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EMPOISONNEMENT PAR LE PLOMB

De tous les métaux, le plomb est certainement celui

1 Consultez : Renaut, de V Intoxication saturnine chronique (Thèse d'agrégation, 1875). — A. Manouvriez, Intoxication saturnine locale et directe, etc. (Thèse de Paris, 1874). — René Moreau, Empoisonnement aigu par le plomb (Thèse de Paris, 1875, n° 432). — l'roust, Traité d'Hygiène publique et privée (1877). — Les ouvrages de Grisolle, de lanquerel -Desplanches, de Tardieu. — Épidémie d'intoxication saturnine, par Ducamp in Bulletin de la Société de médecine publique (1877, n° 1).

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qui porte le plus souvent atteinte à la santé de rhomme. Ses méfaits sont incalculables et ses moyens d'introduction dans l'organisme sont innombrables. Chaque jour, une nouvelle application de l'industrie nous montre un nouveau danger.

Nous allons d'abord exposer rapidement le saturnisme professionnel pour faire apprécier dans quelles conditions l'homme est exposé à cette intoxication et nous pourrons ensuite mieux comprendre l'empoisonnement aigu, qui doit être spécialement connu du médecin légiste.

Avec M. Proust, nous ramènerons à trois chefs principaux les causes de l'intoxication saturnine :

1° Le travail dans les mines de plomb; • 2° La fabrication de certaines préparations de plomb. On constate des accidents saturnins parmi les ouvriers qui fabriquent le blanc de céruse, le minium, la mine orange, la litharge, le chromate de plomb;

3° Les travaux professionnels dans lesquels le plomb est employé pur ou sous forme de préparations diverses :

Ouvriers des fabriques de plomb

de chasse.

Étameurs.

Fondeurs de caractères.

Imprimeurs.

Lapidaires.

Tailleurs et polisseurs de cristaux.

Ouvriers des manufactures de

glaces.

Potiers de terre.

Faïenciers.

Porcelainiers.

Verriers.

Vitriers.

Fabricants de poteries d'étain.

— d'émaux de toute nature.

Ouvriers travaillant à la contre oxydation du feu.

Fabricants de verre mousseline.

Doreurs sur bois et sur laque.

Teinturiers employant le sucre de plomb.

Ouvriers préparant certains vernis (noir d'imprimerie).

Peintres en bâtiments.

— en voitures.

— en décors, lettres et at-

tributs.

— sur porcelaine.

— et vernisseurs sur mé-

taux.

Broyeurs de couleurs.

Fabricants de papiers peints.

— de cartes d'Allema-

gne.

de cartes glacées.

de bûches.

de cosmétiques.

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Fabricants de soldats de plomb .

Dessinateurs en broderie.

Ouvriers en dentelles.

— en soie.

Couturières.

Ouvriers travaillant à l'alpaga anglais.

Ouvriers travaillant aux boîtes de conserves de la marine.

Ouvriers travaillant aux métiers à la Jacquart.

Chauffeurs et mécaniciens.

Cardeurs de crin.

Tisseuses de coton.

' Dévideuses de laine colorée en orange.

Pharmaciens, j Gantiers.

Parfumeurs.

Ceinturonniers.

Affmeurs.

Marteleurs de plomb.

Fondeurs de plomb.

— de cuivre.

— de bronze.

Ferblantiers.

Bijoutiers, joailliers.

Orfèvres.

Le plomb pénètre dans l'organisme par quatre voies : le tube digestif, les voies aériennes, la peau, les muqueuses. Dès qu'il est absorbé, il se mêle momentanément au sang, une partie est plus ou moins vite expulsée par les divers émonctoires, l'autre se fixe dans les tissus (foie et tissu osseux). Il s'élimine par le foie et surtout par les reins, d'où albumiuride saturnine (Ollivier), il se produit une néphrite interstitielle atrophique qui, d'après Gubler, serait consécutive à l'altération primitive du sang. Les effets constatés dans l'intoxication chronique sont les suivantes :

Du côté du système circulatoire : Les globules du sang sont moins nombreux, mais plus résistants et plus volumineux ; le cœur est souvent atteint dans sa fibre musculaire, la systole est modifiée, le tracé sphygmographique montre que la pulsation est tricrote ou polycrote ; la tunique musculaire des petits vaisseaux est dans un état semblable, aussi la peau des saturnins est pâle et anémique, sans sueurs ; peut-être en est-il de même dans les veines profondes des membres, ce qui occasionnerait les douleurs arthralgiques ou myalgiques.

Du côté des voies digestives : Dans la bouche, liséré saturnin, des plaques ardoisées ou noirâtres que M. Gubler appelle le tatouage des lèvres et des joues; troubles dans les fonctions digestives, anorexie, constipation, souvent coliques» dyspepsie, action sur le foie (il s'y concentre dès le début, d'après Gl. Bernard; M. Potain a signalé dans cet organe des

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variations de volume qui aboutissent à une rétraction permanente quand l'individu est cachectique).

Du côté du poumon : Un asthme saturnin aigu ou chronique (Duroziez, Lewy) caractérisé par une dyspnée extrême.

Du côté de la peau: Teinte plombique, frissonnement prolongé, fourmillements et pas de sueurs, de l'ictère. D'après Gubler, quand il y a ictère saturnin, on trouve alors sûrement une urine hémaphéique. Les accidents,qui suivent sont pour ainsi dire secondaires et dénotent une intoxication plus profonde.

Du côté du cerveau et des nerfs : Le plomb s'accumule dans le cerveau, cet organe est comme hypertrophié, la substance grise est pâle et anémique. Encéphalopathie (forme comateuse, délirante, convulsive, mixte), puis des troubles delà sensibilité générale : anesthésie, hémianesthésie, des phénomènes ataxiques.

Du côté des organes des sens : L'ouïe, le goût, la vue, sont atteints.

Du côté des mouvements, des membres : Les membres affectés sont fléchis (paralysie des extenseurs), rarement les deux membres d'un même côté sont affectés en même temps; il y a des contractions, des tremblements (thèse de Lafont, Paris 1869); un épiphénomène aigu qui est comme la colique des articulations, c'est l'arthralgie saturnine (douleurs violentes dans les jointures, la peau, les muscles); la tumeur dorsale de la main (Gubler); des accidents du côté du système osseux (périostites, caries, nécroses).

Du côté de V utérus : Il agit sur les fibres musculaires lisses de l'utérus et provoque l'expulsion prématurée du fœtus (G. Paul), d'où la fréquence des avortements chez les ouvrières qui manient les composés de plomb, principalement les polisseuses en caractères*

Empoisonnement aigu. — Êtiologie.

Il est connu depuis bien longtemps t . Nicander a décrit l'empoisonnement par la céruse, un siècle avant h C, mais c'est seulement à notre époque que l'action nocive du plomb a été bien appréciée. Orfîla en faisait

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un poison irritant ; Rognetta le rangea parmi les hyposthénisants.

Les sels solubles sont ceux qui produisent ordinairement les empoisonnements, mais tous les composés saturnins après leur ingestion peuvent occasionner les mêmes accidents, le plomb en nature même, ainsi que je F ai observé.

Les composés qui ont le plus souvent déterminé l'empoisonnement sont le sous-acétate de plomb liquide, soit pur (extrait de Saturne), soit additionné d'eau (eau blanche, de Goulard, végéto-minérale), puis l'acétate neutre de plomb ou sucre de Saturne et le carbonate. C'est sous ces deux dernières formes qu'il se trouve dans les boissons ; dans l'eau, il est à l'état de carbonate (accidents de Claremont sur la famille de Louis-Philippe, décrits par le docteur H. Gueneau de Mussy, en 1848).

Rarement ce sont des crimes (Moreau en cite cinq cas), quelquefois des suicides (avec un ou deux verres d'extrait de Saturne), le plus souvent ce sont des empoisonnements par erreur, par imprudence, par accident; ainsi, ce sont des aliments ou boissons mis en contact avec du plomb (vases vernis ou étamés), des grains de plomb laissés dans les bouteilles ou dans du gibier que Ton fait mariner ; de la litharge est mise dans le cidre ou le vin pour les adoucir ; dans les bonbons, pains à cacheter, couleurs, jouets d'enfants coloriés par la céruse ou le chromate de plomb; en 1875, M. G. Bergeron a constaté sur vingt-six personnes des accidents graves (deux succombèrent), qui firent d'abord croire à une épidémie de fièvre typhoïde et qui étaient causés par du chlorure de plomb se trouvant dans la saumure destinée à conserver le beurre.

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Dans ces conditions, le plomb n'est absorbé qu'en petite quantité et ce n'est ordinairement qu'après un certain temps qu'on voit apparaître des accidents qui sont ceux de l'intoxication saturnine chronique. Mais dans quelques cas on observe des empoisonnements aigus. La dose mortelle serait pour l'homme de 0,50 à 1 grain d'acétate de plomb.

J'ai observé des symptômes très-graves après l'ingestion du plomb en nature 4. C'était un terrassier de Sétif (Algérie), qui, sur les conseils d'un de ses camarades, avala une charge de grains de plomb (n° 4), sous le prétexte « de se rincer et de se nettoyer comme une bouteille ». Les accidents commencèrent le 5e jour : douleur épigastrique , constipation. Le 7e jour, les coliques furent d'une violence inouïe, le malade se tordait sur des matelas placés à terre ; on sentait une tumeur dans l'hypocondre gauche ; le visage s'altère, les extrémités se refroidissent, le ventre est douloureux. Le 8e jour, le liséré se montre à la mâchoire inférieure, près des petites molaires, la constipation persiste, le ventre est très-douloureux, les coliques sont atroces, on craint que le malade ne succombe. Le lendemain le malade eut une selle assez abondante, liséré trèsmarqué, selles moins fortes. Le 12e jour, le malade n'a plus de coliques ; on n'a pas trouvé de grains de plomb dans les selles ; il quitte brusquement l'hôpital.

Symptômes : D'abord goût douceâtre et sucré, puis métallique, bientôt sensation de brûlure dans la bouche, la gorge et l'estomac; le creux épigastrique est trèsdouloureux ; alors apparaissent des nausées et des vo-

1 Voir une observation à peu près semblable : Empoisonnement par 10 onces de plomb, in Gazette Médicale, 1838, p.,104, et thèse de Moreau.

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missements. Parfois la langue est tuméfiée; il y a du liséré gingival (après 12 heures — 24 heures après (Taylor) — dans mon observation le 8e jour). L'abdomen est souvent rétracté et dur, rarement ballonné ; coliques et constipation ; un peu d'oppression ; la figure est pâle, les lèvres livides, les yeux hagards et abattus; les extrémités froides; le pouls petit, puis des convulsions ou du coma avant la mort.

Résultats anatomo -pathologiques : Les autopsies à la suite d'empoisonnement aigu sont très-rares (Moreau en relève 7). Rien de caractéristique du côté des voies digestives. Dans l'estomac assez souvent de la bile, parfois le liquide toxique, du sang. Orfila avait indiqué des points blancs formant comme des traînées sur la muqueuse stomacale ; mais d'après Moreau, c'est là un signe qui n'est pas constant, ou difficile à reconnaître. Sur la muqueuse gastro-intestinale des arborisations vasculaires, des taches ecchymotiques ou des suffissions sanguines. Pour les reins, surtout dans la forme chronique, les signes d'une néphrite interstitielle atrophique. Rien au cœur; le sang est souvent fluide et couleur lie de vin foncé; aux poumons des ecchymoses sous-pleurales possibles (Moreau). Le cerveau est de consistance dure, d'une coloration blanche mate, avec aplatissement ou effacement de ses circonvolutions.

Recherches chimiques. — On traite les matières organiques par acide sulfurique. Dans le résidu charbonneux est du sulfate de plomb que l'on met en contact avec acide tartrique, puis on fait passer un courant d'acide sulfhydrique, d'où précipité noir de sulfure de plomb, avec l'iodure de potassium précipité jaune. Pour constater le plomb dans un liquide (vin, cidre, vinaigre), on y verse de l'acide sulfhydrique, on recueille le sulfure de plomb; on le traite par de l'acide azotique, d'où azotate de plomb que l'on réduit sur le charbon au moyen du chalumeau (globules métalliques).

Traitement. — Des vomitifs pour faire rejeter la substance toxique; on peut même employer la pompe stomacale. — Puis de la limonade sulfurique ou les

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sulfates de soude, de magnésie qui purgent et précipitent îe plomb. On a conseillé le lait, l'eau albumineuse, la noix de galle. Dans la convalescence on a donné Piodure de potassium ; il vaut mieux le bromure de potassium (Gubler), qui est d'ailleurs excellent pour combattre les symptômes nerveux.

2° Empoisonnement par la belladone et l'atropine. C'est le type des poisons stupéfiants. Les empoisonnements résultent ordinairement d'une erreur : ce sont

Fig. 36. — Belladone.

des enfants qui ont mangé des baies, des malades qui ont avalé un collyre renfermant de l'atropine, etc. Les symptômes se montrent assez vite. Il y a sèche-

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