CHAPITRE III
Angines de poitrine et aortites.
Résumé clinique. — Les angines qui torturent et les angines qui tuent.
Traitement. — 1° Au moment de l'accès : inhalations de nitrite d'àmyle ; trinitrine par la voie stomacale ou la voie hypodermique ; morphine ; sachet de glace ; les moyèns infidèles ou dangereux. — II» Dans l'intervalle des accès : hygiène, régime, dangers du tabac, traitement de l'aortite par la révulsion, par l'iodure. Technique de l'emploi de l'iodure. — III0 Complications : insuffisance rénale, état syncopal, parésie du cœur, état de mal angineux, intervention chirurgicale chez les angineux.
Résumé clinique. — Il existe deux formes cliniques différentes d'angine de poitrine. L'une est l'angine à grands accès, douloureux, angoissants ; ces accès surviennent sous l'influence d'une émotion, d'une fatigue, d'une marche contre le vent, d'abus de tabac, ou d'usage de tabac fort, d'abus de café. Ils sont très effrayants en apparence; le malade, serré comme dans un étau qui lui étreint le thorax et tout le bras gauche, croit qu'il va succomber d'un moment à l'autre. L'accès disparu laisse souvent de la prostration, une sensation de dysphagie, un impérieux besoin d'uriner. Les accès deviennent de plus en plus intenses, et de plus en plus longs ; le malade finit parfois par succomber dans un accès à l'excès de ses douleurs, mais la mort est assez rare.
La seconde forme est plus bénigne en apparence. Les accès sont moins brusques, moins intenses, moins complets, mais ils sont plus fréquents, plus durables. Ils surviennent non pas au milieu de la nuit, non pas après plusieurs heures de fatigue, mais à l'occasion d'un effort insignifiant, d'une légère montée par exemple. Cette forme est beaucoup plus fréquente
que la précédente ; elle est beaucoup plus trompeuse pour le pronostic. C'est la forme due à Paorlite, au rétrécissement des artères coronaires du cœur. C'est dans cette forme que la mort survient brusquement par syncope. L'histoire de cette forme trompeuse de l'angine de poitrine se confond en partie avec celle des aortites. Son traitement est avant tout le traitement même de l'affection artérielle qui la cause.
Traitement. — Le traitement doit être étudié : 1» au moment même de l'accès; 2° dans l'intervalle des accès; 3° dans les diverses complications.
1° Au moment même de l'accès, les inhalations de nitrite d'amyle donnent de très bons résultats contre la douleur, l'angoisse et les dangers de syncope ; Huchard 1 recommande de débuter toujours par IV gouttes seulement, et de n'arriver qu'ensuite à VI et VIII gouttes. Plus tard en raison de l'accoutumance, on sera forcé de dépasser ces doses, et Huchard a vu un malade qui était arrivé à inhaler chaque jour jusqu'à LXXX gouttes. L'effet des inhalations étant assez passager, on devra souvent les répéter deux ou trois fois et plus dans un accès prolongé.
Pour qu'on puisse agir aussi rapidement que possible, le mieux est que tout angineux ait toujours sur lui quelques ampoules renfermant une quantité connue de gouttes de nitrite d'amyle. Renfermé dans un flacon bouché à l'émeri, le médicament s'altère en effet très vite et devient rapidement inactif; on veillera bien entendu h ce que les malades n'abusent pas de ce moyen. Chez des malades qui à chaque instant faisaient des inhalations, Huchard a vu survenir une véritable intoxication amylique avec somnolence, hallucinations et même délire.
La trinitrine ou nitroglycérine aune action moins rapide que le nitrite d'amyle ; toutefois dans les accès prolongés elle peut être utile pour éviter de répéter indéfiniment les inhalation? de nitrite d'amyle, dont l'effet est très fugace, s'il est instan-
(1) Voir IIuciiaiu), Gazette des Hôpitaux, 1802, n» 109.
ANGINES DE POITEINE ET AOKTITES US
tané. On donne alors dans un peu d'eau par la voie stomacale III gouttes de la solution alcoolique de trinitrine au centième. Chez des malades déjà habitués au médicament on peut donner IV, V, VI gouttes. C'est au bout de cinq à dix minutes que l'action se produit. En cas d'extrême urgence, soit qu'on manque de nitrite d'amyle, soit qu'il cesse d'agir, on pourrait faire une injection sous-cutanée avec la moitié d'une seringue de Pravaz. La solution injectée seracomposée de quarante gouttes de la solution alcoolique au 100e dans dix grammes d'eau.
Les injections sous-cutanées de morphine seront, malgré l'emploi du nitrite d'amyle, souvent nécessaires, surtout dans certaines formes atrocement douloureuses. On peut en injecter un centigramme, deux centigrammes et plus, la douleur constituant alors, suivant la remarque d'Huchard, le véritable contre-poison de l'opium. Les injections de morphine réussissent infiniment mieux que l'opium sous ses autres formes, que le chloral et que le bromure.
Dans certaines formes à douleurs très vives ou très prolongées, l'application d'un sachet de glace sur la région précordiale amène souvent un grand soulagement.
Un certain nombre d'autres moyens sont au contraire rejetés par Huchard comme infidèles ou dangereux; tels sont l'électricité et surtout la faradisation, la cocaïne, les émissions sanguines, les anesthésiques divers : chloral, sulfonal, éther, chloroforme, antipyrine, exalgine, belladone, aconit' inhalations d'oxygène.
Dans l'intervalle des accès, les précautions hygiéniques doivent particulièrement porter sur les efforts de toute nature, les émotions, le régime, le tabac. Parmi les efforts physiques, les plus nuisibles sont les efforts violents du bras gauche, la montée des étages, les marches précipitées, surtout sous l'influence d'une préoccupation (par exemple pour ne pas manquer un train), les marches au froid ou contre le vent, les marches après le repas, les excès vénériens. En revanche les marches modérées, les massages, les frictions sont utiles pour lutter contre l'obésité et les troubles circulatoires périphériques.
Les émotions, les soucis, le surmenage intellectuel, les grandes affaires ne sont pas moins dangereuses que les fatigues physiques ; mais le difficile est souvent d'obtenir le repos sans l'ennui et l'hypocondrie.
Le régime doit s'attacher à prévenir les troubles dyspeptiques dont Huchard a bien montré l'importance dans quelques angines, l'obésité, la constipation dangereuse par les efforts qu'elle entraîne. Une grande sobriété sera nécessaire, surtout au repas du soir. Le malade évitera comme tous les autres cardiaques, les boissons fortes, le café, les aliments fermentes, conservés, les aliments indigestes. Aux rèpas Huchard conseille soit l'eau pure, soit le vin blanc léger, coupé de deux tiers d'eau, très utile comme diurétique. Le régime lacté est souvent précieux, et bien des malades se trouveront bien de ne boire que du lait au repas du soir.
Le tabac est tellement nuisible que non seulement le malade ne doit pas fumer, mais qu'il ne doit jamais rester dans une chambre des fumeurs. Pour Huchard, l'atmosphère enfumée de tabac est plus nuisible que deux cigares fumés directement.
Comme traitement, les indications principales résultent de l'aortite et de l'artério-sclérose. Elles seront combattues par lesrévulsifs, le lait, l'iodure. Comme révulsifs on préférera contre l'aortite les vésicatoires et surtout les cautères aux pointes de feu un peu dangereuses par la secousse qu'elles entraînent chez les malades pusillanimes.
Le régime lacté intégral sera imposé pendant quelque temps dans tous les cas d'accès très fréquemment répétés.
L'iodure enfin constitue, ainsi que l'ont montré les recherches de Germain Sée, Huchard, Potain le médicament de fond dans langine de poitrine. Il semble en effet résulter des expériences physiologiques de Huchard que l'mdure a le précieux effet d'abaisser la tension artérielle.
L'usage de l'iodure doit être prolongé pendant des années M. Potain donne de petites doses d'iodure de potassium 0 gr 60 au plus ; M. Huchard donne des doses de 1 a S grammes. < adant un mois, il prescrit ainsi l'iodure de potassium, pendan)