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CHAPITRE II

Laryngites aiguës.

Résumé clinique : 1° Chez l'adulte; laryngite catarrhale du rhume ; laryngites infectieuses. Accidents de nécrose. Accidents d' œdème aigu de la glotte. Œdème hydropique de la glotte ; 2° Chez Venfant ; laryngite catharrale, œdème de la glotte. Variétés spéciales à l'enfance : spasmes de la glotte, laryngite striduleuse .

Traitement: 1° Laryngites catarr haies : révulsion, hygiène, tisanes et fumigation, aconit ; traitement spécial à l'enfant ; 2° Laryngites œdémateuses. Dans l'œdème inflammatoire, sangsues, révulsion, vaporisation et fumigations ; indications chirurgicales, indications de la trachéotomie ; 3° Spasmes de la glotte, traitement pendant l'accès et après l'accès ; 4° Laryng ite stridulettse, traitement pendant l'accès et après l'accès.

Résumé clinique. — Chez l'adulte la variété de laryngite aiguë la plus fréquente est la laryngo trachéite, le rhume ordinaire. Parfois au cours de la fièvre typhoïde, de la variole, apparaissent des laryngites aiguës avec abcès et nécrose. Dans les angines, les érysipèles du pharynx, les phlegmons amygdaliens, l'inflammation gagne parfois l'épiglotte et les replis aryténo-épiglottiques, déterminant l'œdème aigu de la glotte. Cet œdème aigu doit être distingué de l'œdème hydropique non inflammatoire, qui survient au cours du mal de Bright; mais cet œdème hydropique peut lui-même survenir d'une façon aiguë à la suite d'un refroidissement. Toutes les fois qu'il y a œdème de la glotte, aux symptômes ordinaires des laryngites, douleurs, toux, enrouement, s'ajoute la dy pillée spéciale aux obstacles laryngés. Le tirage sus-sternal et abdominal, la difficulté de l'inspiration contrastant avec la facilité relative de l'expiration indiquent l'obstacle laryngé.

Chez l'enfant on peut observer la simple laryngite catarrhale. La laryngite nécrosique est chez lui rare après la lièvre

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typhoïde, un peu moins rare après la variole. L'œdème de la glotte n'est pas exceptionnel après la scarlatine, les angines .

Plus souvent que l'adulte l'enfant a la gorge brûlée par des liquides trop chauds et il y a là une cause spéciale d'œdème • mais les deux affections vraiment propres à l'enfance sont le spasme de la glotte, et la laryngite striduleuse.

Le spasme de la glotte est une névrose plutôt qu'une laryngite ; il s'observe de quatre à dix mois, rarement après un an.. Brusquement l'enfant, souvent un peu tourmenté déjà par les dents, la diarrhée, est pris d'un malaise intense. L'inspiration devient sifflante, une expiration se produit, avec un cri perçant, aiguë, puis la deuxième inspiration manque. L'enfant asphyxié, se débat souvent avec des convulsions. Cette crise terrible dure une à deux minutes, puis survient une inspiration sonore, sifflante. La respiration se rétablit bruyante d'abord, puis calme. Souvent d'autres accès surviennent dans la même journée ; on en a vu jusqu'à vingt-cinq en 24 heures. Souvent aussi ils surviennent après plusieurs jours de rémission.

Le pronostic est très grave surtout si les accès sont longs et répétés, s'ils déterminent de la cyanose, si l'enfant est rachi tique.

La laryngite striduleuse, le faux croup, s'observe surtout de 2 à 7 ans chez des enfants lymphatiques, à grosses amygdales. L'enfant s'est couché avec un rhume léger ; à deux heures du matin, il se réveille anxieux, étouffant. La voix, la toux sont sonores, stridentes. L'air ne passe qu'avec un sifflement.. Le tirage abdominal n'est pas rare. L'inspiration est pénible,, l'expiration facile. La dyspnée peut durer une heure et plus. Bien qu'il n'y ait rien dans la gorge, que le début ait été brusque, que la voix ne soit pas éteinte, que la toux ne soit pasrauque, il est difficile de ne pas songer au croup.

Le diagnostic doit rester un peu sur la réserve, la laryngite striduleuse étant parfois un mode de début du croup d'emblée. Souvent aussi c'est un mode de début de la rougeole. Mais en général au bout d'une demi-heure, une heure, tout finit par

se calmer. L'enfant a souvent les jours suivants, soit la nuit, soit le jour, d'autres crises, mais moins violentes que la première, surtout les crises diurnes. La guérison est la règle, mais parfois après plusieurs mois survient, à l'occasion d'un nouveau rhume, une nouvelle atteinte de la maladie.

Traitement. — L'étude du traitement doit comprendre : 1» le traitement des laryngites catarrhales ; 2° le traitement des laryngites inflammatoires (œdèmes aigus de la glotte), des laryngites aiguës hydropiques (infiltrations séreuses de la glotte] ; 3° le traitement du spasme 'de la glotte ; 4° le traitement de la laryngite striduleuse.

. Traitement des laryngites catarrhales. — Contre la douleur et la toux, les cataplasmes de farine de graine de lin sinapisés, les badigeonnages iodés, les applications de ouate hydrophile recouverte d'un taffetas imperméable en avant du larynx, réussissent assez bien. La cravate de glace, le mouchoir mouillé d'eau froide, populaires eh Amérique dans toutes les angines et laryngites seraient en France difficilement acceptés.

Tout à fait au début, les infusions chaudes (bourrache, punch) combinées avec le repos dans un lit bien couvert font souvent avorter la laryngite. Les bains de pieds sinapisés donnent aussi un grand soulagement.

La laryngite confirmée, la précaution essentielle est d'éviter le froid, les atmosphères irritantes, la fatigue de la voix ; les voyages sont particulièrement nuisibles. Au cours de la laryngite, le malade cesse de lui-même de fumer, mais souvent il reprend trop tôt le tabac lors de la convalescence.

Comme traitement, on prescrira les tisanes de mauve, violettes, espèces émollientes, fleurs pectorales, sucrées soit avec du miel, soit avec du sirop d'érysimum composé. Quelques pastilles de kermès, quelques pastilles de cocaïne sont utiles, surtout si le malade doit sortir. Les fumigations d'eucalyptus, de bourgeons de sapin, de goudron, calment assez bien, mais le seul médicament vraiment actif à citer est l'aconit. Tous les chanteurs connaissent l'efficacité de dix gouttes de

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teinture de racines d'aconit prises dans un lait de poule contre un enrouement au début. Le mieux est de prescrire dans •125 grammes de potion, vingt gouttes de teinture d'aconit. Cette potion sera prise par cuillerées à bouche.

Dans les laryngites aiguës de l'enfance, l'ipéca produira une décongestion marquée. Jules Simon, outre la révulsion sur le cou, les bottes de ouate, prescrit la potion suivante où il associe l'aconit à la belladone :

Teinture de belladone ....

Alcoolature de racines d'aconit

Eau de laurier cerise

Eau de fleurs d'oranger . . .

Sirop de lactucacium

Eau de tilleul .

A donner par cuillerées à café.

Traitement des laryngites œdémateuses. — Que l'œdème soit inflammatoire ou hydropique, l'application de sangsues de chaque- côté, en arrière de l'angle des mâchoires -procurera d'ordinaire une détente marquée. Ce moyen est supérieur à l'emploi des révulsifs. Au moment des crises, l'application de compresses très chaudes en avant du cou peut aussi donner une rémission. Il en est de même des inhalations d'oxygène. Le malade séjournera dans une atmosphère tiède, humide, où l'on fera des fumigations et des vaporisations d'eucalyptus. L'alimentation sera liquide et composée uniquement de boissons tièdes. Dans les laryngites inflammatoires, on conseillera les pédiluves sinapisés. Le malade sera placé les jambes pendantes et déclives dans les laryngites brightiques.

La gorge sera examinée minutieusement ; l'incision d'un abcès de l'amygdale suffit parfois à faire cesser tous les accidents.

Chez les jeunes enfants, c'est par le toucher plus que par la vue qu'on recherchera les abcès rétropharyngiens, dont l'incision présente tant d'importance. Souvent même les laryngologistes ont obtenu sans trachéotomie, par la ponction d'un abcès intra-laryngé, la scarification des replis aryténo-épiglot-

ââ X gouttes.

àà 10 grammes.

tiques, infiltrés de sérosité, la cessation des accidents de dyspnée ; mais ces opérations exigent en raison des difficultés de l'examen chez ces malades asphyxiants une habileté toute spéciale.

Une question toujours difficile est l'indication de la trachéotomie. Celle-ci devra être aussi tardive que possible, pratiquée seulement quand elle est inévitable. Elle sera différée surtout dans les laryngites hydropiques où l'on parvient en général à l'éviter par les émissions sanguines locales, les drastiques, le régime lacté, les inhalations d'oxygène, la scarification des replis aryténo-épiglottiques. Dans les inflammations graves du pharynx et du larynx (laryngites de la variole, de la fièvre typhoïde, de l'érysipèle, des brûlures) les chances d'éviter la trachéotomie seront \beaucoup moindres, les malades sont moins résistants, plus affaiblis, la trachéotomie pourra être plus précoce.

Enfin les laryngites chroniques, tuberculeuses, syphilitiques, cancéreuses se compliquent souvent d'accidents d'œdème aigu de la glotte. Sauf dans les laryngites syphilitiques, il n'y a que peu d'intérêt à essayer d'éviter la trachéotomie, qui doit s'imposer tôt ou tard.

Chez l'enfant, en raison de la facilité des spasmes et du peu de largeur de l'espace inter-aryténoidien, il est plus difficile d'éviter la trachéotomie. On essaiera néanmoins tous les autres modes de traitement avant de se résoudre à l'opération. Le rétrécissement ultérieur de la trachée est chez l'enfant dont il trouble toute la croissance, bien plus grave que chez l'adulte.

Traitement du spasme de la glotte. — La courte durée de la crise dans le spasme de la glotte ne permet guère aux médecins d'intervenir au moment même de la crise. Il doit donc indiquer tout d'abord les soins cà donner au cas où la première crise se renouvellerait : 1° air frais ; 2° maintenir l'enfant assis ; 3° application en avant du larynx d'une éponge trempée dans l'eau bouillante et bien exprimée ; 4° bain sinapisé en cas de convulsions à la fin de la crise ; 5o respiration

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artificielle longtemps prolonge'e, sinapismes et même marteau de Mayor sur le cœur en cas de syncope.

Pour prévenir le retour des crises, on veillera à la pureté de l'air, à la régularité et à la nature de l'alimentation, aux troubles digestifs. La dentition donnera lieu aux mêmes soins (lavages émollients, à l'eau de Vichy, scarifications gingivales) que pour les convulsions.

Entre tous les médicaments le seul utile est le bromure. On le prescrira de la façon suivante chez un enfant de huit mois.

Bromure de potassium 0 gr. 20 cent.

Looch blanc 60 gr.

A donner par cuillerées à café.

Souvent aussi, en même temps que celui du spasme de la glotte, on aura à faire tout le traitement des attaques d'éclampsie (voir page 332). Enfin au point de vue de l'hygiène ultérieure, on n'oubliera pas que le spasme de la glotte indique une réelle prédisposition nerveuse.

Traitement de la laryngite striduleuse. — Dans la laryngite striduleuse au moment même de l'accès le premier soin sera d'appliquer, en avant même du larynx, une éponge trempée dans l'eau très chaude et bien exprimée. On fera des fumigations de guimauve, de tilleul, additionnées d'un peu de teinture de benjoin ou de goudron. Gouguenheim a même employé avec succès, dans les cas graves, les inhalations de chloroforme. Il recommande aussi le pansement direct intralaryngé avec la solution de cocaïne au vingtième et même au dixième. Il suffirait de badigeonner l'épiglotte et l'entrée du larynx. A défaut de ce pansement toujours difficile, on pourrait essayer si l'enfant s'y prête, les pulvérisations avec la solution de cocaïne au centième.

La trachéotomie sera rarement nécessaire dans la laryngite striduleuse ; on ne doit s'y résoudre qu'à la dernière extrémité. L'intubation mériterait d'être essayée tout d'abord car ici les deux inconvénients qu'elle offre dans la diphtérie n'existent pas. Il n'y a pas de fausses membranes, dont on

puisse craindre le refoulement. Le tube intralaryngé peut être enlevé au bout d'une heure ou deux, tandis que lorsqu'il doit séjourner plusieurs jours on a toujours à craindre son expulsion. Gouguenheim avant de se résoudre à la trachéotomie, pratique la dilatation forcée du larynx, dilatation qui fait ordinairement cesser le spasme.

L'accès passé, pour prévenir le retour de nouveaux accès, on imposera le séjour au lit pendant quelques jours; on appliquera de la ouate et un taffetas gommé en avant du cou. Jules Simon conseille la potion suivante :

Kermès minéral 0 gr. 05 à 0 gr. 10

Alcoolature de racines d'aconit . . j V à X outtes

Teinture de belladone j aa a g u

Sirop de fleurs d'orangers. . . ,\ . 30 grammes

Eau de tilleul 120 —

Une cuillerée à café pour les enfants de un à deux ans, une cuillerée à dessert pour les enfants plus âgés, d'heure en heure, ou de demi-heure en demi-heure.

Au bout de quelques jours, quand la crise est tout à fait terminée, il est indispensable d'examiner avec soin la gorge et le larynx. Souvent en effet des attaques successives de laryngite striduleuse sont dues à l'hypertrophie des amygdales, à des végétations adénoïdes, à des polypes du pharynx, et même à des polypes du larynx.

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