SELS DE CUIVRE
6e Empoisonnement par les sels métalliques caustiques.
L'empoisonnement par le nitrate d'argent est rare. Il est peu caustique : il modifie plus les surfaces qu'il ne les détruit. Dans ce cas, on doit donner de l'eau salée.
7° Empoisonnement par les sels de cuivre : Sulfate de cuivre (vitriol bleu), vert-de-gris (acétate et carbonate de cuivre).
Si, dans ces dernières années, Faction toxique du cuivre a été mise en doute, personne ne lui a contesté son action nocive sur nos organes II est caustique et irritant des parties avec lesquelles on le met en contact, et à ce titre il nous semble nécessaire de le faire figurer parmi les poisons de la première catégorie.
De tout temps, et. dès que les vases en cuivre furent introduits dans l'économie domestique, on constata les accidents que ces récipients métalliques pouvaient produire. C'est ainsi que Moïse (Lévi tique, chap. vi, v. 28) dit que si le vaisseau dans lequel les Lévites ont fait cuire une offrande est de cuivre, il sera récuré et lavé dans l'eau. Les précautions exigées par le législateur avaient évidemment pour but d'éviter les accidents.
En 1722, Schulze dénonça le cuivre comme un poison et les travaux de Rouelle et de Thierry (1740) confirmèrent cette opinion. J.-J. Rousseau, dans une lettre à l'abbé Raynal, directeur du Mercure de France, insista longuement sur les « maladies mortelles ou habituelles » produites par le vertde-gris (1753), et Dubois, dans sa thèse, présenta un tableau vraiment effrayant des accidents qui frappaient les ouvriers chaudronniers de Yilledieu-les-Poêles, un petit bourg de Normandie. L'opinion publique s'émut, l'autorité prit des mesures, et des ordonnances rendues à différentes époques (1777, 1781, 1791, 1816) interdirent l'usage des vases de cuivre dans beaucoup de cas.
A notre époque, les expérimentateurs ont étudié l'action
POISONS CORROSIFS
des sels de cuivre. Pelikan, de Saint-Pétersbourg (1857), et ses élèves Daletzki et Szumowski ont montré que des aliments cuits dans des vases de cuivre et refroidis dans les mêmes récipients ne renferment que des traces insignifiantes de cuivre et ne peuvent occasionner d'empoisonnement. Des expériences semblables, faites par MM. Ducom et Burq, sont venues confirmer les travaux des savants russes. Enfin, les nombreuses recherches entreprises par M. Galippe ont in contestablement démontré toute l'exagération de l'opinion vulgaire qui regarde le vert-de-gris comme un redoutable poison.
Cependant, dans les statistiques judiciaires, le cuivre occupe le troisième rang comme poison. De 1851 à 1876, sur 967 empoisonnements, nous en relevons 177 par le cuivre qui ont entraîné des condamnations et même des exécutions. Cette question mérite donc un examen spécial.
Disons d'abord quelques mots des accidents professionnels produits par le cuivre. M. Chevallier (Ann. d'Hyg., 1847) admet que la préparation du vert-de-gris est sans influence sur la santé des ouvriers. C'est aussi l'avis de M. Boys de Loury. La fabrication du verdet ne présente aucun inconvénient d'après MM. Pécholier et Saint-Pierre. Beaucoup de médecins qui ont observé les ouvriers en cuivre prétendent que la colique de cuivre n'existe pas.
Le verdet et le vert-de-gris dont nous venons de parler sont des sous-acétates de cuivre1 et ils sont employés comme couleurs vertes dans la peinture à l'huile, dans la teinture en noir sur laine et pour former certains liquides comme le vert d'eau ou le vert préparé.
Le poison vulgaire est obtenu par une macération de gros sous dans du vinaigre. Il se produit de l'acétate de cuivre comme quand on laisse refroidir des liquides ou des aliments additionnés de vinaigre dans des vases
* Ce sous-acétate de cuivre ne doit pas se confondre avec le vert-de-gris qui se forme à la surface des ustensiles de cuivre, des pièces de monnaie par l'action de l'humidité, celui-ci est un hydrocarbonate de cuivre.