DYSPEPSIES ARTIFICIELLES
morceaux trop volumineux, mal mastiqués, mal insalivés, n'en est pas moins produit.
L'irrégularité dans les heures des repas, la mauvaise distribution des heures des repas ont une influence non moins fâcheuse. Il est des dyspeptiques qui mangent d'un bout à Tau Ire de la journée et même delà nuit. Leur estomac est en digestion perpétuelle. Souvent aussi le diner du soir est trop rapproché du repas de midi ou s'il en est suffisamment éloigné il se trouve trop rapproché du coucher. Il est fréquent aussi de voir les dyspeptiques se lever tard, supprimer complètement le repas du matin ou ne faire qu'un repas du matin trop peu substantiel. Quant aux soupers, abstraction faite de leurs autres inconvénients hygiéniques, ils constituent la cause la plus rapide et la plus fréquente de dyspepsie.
Les gros mangeurs digèrent ordinairement bien où tout au moins acceptent patiemment leurs digestions difficiles. Il n'est pas rare pourtant de Couver des dyspeptiques se plaignant amèrement de leurs digestions alors qu'un régime plus frugal suffirait en quelques jours à faire cesser leurs malaises. Chez ces dyspeptiques gros mangeurs on doit toujours songer à la possibilité du diabète.
La complication soit des repas, soit des mets, le défaut de simplicité dans les menus doivent souvent être incriminés. Alors même que cette complication ne conduit pas, en excitant artificiellement l'appétit, h faire manger trop, il semble que le mélange d'aliments de toute espèce dans l'estomac constitue une condition peu favorable à la digestion. Les dyspeptiques sont assez souvent convaincus du contraire. Il n'est pas rare en effet qu'un repas de gala soit mieux digéré par eux qu'un repas simple, qu'un plat singulier, compliqué, soit également digéré facilement. Cette tolérance exceptionnelle les conduit parfois à chercher pour leurs menus de chaque jour des associations de plats, pour leurs mets des assaisonnements bizarres. Cette recherche contribue souvent beaucoup à aggraver leur dyspepsie. Les aliments doivent être aussi simples, aussi naturels, aussi simplement préparés que possible. Ce n'est pas que cette simplicité doive exclure les plus
grands soins dans leur préparation. Un changement de cuisinière suffit parfois à triompher de dyspepsies invétérées.
Tous ces détails sont bien terre à terre ; il fallait pourtant les rappeler. On doit signaler également l'influence des préoccupations, des fatigues morales pendant les repas (lecture à table par exemple). Beaucoup de dyspeptiques ont une tendance singulière à se fâcher, s'énerver au cours de leurs repas. La préparation d'un plat ou tout autre incident est la cause la plus ordinaire de ces énervements d'une violence parfois extrême. Prévenu le malade peut se défier et réagir contre cette tendance aux contrariétés, spéciale au moment des repas. Enfin la simple prescription d'un exercice modéré et sans fatigue après le repas (promenade, billard, jardinage) rendra parfois de grands services. On ne saurait défendre d'une façon absolue aux sujets qui en,ont l'habitude un somme de quelques instants après les repas. Très utile à quelques-uns cette habitude est en général nuisible.
Principales causes d'intoxication. — La mauvaise qualité, la falsification des aliments est la première, la plus fréquente des causes d'intoxication. On se défiera tout particulièrement surtout en été, des viandes et du poisson trop avancés, des légumes vieillis. On aura surtout lieu de se défier du beurre et du vin. Il est parfois si difficile d'obtenir le beurre et le vin dans des conditions de pureté suffisante que le plus simple est souvent de les supprimer entièrement du régime des dyspeptiques.
En seconde ligne, immédiatement après les intoxications alimentaires on doit placer les intoxications médicamenteuses. On est parfois effrayé de la quantité de drogues : poudres, vins, gouttes, élixirs, pilules que certains malades arrivent à prendre pour faciliter leurs digestions. Le premier soin doit être évidemment de faire cesser cet empoisonnement pharmaceutique. Le vin de quinquina, les élixirs alcooliques pris à jeun au début du repas sont ordinairement fort nuisibles. On connaît aussi les mauvais effets des prétendus .apéritifs, vermouth, absinthe, bitter qu'il serait plus juste de regarder