CHAPITRE X
Névralgies.
Résumé clinique. — Causes communes aux diverses névralgies : syphilis, impaludisme, diabète, neurasthénie, intoxication. Causes locales propres aux névralgies faciale, intercostale, sciatique, à la coccygodynie. Crampes professionnelles. Erreurs dans le diagnostic des névralgies. Névralgies et névrites.
Traitement. — Indications écologiques. Médicaments internes contre la douleur. Le chlorure de méthyle en pulvérisations et en stypage. Électricité. Révulsion. Traitement des névralgies faciales tenaces par l'aconitine, le sulfate de cuivre, l'électropuncture, les interventions chirurgicales.
Résumé clinique. — Les diverses névralgies, quel que soit leur siège, ont des causes générales presque communes. Il est rare qu'une névralgie se développe sur un terrain absolument sain. La syphilis devra être recherchée en première ligne ; lïmpaludisme agit fréquemment alors même que les douleurs ne prennent pas le type intermittent; le diabète est assez souvent en cause surtout dans les névralgies symétriques. Il suffit de mentionner la chloro-anémie, l'hystérie, la neurasthénie. On songera aux intoxications par l'alcool, le tabac, le plomb, le mercure, l'oxyde de carbone.
Chaque névralgie a de plus ses causes locales, spéciales. Celles-ci doivent être minutieusement recherchées, car elles modifient souvent du tout au tout le pronostic, le traitement et même le diagnostic. Dans la névralgie faciale, on recherchera tout d'abord les lésions dentaires : carie dentaire, racines cassées, cachées sous la gencive, éruption vicieuse ou gênée de la dent de sagesse. Duplay a même décrit sous le nom de névralgie des édentés, des névralgies dues à la compression d'un filet nerveux par le petit cal formé au niveau
de l'alvéole après l'avulsion d'une dent; la pression en ce point est très douloureuse ; la résection du bord alvéolaire est le seul traitement efficace.
On se préoccupera de l'état des os maxillaires et du sinus. Bien des névralgies faciales ne sont qu'un symptôme d'une tumeur des maxillaires, d'un abcès du sinus. On se préoccupera de l'état de l'œil. Les poussées de glaucome sont souvent prises pour de simples névralgies, bien que dans le glau. come la dureté du globe oculaire, la dilatation de la pupille rendent le diagnostic facile.
La névralgie intercostale n'est parfois que le symptôme d'une carie costale, d'un abcès froid, d'une exostose, d'un point de pleurésie sèche. Elle est parfois le signe du début d'un mal de Pott ou d'un cancer du sein.
Enfin certaines névralgies tiennent uniquement à la constriction produite par un corset trop serré.
La sciatique peut être produite mécaniquement par toutes les tumeurs du bassin d'origine osseuse, ganglionnaire, viscérale. Le rôle des varices est également bien démontré et peut devenir la source d'indications opératoires. On songera à la possibilité de tumeurs du nerf sciatique. Enfin il est une cause d'ordre général qu'on rencontrera avec une fréquence particulière, c'est la blennorrhagie.
La coccygodynie, cette névralgie si tenace et si singulière, limitée au coccyx, parait souvent liée aux diverses affections utérines, aux hémorroïdes, à la fissure anale et elle cède à leur traitement. D'autres fois elle est due à la carie de l'os et nécessite la résection du coccyx.
Les névralgies survenant sous forme de crampes professionnelles chez les écrivains, les pianistes, les télégraphistes sont plus gênantes par l'impotence fonctionnelle qu'elles entraînent que vraiment douloureuses.
Ces différents exemples montrent avec quelle réserve il faut admettre le diagnostic de névralgie, diagnostic qui n'est en lui-même guère plus satisfaisant que ne le serait le diagnostic de toux. Hutchinson a soutenu cette opinion paradoxale que sur vingt cas de diagnostic de sciatique, il y avait dix-neuf