‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 121 sur 208 · DIGITALE · texte numérisé non relu

DIGITALE

Avec le premier, pris à la dose de 8 à 12 grammes, on a vomissements, hyposthénie, puis mort.

A l'autopsie, des signes d'entérite et de néphrite albumineuse.

Le second produit les mêmes symptômes. Tardieu signale spécialement dans ces deux empoisonnements la couleur vermeille du sang et des tissus.

6° Empoisonnement par la digitale et la digitaline.

Il est assez rare, et se produit ordinairement par accident. Les feuilles de la plante sont confondues avec la grande consoude; il en est ainsi pour la poudre qui est jauneverdâtre. La digitaline tue à la dose de 1 à 2 centigrammes. Elle a été employée par le médecin homœopathe Couty de la Pommerais pour empoisonner Mme de Pauw.

Les symptômes sont les suivants : de la douleur épigastrique, des vomissements mucoso- bilieux, des coliques, de la diarrhée. La gorge est desséchée, la soif vive, il y a une céphalée atroce.

Puis de la prostration musculaire et cardiaque, un abattement complet ; Fi*- 55. - Digitale pourprée, le cœur se ralentit, devient intermittent et irrégulier, il y a des syncopes, et la mort par arrêt du cœur,

POISONS HYPOSTHÉNISANTS.

Les lésions anatomiques n'ont rien de spécial. On a noté une putréfaction très-lente. Il peut y avoir quelques suffisions sanguines et des points congestionnés disséminés par places dans la largeur de l'intestin. Rien du côté du cœur ou des autres organes.

L'expertise chimique fut confiée, dans l'affaire la Pommerais, à MM. Tardieu et Roussin, agrégé du Val-de-Grâce. Voici la méthode suivie par ces habiles experts. L'intestin et l'estomac furent mis à macérer dans de l'alcool concentré pendant vingt-quatre heures, à une température de 50°, puis on a filtré, lavé à l'alcool et évaporé au bain-marie. Cet extrait alcoolique (A) devait contenir le poison. On prépare ensuite un « extrait (B) provenant du traitement par l'eau distillée chaude, de l'estomac et de la moitié des intestins de la veuve de Pauw. »

Il est fait ensuite un « extrait (0) provenant du traitement alcoolique des matières grattées à la surface et dans les interstices du plancher de la veuve de Paw (partie souillée par les vomissements). » Puis un « extrait (P) provenant du traitement alcoolique des matières grattées à la surfane du parquet, dans la partie occupée par le lit et tout à fait à l'abri des vomissements. »

L'extrait 0 donna coloration verte par l'acide chlorhydrique, et brune par l'acide sulfurique. MM. Tardieu et Roussin expérimentèrent sur les animaux.

5 grammes de l'extrait 0 sont introduits dans une incision faite à la cuisse d'un chien vigoureux et dont les battements du cœur étaient de 110 par minute. L'animal a des déjections, des vomissements, de la prostration musculaire, le cœur est irrégulier et se ralentit, les battements tombent à 94, à 98, à 76 (8 heures après), à 40^18 heures après), "puis deviennent intermittents. A l'autopsie, les deux ventricules du cœur sont contractés, tandis que les oreillettes sont dilatées, les quatre cavités pleines d'un sang noir épais et coagulé. La pointe est saillante et rougeàtre. L'extrait du parquet renferme donc un poison qui a agi sur le cœur.

Un lapin sous la peau duquel on a introduit, par le même procédé, 2 grammes du même extrait, succomba avec des symptômes semblables. Mêmes lésions anatomiques.

Sur trois grenouilles on met le cœur à nu; le cœur de la première est maintenu humide; la deuxième reçoit, sous la peau du ventre, six gouttes d'une solution titrée de digitaline; la troisième une injection de l'extrait 0 étendu. Chez les deux dernières grenouilles, le cœur cesse bientôt de battre, le ventricule se contracte et l'oreille se gonfle.

PLOMB

On procède de même avec les extraits (A) et (B). L'extrait (P) des raclures du parquet non taché ne donne aucun résultat.

Troisième groupe. — Poisons stupéfiants.

Ce sont les poisons qui ont été désignés sous le nom de narcotico-âcres. Ils agissent d'une manière particulière sur le système nerveux. S'ils produisent tous une dépression spéciale de l'activité, quelques-uns y joignent une légère irritation locale, mais qui ne rappelle eg rien le mode d'action des poisons corrosifs.

Tous déterminent d'abord des malaises, des défaillances, de la céphalée, des vertiges, de la douleur épigastrique avjec vomissements, puis survient du délire, de l'agitation, des hallucinations, des troubles de la sensibilité et de la motilité. La face s'altère, souvent les pupilles sont dilatées, la respiration s'embarrasse çt la mort arrive assez vite dans le cœur ou les convulsions.

Nous étudierons dans ce groupe les empoisonnements par le plomb, la belladone et l'atropine, par les solanées vireuses, par le tabac, la ciguë. ïardieu range aussi dans cette classe les empoisonnements par le curare, les champignons, le chloroforme et l'alcool.

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