CHAPITRE III
Iiaryngites chroniques.
Résumé clinique : Quatre variétés : 1» inflammatoire ; 2° syphilitique ; 3° tuberculeuse ; 4° cancéreuse. Les symptômes particulièrement pénibles : douleur, toux, enrouement, dyspnée. Diagnostic.
Traitement : 1» Laryngites chroniques inflammatoires : causes générales et locales, cures thermales, iodure de potassium, fumigations, pansements et opérations intra-laryngées ; 2° Laryngites syphilitiqu.es. Traitement à la période secondaire, surtout local. Traitement à la période tertiaire, surtout général. Précautions dans l'emploi de l'iodure ; interventions diverses ; 3° Cancer du larynx :
■ traitement palliatif ; 4° Phtisie laryngée (voir la tuberculose).
Résumé clinique. — Les laryngites chroniques peuvent être de quatre natures différentes : 1? simplement inflammatoires; 2° syphilitiques ; 3« tuberculeuses ; 4° cancéreuses. — Les laryngites chroniques simplement inllammatoires sont loin d'être rares, chez les sujets alcooliques, fumant beaucoup, exposésaux intempéries fréquentes, à des fatigues' de la voix. Elles sont souvent associées à l'hypertrophie de la luette et à l'angine glandulaire. Souvent aussi elles se rattachent aux rhinites atrophique ou hypertrophique. La syphilis frappe très souvent le larynx. Elle l'atteint à la période secondaire, produisant surtout du catarrhe, de l'érythème laryngé, rarement des plaques muqueuses (Cuvillier). Elle l'atteint à la période tertiaire où elle détermine des gommes, des ulcérations, des périchondrites. On doit toujours songer à la syphilis avant d'admettre la tuberculose ou le cancer.
La tuberculose laryngée est très fréquente. Elle est beaucoup plus souvent secondaire à une tuberculose pulmonaire que primitive, et lorsqu'elle est primitive le poumon finit toujours par être atteint.
m MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES
Le cancer ne se voit guère que dans l'âge adulte après quarante ans. Son début est très insidieux. Le diagnostic avec la syphilis offre des difficultés telles qu'un traitement d'épreuve doit toujours être tenté.
Au point de vue des indications thérapeutiques, les symptômes les plus importants sont : la douleur, la toux, l'enrouement, la dyspnée. Médiocre dans la laryngite catarrhale et dans la syphilis, la douleur est souvent très vive dans le cancer, et surtout dans la phtisie laryngée. Au moment de la déglutition, les douleurs d'oreille sont parfois atroces. La toux est souvent même très fatigante, très pénible, incessante. L'enrouement peut, dans les laryngites chroniques simples, être très gênant au point de vue des occupations professionnelles. On aura parfois à faire le diagnostic^ de l'enrouement et d'une aphonie hystérique. Enfin la dyspnée peut être telle qu'elle oblige à pratiquer la trachéotomie. La dyspnée mécanique des laryngites a été parfois confondue avec une dyspnée asthmatique, urémique, cardiaque et même avec l'angine depoitrine.
Au point de vue du diagnostic, les symptômes fournis par le laryngoscope occupent le premier rang. Seul le laryngoscope permet de différencier les laryngites des autres affections du larynx : polypes, corps étrangers. Si le diagnostic différentiel des diverses variétés est parfois soupçonné par l'état général parles commémoratifs, par l'examen bactériologique des crachats, le laryngoscope confirme ce diagnostic différentiel. Seul enfin il permet d'apprécier le degré des lésions. L'examen du pharynx et du nez est également toujours indispensable.
Traitement. — Laryngites chroniques catarrhales. — La rè"le absolue doit être de rechercher d'abord la cause productrice, poussières, fatigue de la voix, alcool, tabac. La seconde règle doit être de traiter avant tout les lésions du nez, du nasopharynx et du pharynx qui sont souvent la seule cause
de la laryngite.
Les cures d'eaux sulfureuses (Challes, Pierrefonds, Enghien, Cauterets) ont souvent une très grande efficacité ; 1 usage de
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ces eaux loin des sources en boisson et en pulvérisations quoique moins puissant, est aussi un des premiers moyens à essayer. On fera des fumigations de goudron ou d'eucalyptus. L'iodure de potassium à faibles doses, a parfois paru utile, alors même qu'il n'y a pas soupçon de syphilis.
Pour les pansements intralaryngés le meilleur topique paraît être le naphtol camphré (Tissier). Il faut avoir soin d'exercer une friction assez énergique. L'application est peu douloureuse, et ne détermine un léger spasme que lors des premiers pansements ; l'attouchement sera répété deux fois par semaine. Dans les formes rebelles on peut employer la solution glycérinée de chlorure de zinc au vingtième, mais le spasme est beaucoup plus violent.
Si le laryngoscope montre un point de la muqueuse nettement hypertrophié surtout à la région postérieure des coudes l'incision avec la pince coupante de Gouguenheim aurait souvent donné à Tissier des résultats inespérés.
Laryngites syphilitiques. - A la période secondaire les accidents sont souvent aigus ou subaigus. La révulsion locale la révulsion générale produite par les bains de vapeur, les pédiluves sinapisés pourront avoir leurs indications. L'alcool le tabac, seront défendus. Le malade évitera les fatigues de la voix et les refroidissements; on emploiera les fumigations emolhentes, les inhalations de goudron, les pansements intralaryngés au menthol et à la cocaïne.
S'il s'agit d'accidents chroniques, Cuvillier indique surtout les pansements intralaryngés avec la solution de chlorure de zinc a 1/30, de nitrate d'argent à 1/50. On prescrira le traitement mercuriel ; mais il en est des lésions secondaires du larynx comme des plaques muqueuses buccales; employé seul Le traitement mercuriel ne suffirait pas contre elles.
A la période tertiaire, il faut agir rapidement par les frictions mercurielles et l'iodure, d'un jour à l'autre la syphilis tertiaire du larynx peut être cause d'accidents de suffocation nécessitant la trachéotomie. En dehors de cette complication elle expose si le traitement intervient trop tard à des sténo-
ses cicatricielles. Ces sténoses sont plus fréquentes que dans les autres laryngites.
L'iodure doit être donné à hautes doses, 4 grammes au moins. Le malade prendra en même temps un à deux litres de lait. Il sera surveillé de très près pendant les premiers jours du traitement. En effet l'iodure peut être cause d'un œdème aigu du larynx, se greffant sur les lésions spécifiques. Des scarifications intralaryngées, des applications de sangsues à la région sus-hyodienne suffiront parfois contre cet œdème; mais d'autres fois il faudra faire la trachéotomie.
Comme moyens locaux contre les ulcérations tertiaires on emploiera les insufflations d'iodoforme, les badigeonnages au naphtol camphré. Cuvillier fait inhaler deux à trois fois par jour vingt à quarante grammes de la solution suivante:
Sublime 0 gr. 20
Alcool rectifié 50 »
Eau distillée 200 »
Il sera parfois nécessaire de procéder à l'excision de végétations, à l'incision de brides cicatricielles, à l'ablation de séquestres. La révulsion en avant du cou par les pointes de feu, si abandonnée aujourd'hui, a été si chaleureusement défendue par Gusco qu'elle doit être signalée.
Contre les sténoses cicatricielles consécutives à la syphilis tertiaire du larynx, il pourra être nécessaire de faire, après la trachéotomie, la dilatation avec les tubes de Schrœtter. Ces sténoses, alors même qu'elles n'entraînent pas des accidents aigus de dyspnée, conduisent rapidement à la cachexie par anoxémie.
Challes parait être la station la plus efficace dans les laryngites syphilitiques.
Cancer do larynx. — Les nombreuses opérations proposées ne paraissent pas donner comme survie des résultats bien supérieurs à ceux de leur simple trachéotomie. A moins d'un siège, d'une localisation spéciale du cancer, on se contentera donc du traitement palliatif. Contre les douleurs, les fumigations et pulvérisations émollientes, les pulvérisations
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phéniquées, les pulvérisations de solution de bromure au quarantième, de solution de chloral au centième, suffiront parfois. Si ces moyens simples échouent, on essaiera les pansements avec la glycérine additionnée d'un dixième à un vingtième de morphine ou de cocaïne. Ce moyen est supérieur aux insufflations de poudre de morphine. Krishaber a montré l'utilité de la sonde œsophagienne à demeure contre les douleurs liées à la dysphagie.
Phthisie laryngée. — Ce traitement sera étudié, comme celui des autres localisations tuberculeuses, au chapitre de la phthisie pulmonaire. Bien souvent en effet si les accidents laryngés sont ceux qui préoccupent le plus le malade, ils n'ont qu'une importance secondaire à côté des lésions pulmonaires et de l'état général.