent pendant le sommeil, mais disparaissent sous le chloroforme.
Les troubles de la sensibilité comprennent :
1° Des zones d'anesthésie, soit disséminées en plaques, soit systématisées (hémianesthésie).
2° Des zones d'hyperesthésie souvent spontanément douloureuses et simulant la migraine, les névralgies, la rachialgie du mal de Polt, diverses affections viscérales (gastralgie, hépatalgie, ovarite, péritonite).
Les troubles organiques sont très nombreux. Du côté des organes digestifs on trouve la gastralgie, la dyspepsie, l'anorexie absolue, les hématémèses même, le rétrécissement spasmodique de l'œsophage, la constipation avec météorisme. Du côté des organes respiratoires, en outre du hoquet, de l'aphonie, il est fréquent d'observer des congestions rpulmonaires avec toux sèche et hémoptysies, simulant la tuberculose. Les troubles urinaires, très importants, sont la rétention d'urine, l'oligurie, l'anurie même, qui peut être complète sans accidents d'urémie. Du côté des organes génitaux on observera le vaginisme, la dysménorrhée, les fausses grossesses nerveuses. Les troubles visuels, très importants pour le diagnostic, sont l'amblyopie, l'amaurose même, le rétrécissement du champ visuel.
Enfin la fièvre apparaît parfois sans cause chez les hystériques ; cette fièvre simule l'impaludisme, la fièvre typhoïde.
En outre des hématémèses, des hémoptysies congestives déjà signalées, on peut observer des hémorrhagies plus singulières encore (sueurs et larmes de sang).
11 est superflu d'insister sur les troubles du caractère ; si touchées que soient les malades il est bien rare qu'elles arrivent à la folie vraie, à la démence ou au suicide.
Au point de vue pratique on n'oubliera pas que les intoxications (plomb, mercure, tabac, absinthe, alcool) jouent un rôle assez fréquent dans l'hystérie ; on se défiera également de l'oxyde de carbone (chaufferettes, poêles, etc.). On recherchera comme toujours la syphilis.
Traitement. — Ce traitement a été remarquablement résumé par E. Blocq qui divise les agents du traitement en trois ordres : traitement psychique, externe, interne. Il étudie en-
suite le traitement suivant la forme, les accidents, les causes de la névrose, les sujets atteints. Il discute enfin le traitement chirurgical.
Traitement psychique. — Il comprend deux agents : 1° l'isolement ; 2° l'hypnotisme.
L'isolement est le remède par excellence dans l'hystérie grave, dans l'hystérie à forme maniaque. Il faut soustraire la malade à son milieu habituel qui s'occupe d'elle, l'énervé, la contrarie. L'isolement dans une chambre, à la campagne, chez des parents sans autorité est donc insuffisant. C'est l'isolement a l'hôpital, dans un établissement d'hydrothérapie qui sera « le souverain baume de l'hystérie » suivant l'expression de Gilles de la Tourette.
L'hypnotisation est admise avec beaucoup de réserve par Blocq. Plus absolu que lui nous condamnons absolument ce moyen. Très propre à faire disparaître momentanément par suggestion tel ou tel accident, il exaspère le fond même de la maladie, le tempérament nerveux. La suggestion trop directe même à l'état de veille est également à rejeter. En revanche, les suggestions indirectes, la suggestion par l'influence du médecin doivent intervenir presque constamment dans l'hystérie. • •
Le mariage, contrairement à l'opinion du public, est plutôt contre-indiqué dans l'hystérie.
Traitement externe. — L'application d'aimants, de plaques métalliques est souvent utile dans les anesthésies, les paralysies, les contractures.
La faradisation est parfois profitable, mais le traitement de choix est l'électricité statique appliquée à doses très faibles avec de grands ménagements au début. Le massage aune action directe sur certains troubles locaux. La gymnastique a plutôt une action générale.
L'hydrothérapie est l'élément le plus important du traitement externe. Blocq conseille les douches générales froides (13 à 18°) d'une durée n'excédant pas quinze à vingt secondes. Elles sont données en jet fort sur le tronc, terminé par un jet sur
les pieds. Elles sont suivies ou non selon la réaction des frictions sur le corps. Ces douches sont quotidiennes et même biquotidiennes.
Si les douches ne sont pas tolérées on essaiera l'enveloppement dans le drap mouillé et à défaut les ablutions avec une grosse éponge.
Le séjour au bord de la mer, sauf dans certains climats très tempérés, les bains de mer, seront presque toujours nuisibles aux hystériques.
Les climats d'altitudes modérées leur conviendront ordinairement. Comme stations thermales on pourra conseillerRoyal, Divonne, Néris, Plombières.
Traitement interne. — Le traitement interne doit être très restreint. Les bromures sont tellement inefficaces dans l'hystérie que cette inefficacité est pour^Charcot un élément de diagnostic avec l'épilepsie. L'opium est mal toléré. Les injections de morphine conduisent fatalement les malades à la morphinomanie. On se défiera de la cocaïne.
En cas d'agitation extrême et d'excitation mentale, Blocq conseille la formule suivante :
Camphre monobromé 3 grammes.
Extrait de quassia 2 —
Sirop de belladone Q. S.
Pour 30 pilules. Une à trois par jour.
La valériane et ses composés mérite également d'être essayées. Elle peut être donnée en teinture à dose de 2 à 6 grammes. Le valérianate d'ammoniaque sera donné à dose de 1 à 15 grammes. Le valérianate de zinc peut être donné par pilules de 0 gr. 05 cent, (une à trois par jour). Le valérianate de quinine par pilules de 0 gr. 10 cent, (une à cinq par jour) convient surtout dans les névralgies, la fièvre hystérique. Les pilules de Meglin renfermant chacune 0 gr. 05 cent, d'extrait alcoolique de jusquiame, de valériane et d'oxyde de zinc seront données à dose d'une à deux par jour.
Contre l'insomnie, le chloral (1 à 4 gr.) le sulfonal (1 à 4 gr.) constituent les meilleurs agents.
La chlorose, si fréquente chez les hystériques, sera combattue par le fer (sans exagération) ; l'anémie, la teinture de coc a et de kola, l'hydrothérapie.
Traitement suivant les formes. — Hystérie latente. — Certains enfants nés de parents hystériques, élevés dans un milieu nerveux éprouvent de bonne heure des troubles divers : somnambulisme, terreurs nocturnes, colères excessives. Ces « candidats à l'hystérie » doivent être soumis à un traitement prophylactique : éducation ferme et régulière, souventpar l'internat en dehors de la famille, gymnastique, hydro thérapie.
Forme grave. — L'isolement s'impose; à l'extrême rigueur l'hypnotisme serait parfois admissible contre un accident sérieux consécutif à une attaque: paralysie, contracture, amaurose.
Traitement des accidents. — Attaques. — On peut souvent arrêter l'attaque par la compression des ovaires, les aspersions brusques d'eau fraîche. La pression des yeux, la suggestion verbale par des ordres impératifs peut être aussi utile. Dans les attaques légères, le plus sage est souvent de s'occuper le moins possible de la malade, de ne pas trop paraître la prendre au sérieux. Dans les attaques très prolongées à répétition on pourrait essayer les inhalations d'éther, de bromure d'éthyle, mais non le chloroforme.
Dans les paralysies, on emploiera la faraaVsation, l'exercice très léger et quotidien. Dans les monoplégies brachiales, Charcot fait serrer plusieurs fois par jour par la malade un dynamomètre et noter le progrès obtenu.
Contre les contractures, on emploiera le massage par effleurement, les métaux et surtout l'aimant. Les opérations, le redressement forcé, les appareils de contention sont plus nuisibles qu'utiles.
Contre l'anorexie, il faut à tout prix passer la sonde œso phagienne : l'appétit revient souvent merveilleusement après plusieurs séances de gavage.
Les interventions chirurgicales ne seront pratiquées qu'en
cas d'indications évidentes. On a peine à comprendre qu'on ait pu proposer la clitoridectomie, la castration en dehors de toute lésion des ovaires. La castration ovarienne est aussi peu justifiée que le serait la castration testiculaire chez l'homme hystérique.