STRYCHNINE
miquier), dans la fève de Saint-Ignace (graine d'un arbre de Manille).
Cet empoisonnement est ordinairement, en France, la suite d'un accident ou d'une erreur thérapeutique. Tardieu ne cite qu'un cas d'empoisonnement criminel, qui a été jugé en 1865 devant la Cour d'assises de la Seine-Inférieure. Depuis 1851, nous trouvons 5 empoisonnements par la noix vomique et 8 par la strychnine. En Angleterre, il est plus fréquent. M. Gallard, qui a très-bien étudié cet empoisonnement (Ann. dliyg., 1865), en rapporte plusieurs cas, ainsi que des suicides et des accidents survenus grâce à la propagation d'une mort-aux-rats (Battle's vermin Killer) que l'on peut facilement se procurer. On connaît les débats retentissants de l'affaire Palmer en 1855. Devant la justice de Berne, en 1864, le Dr Dernme fut traduit pour un empoisonnement par la strychnine.
Les symptômes se succèdent rapidement. Ce sont des phénomènes d'excitation générale : des mouvements, de l'horripilation, delà roideur des muscles masticateurs, puis des secousses musculaires et des douleurs fulgurantes. La peau est le siège de fourmillements, il y a des démangeaisons dans le cuir chevelu, des bourdonnements d'oreilles, des éblouissements. Puis des convulsions tétaniques, de l'opisthotonos ; la face est pâle, l'intelligence conservée; la respiration s'arrête. Après cinq ou six accès, la mort arrive rapidement.
Comme lésions anatomiques, congestion du cerveau et de ses membranes, parfois hémorrhagie méningée. On a trouvé un ramollissement et une désorganisation de la moelle congestionnée. Le plus souvent le cœur est vide et. contracté ; il y a d'ailleurs persistance et intensité de la rigidité cadavérique.
ACIDE PRUSSJQUE.
La strychnine isolée par l'alcool, se colore en violet par l'action de l'acide sulfurique et du bichromate de potasse.
Traitement. — M. Gallard recommande les vomissements énergiques, puis la teinture d'iode ou le tannin, le chloroforme et les préparations d'aconit. M. Martin-Damourette conseille d'essayer l'injection de ehloral dans les veines.
2° Empoisonnement par l'acide prussique.
C'est le type de l'empoisonnement foudroyant. Le
Fig. 41. — Laurier-cerise.
chimiste Scheele a succombé après quelques respirations d'acide cyanhydrique.
Il y a eu beaucoup d'empoisonnements produits par l'acide cyanhydrique médicinal (1 partie d'acide pour 9 parties d'eau), par l'eau de laurier-cerise (0,05 d'acide cyanhydrique pour 100 grammes d'eau distillée de laurier- cerise), par le cyanure de potassium (trèstoxique).
Symptômes. L'inhalation de cet acide produit la
CAINTIIARIDES.
mort instantanée par arrêt du cœur. Quelques minutes après l'ingestion, Ja mort survient : convulsions toniques et cloniques violentes, respiration pénible et saccadée, fortes palpitations, évacuations involontaires, pâleur et refroidissement du corps, pupille dilatée, écume sanglante à la bouche.
Lésions anatomiques. — Ce serait un poison du globule sanguin, d'après Sée; un poison anoxémiant, d'après M. Gubler. Il y a une rigidité cadavérique remarquable, une odeur d'amandes amères dans les organes qui sont congestionnés . Le sang a été trouvé rouge cerise et Y analyse chimique y a constaté l'acide prussique libre. On l'a recherché en distillant par la méthode de Mitscherlich. Le liquide distillé additionné de potasse donne un précipité bleu par le sulfate ferroso-ferrique.
5° EMPOISONNEMEKT PAR LES CAJNTHARIDES.
Il est assez fréquent. Dans la statistique criminelle de 1851 à 1876 nous en relevons 53 cas. On peut ajouter à ceux-là les empoisonnements volontaires et accidentels. Les cantharides ont depuis bien longtemps une réputation aphrodisiaque et elles servent en outre dans les tentatives d'avortement.
Les cantharides sont administrées en poudre. (Celle-ci formée par les élytres pulvérisées de l'insecte, entre dans la composition de la pommade épispastique). Elles servent aussi à préparer les teintures alcooliques (au huitième), éthérée ou acétique, et les pastilles ou liqueurs dites du sérail qui se vendent comme phil-
Fig. 42 — Cantharide.
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très amoureux. La cantharidine, qui est le principe actif, tue à la dose de 5 centigrammes ; il faut de 5 à 8 grammes de poudre pour produire des accidents mortels.
Symptômes : Les effets varient avec le mode d'administration. Même avec le vésicaloire, on observe de l'excitation circulatoire et nerveuse, l'irritation des voies urinaires par où s'élimine la substance et même de l'irritation de la peau, d'où éruptions.
A dose toxique, il y a douleur à l'estomac, sentiment de brûlure, vomissements, gastrite, diarrhée, puis de la céphalée, la face est rouge, les yeux brillants, chaleur des organes sexuels, dysurie, urine rare, sanglante; ténesme. Le priapisme est incessant et douloureux; les phénomènes nerveux augmentent, il y a du délire, des convulsions générales, du spasme du pharynx, de l'insensibilité et du coma.
Lésions anato iniques . — Signes de gastro-entérite; inflammation des voies urinaires, depuis l'urèthre jusqu'au bassinet; pénis, souvent gangrène et corps caverneux gorgés de sang. Cerveau injecté.
Traitement. — Vomitifs, purgatifs, bains prolongés, narcotiques à haute dose.
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Dans les chapitres précédents et à propos des différents genres de morts nous avons, pour chacun d'eux, indiqué les signes diagnostiques spéciaux qui permettent de supposer que l'individu s'est suicidé. Nous n'avons pas à les répéter ici. Il nous reste à montrer par quelques résultats statistiques l'importance de cette question dans les expertises médico-judiciaires.
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Mais d'abord, essayons, s'il est possible, d'apprécier les causes générales qui peuvent déterminer un individu à attenter à ses jours, à détruire sa vie.
Détruire, c'est écarter les obstacles qui s'opposent à la réalisation d'un désir. L'instinct qui nous y porte et qu'on peut appeler l'instinct de la destruction, devient chez l'homme l'instinct du meurtre quand l'obstacle est un de ses semblables, et le penchant au suicide, quand il rencontre l'obstacle en lui-même. Poussé par un mobile puissant, ordinairement égoïste, l'instinct destructeur se tourne alors contre celui de la conservation personnelle. On se détruit pour échapper à une douleur trop vive, à une blessure de la vanité ou de l'orgueil, aux tortures de la jalousie, quelquefois aux souffrances d'un attachement brisé. En tous cas le suicide est le résultat du désespoir.
C'est ce qu'avait admirablement compris Dante, lorsqu'il plaça les suicides parmi les violents, entre les violents contre le prochain et les violents contre Dieu [Enfer, liv. XIII). C'est dans le septième cercle qu'il nous montre ensemble les tyrans et les voleurs de grande route baignant dans le sang, les âmes des suicidés enfermées dans des troncs d'arbre, les blasphémateurs, couchés sur un sol brûlant, la face tournée vers le ciel et exposés à une pluie de feu.
Le suicide a existé de tout temps, mais avec une fréquence différente dans les divers milieux sociaux et d'après l'influence que la collectivité avait sur la vie individuelle. C'est ainsi qu'il a été à peu près inconnu des Hébreux pendant de longs siècles : les juifs n'ont commencé à se suicider qu'au douzième siècle après les persécutions dont ils ont été l'objet.
En Grèce, le suicide eut ses partisans ; et des philo-
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sophes, de grands citoyens quittèrent ainsi la vie. A Rome, sous l'influence des stoïciens, on rendit le fameux décret : Mori licet cui vivere non placet.
Même chez les anciens, nous trouvons des mobiles semblables à ceux que nous constatons de nos jours. Quelques-uns se tuent pour une grande idée, pour la patrie ; mais c'est que la constitution de la société et de la famille était bien différente de ce qu'elle est à notre époque où on constate, au contraire, l'intervention de soucis personnels et de chagrins domestiques.
Pendant tout le moyen âge et jusqu'au douzième ou treizième siècle, les suicides furent très-rares ; mais à cette époque, il y eut un réveil et comme une fermentation. Le suicide se montra à l'état épidémique et il frappa même dans les couvents : c'était une maladie que les moines appelaient acedia et qui n'était autre que letœdium vitœ si bien décrit par Sénèque.
Plus tard, le suicide eut ses approbateurs en France dans Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Rousseau. A notre époque ils augmente d'année en année, et il semble même qu'à mesure que les suicides sont plus nombreux, ils sont provoqués par des motifs moins graves. Il est certain que nous devenons des délicats, presque des cérébraux, et que la proportion des suicides ira croissant jusqu'à ce qu'une forte éducation morale ait donné à chacun la conviction et le besoin d'accomplir des devoirs sociaux. Quand l'équilibre cérébral vient à se rompre, c'est en général sous l'influence de la prédominance des instincts personnels et au détriment des intincts nobles et généreux.
Les tableaux statistiques que nous allons reproduire montrent les différents côtés de la question : nous emprunterons ces chiffres à la statistique judiciaire. Ils
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ne renferment que les suicides suivis de mort, officiellement constatés et connus de l'autorité, il faudrait y ajouter ceux qui échappent à ses recherches et les nombreuses tentatives qui se produisent chaque année.
Le tableau suivant montre qu'en cinquante ans, en France, le nombre des suicides a plus que triplé.
De 1826 à 1850 il était, en moyenne, de. . 1,739
Le chiffre de 5617 relevé en 1874 est le maximum atteint : il y a eu donc cette année-là, en moyenne, 46 suicides par jour, suivis de mort et connus de l'autorité.
Le dernier Compte rendu de V administration de la justice criminelle en France publie les renseignements suivants :
Le nombre des suicides dénoncés, en 1875, au ministère public, 5,472, est inférieur de 145 à celui de 1874 et de 55 à celui de 1873 ; mais il est supérieur de 197 au chiffre de 1872. En tenant compte des oscillations inévitables d'une année à l'autre, on peut donc dire que les suicides restent dans un état stationnaire.
4 suicides sur 5 sont commis par des hommes.
En adoptant pour indiquer l'âge des suicidés la "division appliquée aux accusés, on trouve les groupes suivants :