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CHAPITRE IV

Bronchites aiguës et chroniques.

Résumé clinique : 1° Bronchites aiguës: le rhume, la bronchite capillaire ; la bronchite de l'enfant et du vieillard ; la bronchite de la oripp'e ; 2» Bronchites chroniques : Symptômes, complications, causes hygiéniques et causes générales ; diagnostic et pronostic.

Traitement : 1° Bronchites aiguës simples : Hygiène, révulsifs, tisanes, calmants au début ; traitement de la convalescence ; 2° Bronchites chroniques : Hygiène, révulsion, aérothérapie, inhalations. Médicaments internes. Traitement hydrominéral .

Résumé clinique. — La bronchite aiguë simple, le rhume vulgaire débute par une période particulièrement pénible de fièvre, de frissonnement, de malaise, de céphalée. Les premiers symptômes locaux sont souvent le coryza ou un peu d'angine. Puis la toux apparaît, sèche, quinteuse, pénible, la douleur est souvent assez vive dans la région sternale et dans les côtés. Deux ou trois jours après, l'expectoration commence, la fièvre cesse, le rhume est, comme on dit, mûri.

La guérison complète est la règle, mais chez les vieillards, chez les arthritiques, les scrofuleux, la bronchite aiguë passe souvent à l'état chronique. Souvent aussi au cours de cet état chronique apparaissent des recrudescences. Dans toutes ces bronchites qui se prolongent, il est une question qui doit toujours se poser, celle de la tuberculose. Outre la localisation des lésions aux sommets, l'état général, l'amaigrissement, la fièvre persistante, un des meilleurs moyens de la trancher est l'examen bactériologique des crachats.

Chez les enfants, chez les vieillards surtout, chez les adultes mal soignés s'exposant au froid, aux poussières, la bronchite peut gagner les petites bronches. La fièvre qui avait un moment cédé reparaît, il se produit de l'agitation et même

du délire dans les cas graves; mais surtout il existe une dyspnée intense. Le malade, assis sur soii lit, la figure violacée, les narines dilatées, respire trente, quarante fois et plus encore par minute : toute [la poitrine est pleine d'une véritable tempête de râles fins. Il est rare qu'en même tempsnese forme pas des noyaux de broncho-pneumonie. La mort est fréquente par les progrès de l'aspbyxie.

Les bronchites aiguës chez l'enfant doivent toujours être prises très au sérieux. Au point de vue du diagnostic, on devra prévoir la possibilité d'une bronchite symptomatique, .de la coqueluche ou de la rougeole. Chez le ^vieillard, les moindres rhumes sont également graves, surtout en temps d'épidémie grippale. La grippe à forme bronchitique se rapproche beaucoup de la bronchite simple ; elle s'en distingue surtout par la persistance de la fièvre, de la céphalée, du mal de reins, de l'anorexie, bref par l'intensité de l'état infectieux.

Les bronchites chroniques tantôt succèdent aux bronchites aiguës et tantôt s'installent sournoisement, lentement. La toux est surtout matinale ; elle gêne souvent beaucoup le sommeil en réveillant les malades à la fin de la nuit. L'expectoration est parfois fatigante, difficile, peu abondante : parfois au contraire d'une abondance extrême. C'est le cas surtout • quand la bronchite chronique se complique à la longue de dilatation des bronches. Le malade chaque matin vide en quelque sorte ses dilatations. Les crachats sont souvent opaques, purulents, d'une horrible fétidité. La dyspnée varie beaucoup suivant le temps, suivant les saisons. Entre les accès de dyspnée symptomatiques de la bronchite chronique et l'asthme essentiel étudié plus loin on trouve, il faut bien le dire, tous les intermédiaires. Comme l'asthme, la bronchite chronique finit par se compliquer d'emphysème, d'insuffisance tricuspide et d'asystolie cardiaque. Par un véritable cercle vicieux, ces complications cardiaques contribuent à leur tour à entretenir et à aggraver la bronchite ; on doit les soupçonner et les rechercher avec soin dans toute bronchite chronique qui ne s'améliore plus au retour de la belle saison.

Cet état chronique est entrecoupé par de fréquentes poussées aiguës. Les hémoptysies ne sont pas très rares et ne sont pas fatalement un signe de tuberculose. Quand la bronchite chronique est compliquée de dilatation des bronches, ces pousséesàiguës aboutissent plus facilementauxbroncho-pneumonies graves, à la gangrène pulmonaire.

Les causes qui entretiennent les bronchites chroniques sont multiples ; tantôt elles sont hygiéniques ; c'est le séjour dans un climat froid et humide, l'habitation dans un rez-de-chaussée ou un appartement au nord, les professions à poussières, les intoxications par l'arsenic, le sulfate de quinine, l'alcool. Tantôt elles sont diathésiques. L'arthritisme est une des causes les plus fréquentes. Il n'est pas rare de voir des poussées d'eczéma alterner avec les accidents de bronchite. La même suppléance s'observe, mais plus rarement, pour des crises de goutte.

Les bronchites chroniques sont fréquentes chez les diabétiques et les brightiques. Elles sont chez ces malades particulièrement graves. L'examen de l'urine doit donc toujours être pratiqué.

Chez la femme on devra se méfier dans le diagnostic des congestions pulmonaires d'origine hystérique, congestions qui prennent si souvent tous les caractères de la tuberculose.

Chez l'enfant, on se défiera des toux réflexes d'origine vermineuse. Enfin certaines lésions du pharynx et du larynx, hypertrophie de la luette, granulations, polypes du larynx, peuvent simuler les bronchites chroniques.

Mais le diagnostic principal est avec la tuberculose. Les dilatations des bronches peuvent en particulier donner tous les signes stéthoscopiques des cavernes pulmonaires. C'est la longue durée de la maladie, l'examen des crachats, l'état relativement bon de la santé générale qui constituent les principaux éléments différentiels.

Le pronostic dans une bronchite chronique, dépend d'éléments-très variables: 1° Degré et ancienneté des lésions bronchiques et pulmonaires. 2<> Intensité des troubles fonctionnels: toux, dyspnée, expectoration. 3» Complications car-

diaques. 4° Terrain sur lequel évolue la bronchite. 5° Profession et situation permettant une hygiène plus ou moins satisfaisante.

Cette affection si fréquente et si banale est donc une de celles qui nécessite l'examen le plus approfondi.

Traitement. — Bronchite aiguë simple. — A la période pénible du début le repos constitue la condition la plus essentielle du traitement. Les sorties et surtout les sorties du soir, les voyages, les longues conversations, les efforts, les marches seront évités. Les fumeurs s'abstiennent d'eux-mêmes de tabac, mais il n'en est pas toujours de même des priseurs, et le tabac à priser peut être nuisible en tombant dans le pharynx. L'alimentation devra être légère et peu abondante, au repas du soir surtout. Le malade sera chaudement couvert la nuit de façon à transpirer.

Les tisanes, si discréditées aujourd'hui, ont certainement une action calmante. La variété : mauve, guimauve, violettes, fleurs pectorales, hysope, bouillon blanc, lierre terrestre, fruits pectoraux, importe peu. On peut les sucrer avec'du miel, ou du sirop : Tolu, capillaire, polygala, sirop thébaïque ou de belladone, en cas de quintes particulièrement violentes. Le lait chez les sujets qui l'aiment constitue la meilleure des tisanes.

L'eau de laurier-cerise, l'aconit, le sirop de morphine réussissent assez bien contre les quintes sèches et pénibles, le malaise général. Une bonne formule est la suivante :

Eau de laitue 80 grammes

Sp. de morphine 20 —

Sp. de belladone 15 —

Eau de laurier-cerise ...... 5 —

Alcoolature de racine d'aconit. . . XX gouttes

Par cuillerées dans les 24 heures.

Chez les enfants, on emploiera surtout le sirop de belladone et le sirop de codéine ; la morphine est mal supportée. Un enfant de deux ans pourra prendre par exemple la potion suivante :

Looch blanc ....

Sp. de codéine . .

Sp. de belladone . .

Alcoolalure d'aconit

j ââ 5 — II gouttes

125 grammes

Les bonbons, les pastilles de Tolu, de codéine, les pâtes de guimauve ou pectorales, la réglisse ont l'inconvénient, s'ils calment un peu l'irritation, de surcharger l'estomac.

Un laxatif léger sera souvent utile. La manne à dose de 30 à 40 grammes dans du lait, l'huile de ricin, seront préférées aux purgatifs salins.

Contre la douleur rétrosternale, les douleurs de côté, on emploiera les cataplasmes de farine de graine de lin sinapisés, les badigeonnages iodés tièdes, rarement les ventouses. C'est en cas de gêne respiratoire que les ventouses trouvent surtout leur application.

A la période de maturité, de coction, le soulagement éprouvé parle malade est ordinairement considérable. Il peutle plus souvent suspendre toutes les préparations calmantes d'opium, d'aconit, de belladone. Il faut s'attacher surtout à tarir la sécrétion bronchique. Les pilules balsamiques, de baume de Tolu, de goudron, les capsules de térébenthine suffisent souvent. Les cachets renfermant chacun 0 gr. 25 de fleur de soufre et donnés à la dose de 4 à 8 par jour réussissent aussi. Les eaux sulfureuses (eau d'Enghien, de Cauterets), peuvent être données soit en boisson le matin, icoupées de lait, soit en pulvérisations et inhalations ; mais comme le soufre, les eaux sulfureuses amènent parfois une petite recrudescence enflammatoire.

Enfin, pour peu que la toux s'opiniàtre, que les crachats continuent on devra employer tous les moyens qui vont être indiqués contre la bronchite chronique.

Traitement des bronchites chroniques. — Beaucoup de bronchites chroniques guérissent par les seuls moyens hygiéniques. Il suffira parfois que le malade quitte un appartement bas et humide pour habiter un appartement exposé au midi, ensoleillé, modérément chauffé. Pour les enfants atteints de

bronchite chronique, Gueneau de Mussy conseillait toujours d'avoir une chambre à coucher au midi, d'y laisser entrer pleinement le soleil, et l'hiver de n'y faire jamais de feu. La guérison est encore plus certaine si l'enfant peut quitter un climat pluvieux, humide pour un climat plus chaud et plus sec. Le changement pour un climat plus froid mais plus sec, peut lui-même être favorable. Les sorties très matinales au brouillard sont souvent nuisibles, mais elles le sont beaucoup moins que les sorties du soir une fois le soleil couché. , Les fonctions de la peau seront stimulées par des frictions sèches ou alcooliques. Il faut que le malade se résigne à adopter sinon pour toujours au moins pour bien longtemps les vêtements chauds de laine, caleçon et flanelle, en contact direct avec la peau. Peter insistait sur la nécessité de porter une flanelle à manches. Les courants d'air froid, disait-il, frappent le plus souvent sur l'épaule ; c'est par l'épaule qu'on s'enrhume, si elle est insuffisamment protégée.

Les médications externes comportent la révulsion, l'aérothérapie, les inhalations.

La révulsion peut être faite par des badigeonnages répétés de teinture d'iode tiède, qui ont l'avantage d'agir aussi un peu par inhalation des vapeurs iodées. Elle peut être faite par des applications successives de mouches de Milan ou de très petits vésicatoires, inis en particulier en avant le long de la trachée, en arrière et latéralement au niveau des grosses bronches ; mais les pointes de feu constituent un moyen plus puissant et qui, s'il est momentanément un peu douloureux, est moins longtemps pénible. Les applications répétées de pointes de feu, sont le seul moyen qui donne vraiment en cas de dilatation des bronches d'excellents résultats.

La révulsion ou plutôt la dérivation par les cautères, les vésicatoires à demeure appliqués sur la poitrine, sur le bras était autrefois classique. Ce moyen était loin d'être sans efficacité. A deux reprises, chez deux malades qui réclamaient instamment ce mode de traitement, j'ai fait appliquer des cautères au bras. Et dans les deux cas il y eût amélioration évidente. Mais ce moyen est bien malpropre, bien désagréa-

ble. On ne l'emploiera jamais chez les jeunes sujets, la suppression du cautère pouvant être plus tard assez délicate, mais seulement chez les sujets un peu âgés qui le réclameront. Le cautère ou le vésicatoire entretenu à demeure sur la poitrine ou le dos est d'un pansement moins facile, mais d'un emploi plus logique que le cautère ou vésicatoire du bras. Dans quelques cas, la bronchite chronique paraît vraiment s'être développée après la suppression d'un vésicatoire ou d'un cautère porté par le malade depuis de longues années ; il y aurait en pareil cas indication de rétablir l'exutoire supprimé.

L'aérothérapie exige des appareils un peu compliqués et n'est guère possible que dans certaines grandes villes. Un séjour quotidien d'une heure au plus dans des cloches pleines d'air comprimé graduellement à une, puis plusieurs atmosphères agit souvent très bien sur la toux et l'expectoration. Le traitement par l'inhalation dans l'air comprimé, l'expiration dans l'air raréfié au moyen d'un appareil spécial à deux soupapes est surtout efficace contre les lésions d'emphysème qui compliquent souvent la bronchite chronique (Paul Dupont).

Les pulvérisations, inhalations, fumigations, comprennent un nombre considérable de moyens et de procédés. En pulvérisations on emploiera surtout l'eau d'Enghien, l'eau de Cauterets, l'eau du Mont-Dore, l'eau de Royat. Les inhalations peuvent être faites soit au moyen d'appareils spéciaux, soit au moyen d'une bouteille quelconque cà deux tubulures et remplie seulement aux deux tiers. L'un des tubes plonge dans le liquide, l'autre qui sert à l'inhalation s'arrête dans la partie vide. On fait ainsi barboter l'air inspiré soit dans de l'eau de goudron, soit dans de la térébenthine, soit dans du pétrole etc., etc. Le goudron pourra être additionné de partie égale d'eau de menthe. La térébenthine, le pétrole, seront employés au tiers additionné de deux parties d'eau.

Quant aux fumigations, elles seront faites surtout avec la décoction de bourgeons de sapin, de feuilles d'eucalyptus. Parmi les médicaments internes, les uns s'adresseront a

l'état général, les autres aux accidents mêmes de bronchite. Les premiers sont les plus importants. Chez un lymphatique, un scrofuleux, alors même qu'il n'y aura aucun signe de tuberculose, c'est aux reconstituants, à l'iode, au phosphate de chaux, à l'huile de foie de morue, à la suralimentation qu'il faudra avant tout s'adresser. Chez un arthritique, un herpétique, l'arsenic, employé sous forme de liqueur de Fowler, de granules de Dioscoride, d'eau de la Bourboule ou du Mont- Dore, est le principal médicament. L'iodure de potassium à faible dose, 0 gr. 75 à 1 gramme par jour, est souvent très utile contre la dyspnée. L'obésité, la goutte fourniront d'autres indications. Bien plus importantes encore sont les indications tirées d'une lésion cardiaque ou rénale, dont la bronchite chronique n'est alors qu'un simple symptôme.

Les médicaments dirigés contre la bronchite même seront employés surtout aux périodes d'exacerbation et au déclin de ces périodes. Donnés d'une façon continue, ils fatigueraient à bref délai, l'estomac.

Au moment des périodes d'exacerbation l'indication principale est de calmer la toux. On y arrivera parfois parles calmants proprement dits, indiqués pour la bronchite aiguë : opium, belladone, etc. Mais le plus souvent la toux est d'origine moins inflammatoire que mécanique, due à l'abondance et à la viscosité des crachats.

Les meilleurs expectorants sont alors le keiTnès (0 gr. 10 à 0 gr. 30 cent, dans un looch ou une potion), l'oxyde blanc d'antimoine (1 à 4 gr. dans un looch), le carbonate d'ammoniaque (1 à 2 gr. dans une potion). On peut, pour édulcorer les potions, prescrire les sirops de polygala ou de Tolu. L'addition d'une petite quantité de cognac à ces médicaments est souvent utile pour la tolérance. On peut aussi prescrire par jour cinq à dix des pilules suivantes :

Kermès . . . 0 gr. 02

Gomme ammoniaque ... 0 gr. 10

Extrait de polygala .... Q. S. pour une pilule .

Les pastilles de Tolu, de kermès, d'ipéca doivent être sim-

plement mentionnées. Les pastilles d'ipéca en petite quantité à dose non vomitive sont un très bon moyen.

Quand la maladie décline, c'est à l'iodoforme, à la créosote, au soufre surtout qu'il faut s'adresser. C'est avec plus d'insistance et d'énergie le traitement qui a déjà été indiqué au déclin de la bronchite aiguë.

Un point essentiel est de rechercher la cause de ces exacerbations. La difficulté est de soumettre à des précautions suffisantes le malade, sans le rendre par trop valétudinaire et susceptible. En même temps que le malade évitera les intempéries, il devra donc faire des frictions de la peau, sèches ■ou alcooliques, pour endurcir celleTci contre les refroidissements.

Le traitement hydrominéral est classique dans la bronchite chronique. Les principales stations à signaler sont, en cas d'arthritisme et de nervosisme, Royat; en cas de poussées congestives, de dyspnée, le Mont-Dore ; en cas de formes subaiguës, pénibles, douloureuses, Alïevard; en cas d'expectoration très abondante, Luchon, Cauterets, les Eaux-Bonnes, la Bourboule. Mais avant de conseiller une saison thermale, il faudra, chez ces malades plus que tous les autres, se préoccuper des contre-indications qui peuvent être fournies par les lésions du rein, du cœur ou des vaisseaux.

Le séjour dans un climat du Midi, l'hiver, est un bon palliatif, mais n'est qu'un palliatif. Les malades rentrent souvent trop tôt, ils sont alors très susceptibles aux moindres intempéries du printemps. En réalité les cures climatériques doivent être cherchées moins par un climat exceptionnel de quelques mois, que par le choix d'un climat moins séduisant l'hiver, mais habitable toute l'année (Fonsagrives). Quand cette émigration n'est pas possible, le simple changement de quartier, d'étage, d'exposition suffit souvent à donner un bénéfice réel.

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