CHAPITRE III
Ictères et ictères graves.
Résumé clinique. 1° Ictères graves secondaires (ictères aggravés). 2° Ictères graves primitifs. 3° Ictères graves toxiques (phosphore, arsenic, alcool). 4° Ictères graves consécutifs aux interventions chirurgicales.
Traitement : 1» préventif: a). Affections hépatiques diverses; b) Ictères des nouveau-nés ; c) Ictères des jeunes enfants. 2° curatif: a) Difficulté de l'élimination des médicaments b) ; Indications générales des maladies infectieuses.
Résumé clinique. — L'ictère, si bénigne que paraisse sa cause (émotion, refroidissement, indigestion, coliques hépatiques), doit toujours éveiller la préoccupation. Si l'ictère se prolonge, s'il existe en même temps du ralentissement du pouls, des troubles digestifs marqués, un dépérissement graduel, du prurit cutané et surtout une tendance aux hémorragies même légères les préoccupations doivent être plus grandes encore. La fièvre enfin au cours d'unictère doit toujours constituer un élément d'inquiétude grave. C'est qu'en effet au cours de tout ictère, quelles que soient sa cause, son ancienneté, sa bénignité apparentes peuvent survenir tout à coup des accidents infectieux redoutables.
Le pronostic de l'ictère sera d'autant plus sérieux qu'il sera lié aune lésion du foie (cirrhose hypertrophique, cirrhose biliaire). Il sera d'autant plus sérieux que l'élimination rénale sera plus défectueuse (brightiques, alcooliques, syphilitiques, femmes enceintes).
Les accidents infectieux des ictères graves sont surtout des hémorrhagies (hématémèses, melcena, épistaxis), des troubles nerveux (hoquet, trismus, tétanos, crampes, convulsions et coma). La sécheresse de la langue, les éruptions cutanées sont
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banales. L'ictère est souvent peu intense. Le foie est ordinairement mais non toujours très diminué de volume. L'urine est très peu abondante et renferme très peu d'urée. Rien de plus variable que le pouls qui peut passer de 50 à 120 et que la température qui peut sauter de 36° à 42<> d'un jour à l'autre.
La mort est la terminaison la plus fréquente de l'ictère grave. Elle est souvent très rapide, survenant deux à troisjours après le début des accidents. Mais la maladie peut aussi se prolonger plusieurs semaines. La convalescence dans les cas de guérison est toujours longue et pénible.
Ces accidents infectieux secondaires constituent la forme la plus fréquente dé l'ictère grave. Mosé a proposé de leur donner le nom d'ictères aggravés pour les distinguer des ictères infectieux primitifs où tout éclate à la fois: ictère et accidents infectieux. Ces ictères graves primitifs frappent souvent les sujets les plus robustes. Les émotions, les fatigues, la syphilis, l'alcoolisme, mais surtout la grossesse constituent des causes prédisposantes. Ces ictères sont parfois épidémiques.
On doit mentionner enfin les ictères graves qui peuvent survenir brusquement du fait d'une intoxication aiguë parle phosphore, l'arsenic, l'alcool. L'intensité des troubles digestifs, les commémoratifs les distinguent. Le traitement a été étudié aux intoxications.
Les opérations chirurgicales déterminent assez fréquemment chez les ictériques des accidents infectieux mal expliqués et qu'on doit rapprocher des ictères graves. La possibilité de ces accidents n'est cependant pas une contre-indication absolue. Mais on doit veiller avec un soin minutieux à l'antisepsie et aux doses de chloroforme employées.
Traitement. — 1° Traitement préventif. — Le traitement même de l'ictère dépend évidemment de sa cause (simple embarras gastrique, calcul biliaire, compression biliaire, cirrhose hypertrophique). Mais quelle que soitcette cause un repos absolu, de grandes précautions contre le froid seront toujours recommandés aux ictériques. Le régime général le plus fréquent sera le régime lacté, excellent pour diminuer les toxines
ingérées et activer l'élimination rénale. On assurera l'élimination intestinale parles purgatifs, l'élimination cutanée parles frictions sèches, les bains alcalins tièdes.
L'ictère qui survient si fréquemment chez les nouveau-nés du fait du refroidissement aboutit rarement à l'ictère grave. Son traitement n'exige guère que des précautions hygiéniques. L'ictère des jeunes enfants et même la simple teinte bistrée subictérique doit toujours faire songer à la syphilis héréditaire.
2° Traitement curatif. — Dans le traitement de l'ictère grave déclaré on doit toujours songer aux difficultés de l'élimination. Le sulfate de quinine, le salicylate de soude, la digitale, l'iodure de potassium qui ont été préconisés ne seront donc donnés qu'avec prudence. Le lait, le café, l'alcool seront les principaux moyens de soutenir les forces. Au début un purgatif salin sera très utile. Un peu plus tard l'antiseptique le meilleur et le plus inoffensif paraît être le salol donné en cachets à doses de 3 et 4 grammes par jour. Les grands lavements boriqués froids donnés matin et soir sont utiles comme faiblement antiseptiques et surtout comme activant la diurèse.