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CHAPITRE PREMIER Stomatites

Résumé clinique. — Causes des stomatites : infections diverses, irritations, intoxications, mauvais états généraux. Accidents aigus et chroniques, locaux et généraux.

Traitement. — Indications communes aux diverses stomatites. — Antisepsie buccale. Traitement de la douleur. Difficultés de l'alimentation. Etat général. Indications spéciales à quelques stomatites. Stomatite aphteuse. Stomatite ulcéro-membraneuse. Stomatite mercurielle. Noma. Muguet. Les stomatites chez les jeunes enfants.

Résumé clinique. — Les infections d'origines diverses constituent la cause principale de toutes les stomatites. Les plus communes sont dues à des infections banales par les nombreux microorganismes qui existent dans la cavité buccale surtout en l'absence de soin de propreté suffisamment minutieux. C'est le cas pour la gingivite, la stomatite aphteuse, la stomatite ulcéro-membraneuse. C'est le cas également pour cette affection autrefois assezfréquente, aujourd'hui rarissime, la gangrène de la bouche. — Ces microorganismes de la bouche

semblent même jouer le rôle prépondérant dans les stomatites toxiques liées à l'absorption du mercure, du bismuth, du plomb, de l'arsenic, du phosphore. Ce rôle est si prépondérant que Galippe a pu réaliser ce fait paradoxal de stomatites mercurielles guéries par des lavages au sublimé.

D'autres stomatites paraissent être le résultat d'une infection spécifique. C'est le cas pour la stomatite du scorbut, de la diphtérie, de la syphilis, de la tuberculose. Ces stomatites exigeront avant tout le traitement des infections générales dont elles dépendent. — Parmi les stomatites dues à fine infection spécifique, une seule, le muguet, dépendantd'un champignon spécial, Voidiurn albicans sera étudiée, avec les autres stomatites.

Cette notion de l'infection cause prépondérante a singulièrement modifié le traitement des stomatites. Elle a permis de les prévenir plus sûrement au cours des maladies adynamiques qu'elles compliquaient souvent. Mais les causes secondaires occasionnelles plus banales n'en gardent pas moins toute leur importance pratique. — Les irritations d'origine dentaire : irritations par le tartre, les dents cariées, les chicots, l'évolution difficile des dents de première, de seconde dentition et surtout de la dent de sagesse seront recherchées avec soin. Les irritations parle tabac (fumée etsurtout chique), l'alcool, les boissons trop chaudes, les aliments irritants ou fermentés (fromages, noix, lait aigri chez l'enfant) contribuent souvent beaucoup à éterniser les stomatites. Les intoxications parle mercure, le bismuth, le plomb, l'arsenic, le phosphore, intoxications tantôt médicamenteuses tantôt professionnelles ont déjà été mentionnées. — Enfin les stomatites se développent surtout sur des sujets d'état général mauvais. C'est le cas pour la stomatite ulcéro-membraneuse frappant des sujets débilités, mal nourris, fatigués, mal logés. C'étaitle cas pour la stomatite gangréneuse presque toujours consécutive à des rougeoles, à des fièvres typhoïdes adynamiques. C'est le cas enfin pour le muguet. — Le muguet ne frappe guère que les enfants athreptiques, que les adultes profondément cachectisés (sénilité, cancer, tuberculose). Les stomatites diverses sont en-

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fin fréquentes au cours du diabète et du mal de Bright.

Les accidents produits par les stomatites peuvent être aigus. La douleur, l'inflammation, les ulcérations, l'adénopathie ganglionnaire sont les principaux accidents locaux. La fièvre et l'infection générale sont très variables. Mais souvent aussi les stomatites passent à l'état chronique. A côté d'accidents locaux peu importants ces stomatites chroniques entraînent souvent du fait de la déglutition incessante des produits putrides des troubles généraux sérieux. L'origine de certaines dyspepsies graves, d'accès fébriles répétés peut-être aussi due à une infection buccale ancienne.

Traitement. — Un certain nombre d'indications thérapeutiques : antisepsiebuccale, traitement delà douleur, de l'infection générale, sont communes à toutes les stomatites. Mais les indications spéciales à chaque variété : stomatite aphteuse, stomatite ulcéro-membraneuse, stomatites toxiques, muguet, stomatites chez l'enfant seront étudiées séparément.

1° Indications générales. Antisepsie buccale. — Cette antisepsie ne pourra souvent être réalisée qu'après l'ablation de dents cariées, de masses de tartre. Les produits pultacés recouvrant les gencives et la muqueuse buccale seront enlevés par le frottement avec un linge fin, une brosse douce garnis d'un peu des poudres suivantes :

1° Acide borique )

Chlorate de potasse . . . > ââ 15 grammes. Craie préparée )

2» Salol ) \L 1C

n„, ■ aa 15 —

Oraie préparée )

Dans les cas légers on pourra employer comme gargarismes la décoction de camomille, la solution de chloral à dix pour mille, la solution boriquée à trente pour mille. Si l'infection est grave on ne doit pas hésiter à prescrire des antiseptiques plus énergiques, leur emploi dut-il même être douloureux. Thomas recommande particulièrement la solution renfermant pour 300 grammes d'eau, 1 gramme d'acide phénique et b' centigrammes d'acide thymique. Le sublimé au

m AFFECTIONS DE LA. BOUCHE ET DU PHARYNX

5 millièmes et même au 2 millièmes (liqueur de van Swieten de'doublée) a été également employé. Chez les sujets affaiblis les irrigations seront souvent substituées aux gargarismes. Les badigeonnages seront surtout utiles dans le cas d'emploi de solutions antiseptiques très énergiques. Les badigeonnages de teinture d'iode sont souvent utiles. Gargarismes ou irrigations devront être très fréquents. Dans un cas d'une gravité excessive Galippe réussit par des irrigations phénothymiques faites tous les quarts d'heure. Il y a avantage à employer les solutions aussi chaudes que possible. Comme complément de l'antisepsie buccale on ne négligera pas, le malade avalant des produits putrides, de réaliser l'antisepsie intestinale par le naphtol, le salicylate de bismuth.

Douleur. — Le traitement de la douleur doit être toujours subordonné à la nécessité de réaliser l'antisepsie buccale. Heureusement les ' stomatites les plus infectieuses exigeant l'emploi des antiseptiques les plus énergiques ne sont pas les plus douloureuses. Les gargarismes adoucissants avec la décoction de guimauve, de tête de pavot, de feuilles de coca sont, à condition d'employer la solution bouillie et refroidie, aseptiques mais non antiseptiques. On n'abusera pas des badigeonnages avec les solutions de cocaïne et on n'emploiera crainte d'intoxication que les solutions au centième. Un bon moyen de calmer la douleur consiste à faire sucer des fragments de glace.

C'est surtout par le choix des aliments qu'on peut diminuer la douleur. Il est important de soutenir les malades atteints de stomatites. L'usage des boissons Lièdes, du lait bouilli ou stérilisé, du bouillon peu salé, des œufs délayés dans du bouillon, de la viande finement hachée et bouillie quelques instants dans du bouillon, des gelées de viande permettra de les alimenter sans efforts de mastication ni de déglutition et par suite sans souffrances. On attachera une grande importance à ce que le malade se gargarise soigneusement avant et après chaque repas.

Infection générale. — L'antisepsie buccale et intestinale sera le principal moyen pour prévenir cette infection. L'alcool, le

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quinquina, le café, pourront être utiles. Dans certaines stomatites (muguet) on a à se préoccuper de la cachexie (athrepsie, tuberculose, cancer) en môme temps que de Finfection.

Ho Indications spéciales aux diverses stomatites. — Stomatite aphteuse. — Des antiseptiques assez simples suffisent ordinairement. L'emploi du salicylate de soude en solution à vinet pour cent aurait l'avantage de calmer les douleurs très vives en même temps qu'il réalise l'antisepsie. Le lait qui pourra servir à la nourriture du malade sera bouilli avec soin.

Stomatite ulcéro-membraneuse. — L'antisepsie buccale devra être très rigoureuse. Les ulcérations les plus étendues seront touchées à la teinture d'iode, à l'acide phénique au vingtième. Lavages antiseptiques très fréquents. Le chlorate de potasse mérite d'être conservé dans le traitement de cette affection. On peut l'employer soit en poudre, soit en solution à trois pour cent. En faisant des lavages fréquents avec cette solution on pourra se dispenser de donner le médicament à l'intérieur.

Stomatites toxiques. — La plus importante est la stomatite mercurielle. En dehors de sa cause spéciale et de la nécessité de supprimer l'intoxication, le traitement se rapproche entièrement de celui de la stomatite ulcéro-membraneuse. Dans les cas légers on emploiera surtout le chlorate de potasse, on aura recours aux antiseptiques les plus énergiques et même aux solutions de sublimé dans les cas graves.

Gangrènes de la bouche. — Le noraa, aujourd'hui rarissime, est d'une gravité extrême. Les antiseptiques les plus énergiques et surtout les cautérisations profondes de tout le foyer gangréneux au thermocautère ont parfois amené la guérison.

Muguet. — On réservera le sublimé aux cas graves et tenaces de l'adulte. Dans les cas ordinaires les antiseptiques facilement maniables comme l'acide borique, la saccharine (un pour cinq cent) suffisent. Le traitement topique par les alcalins (eau de Vichy, de Vais, eau de chaux) et surtout le borax compte aussi de nombreux succès. Les collutoires au

borax seront formulés de la façon suivante en employant la glycérine et non le miel rosat fermentescible :

Glycérine neutre 30 grammes

Borate de soude 15 —

Tordens emploie aussi beaucoup le benzoate de soude à la dose de trois à cinq grammes pour trente grammes d'eau.

On n'oubliera pas que ce n'est qu'en relevant l'état général qu'on peut espérer une guérison réelle. Le muguet n'est au fond qu'un incident au milieu d'un état général grave. Chez le nourrisson, en particulier, le muguet est une indication formelle du retour à l'alimentation par le sein.

Stomatites chez les jeunes enfants. — L'allaitement sera surveillé avec soin. L'incision des gencives surdistendues sera parfois très utile. Les antiseptiques énergiques ne seront employés qu'en badigeonnages. On n'emploiera jamais l'acide phénique. On se défiera du' chlorate de potasse, cause fréquente d'intoxication.

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