‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 117 sur 208 · PHOSPHORE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE

des maxillaires. C'est le mal chimique ou nécrose phosphorée. Dès 1846, M. Th. Roussel avait montré que beaucoup d'anciens malades avaient les dents cariées; plus récemment, Magitot a fait voir que tous ceux qui étaient atteints présentaient une carie pénétrante. D'autres observateurs prétendent cependant avoir observé la nécrose avec des dents parfaitement saines1.

Les^empoisonnements par le phosphore ont augmenté en France d'une façon effrayante en quelques années. Nous en relevons 311 cas, depuis 1851. Le phosphore qui ne figure sur le tableau des substances vénéneuses que depuis le décret du 8 juillet 1850 occupe le premier rang dans les statistiques criminelles. Cela tient à l'extrême facilité que l'on a de se procurer des allumettes chimiques au phosphore blanc et la pâte phosphorée ou mort-aux-rats (100 grammes de cette pâte renferment 2 grammes de phosphore, et le phosphore en nature peut déterminer la mort à la dose de 15 à 50 centigrammes).

Symptômes : Ils varient d'après la forme et les conditions de l'empoisonnement 2. Il y en a deux formes distinctes : 1° une forme suraiguë, foudroyante, qui a pour caractère de produire des phénomènes d'irritation, peu de vomissements, de l'anxiété respiratoire, des palpitations de cœur, puis un pouls petit et l'asphyxie par arrêt de la circulation. Tels sont les symptômes que l'on observe si le phosphore est pris pur, sans mélange avec des aliments solides ou liquides aérés; 2° une forme ordinaire, nettement caractérisée par des symptômes spéciaux : d'abord de la douleur épigastri-

* Voir le Rapport de M. Legouest au Comité consultatif d'hygiène publique.

2 Étude physiologique, clinique et thérapeutique du phosphore, par Lécorché. (Arch. de Phys., 1868-1869.)

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que, des vomissements, des coliques, de la diarrhée; la soif est vive, les urines rares. Après ces signes d'irritation gastro-intestinale un peu de mieux se montre, les malades se croient soulagés, il y a une rémission. Mais bientôt la cachexie se déclare et alors apparaissent de l'ictère et des hémorrhagies. Ce sont les signes des troubles de la nutrition interstitielle qui démontrent la diffusion du toxique. L'ictère se montre le troisième jour, le quatrième jour il y a une prostration générale des forces, le cœur bat vite mais faiblement. La respiration s'embarrasse ou diminue de fréquence, la température s'abaisse et des hémorrhagies se montrent sur la peau et les muqueuses (épistaxis, hémoptysie, hématurie) . Le cinquième jour l'urine est albummeuse, avec moins d'urée et de sulfates, mais beaucoup plus de phosphates et les éléments de la bile. La mort survient du septième au neuvième jour.

Lésions. — Dans la forme rapide ou nerveuse, le sang est dépourvu d'oxygène et la mort survient par anoxémie. Aussi ce liquide est noir et il présente à l'analyse spectrale la raie de l'hémoglobine réduite. Il y a parfois une inflammation de la muqueuse intestinale et des congestions dans les organes.

Dans la forme hémorrhagique, il y a de l'inflammation, parfois des ulcérations de l'intestin. Les glandes et les villosités intestinales ont subi la dégénérescence graisseuse. Le foie aussi est stéatosé. Dans les reins, les signes d'une néphrite, avec des tubes graisseux. Les muscles eux-mêmes sont atteints : les fibres musculaires plus pâles ne sont plus striées. On rencontre des hémorrhagies sur toutes les séreuses.

Recherches chimiques. — M. Martin-Damourette conseille les procédés suivants dans les trois circonstances qui peuvent se présenter : 1° On trouve des fragments ou des débris de phosphore, de la poussière de phosphore. Un de ces fragments est d'une cou-

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