‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 186 sur 208 · ACCUSÉS · texte numérisé non relu

ACCUSÉS

Années»

Accusations.

Femmes.

Hommes.

Total.

Acquittements,

Moyenne

annuelle.

Le crime a le plus souvent lieu dans les populations rurales et à toutes les époques de l'année. Ainsi que le dit M. Tardieu, ce sont des servantes ou des domestiques dans les villes qui se rencontrent en plus grand nombre parmi les accusés. C'est parmi les accusés d'infanticide que l'on trouve le plus d'individus à peu près complètement illettrés. On en compte 83 sur 100 de 1826 à 1850 et 79 pour 100 dans les quinze dernières années.

DE L'INFANTICIDE

Au point de vue de la répression, nous remarquons que ce crime offre une très-forte proportion d'acquittements. Les dernières statistiques sembleraient montrer que de 1865 à 1875 les acquittements ont été plus rares que de 1851 à 1865 : dans la première période (1851 à 1861) il y avait à peu près 374 acquittements sur 1000; dans la seconde nous n'en constatons que 331 .

Ajoutons enfin d'après les statistiques de Taylor en Angleterre, de Casper à Berlin et de Tardieu à Paris, que dans les capitales, et peut-être dans toutes les grandes villes, les autopsies des nouveau-nés forment à elles seules le quart de toutes les autopsies légales.

Comme nous l'avons déjà dit, l'infanticide étant le meurtre c'est-à-dire l'homicide volontaire d'un enfant nouveau-né, l'expert aura donc à rechercher des preuves de la vie de l'enfant au moment où il a été homicidé et les blessures ou moyens employés pour donner la mort.

D'après M. Tardieu, on peut diviser en six groupes les points principaux à éclaircir.41 faut : 1° établir l'identité de l'enfant nouveau-né ; 2° montrer qu'il a vécu ; 5° établir les causes de la mort ; 4° l'époque de la mort ; 5° les conditions physiques et morales dans lesquelles se trouve la femme accusée d'infanticide ; 6° établir les circonstances du fait.

Nous ne pouvons adopter une pareille division, ayant déjà, dans de précédents chapitres, répondu à quelquesunes de ces questions. Dans les expertises, nous distinguerons : 1° les questions relatives à la mère; nous les avons vues précédemment à propos de la grossesse et de l'accouchement ; 2° les questions relatives à V enfant ; celles-ci peuvent être réduites à trois :

L'enfant est-il nouveau-né?

A-t-il vécu?

PREUVES

Quelles sont les causes de la mort?

Nous avons déjà étudié les caractères qui permettent d'affirmer qu'un enfant est nouveau-né; il ne nous reste plus qu'à donner les preuves de la vie de l'enfant et les causes de sa mort.

PREUVES DE LA VIE DE i/ENFANT.

U n'est pas nécessaire, pour établir l'infanticide, de savoir combien de temps un enfant a vécu, mais seulement s'il était vivant au moment ou le crime a été commis.

Les preuves de la vie du nouveau-né sont données par deux sortes de signes : les uns montrent que l'enfant a respiré, les autres qu'il y a eu circulation du sang et, dans les cas de blessure, coagulation du sang exlravasé. Chez des nouveau-nés faibles, la respiration s'établit difficilement et il est alors nécessaire d'étudier la circulation sanguine. La preuve la plus importante est fournie par l'examen de l'appareil respiratoire. 11 y a deux sortes de recherches : Y examen physique des poumons , la docimasie hydrostatique.

Tardieu a montré qu'il n'y avait pas de signes précis à tirer du volume du thorax. En général, si l'enfant a respiré, il est bombé, sonore^ le ventre et l'ombilic sont saillants. On procédera à l'examen des poumons, en ouvrant seulement la cavité thoracique et en mettant à nu le cœur, les poumons, les gros vaisseaux de la base du cœur, le thymus, une partie de la trachée artère et le larynx. L'examen général des parties peut donner certaines présomptions.

Chez les mort-nés, les poumons sont petits et rapprochés des gouttières vertébrales. Chez ceux qui ont

DE LA VÏE DE L'ENFAST.

respiré, ils sont volumineux et recouvrent le cœur, et dans les cas d'asphyxie on constate que le cœur droit est gorgé de sang, les vaisseaux remplis. Si la putréfaction a commencé, on remarque des bulles de gaz dans les vaisseaux et le thymus.

Pour l'examen des poumons eux-mêmes, après avoir noté leur situation, il faut signaler leur apparence extérieure, leur structure, leur poids, leur volume.

La couleur, ainsi que le montre notre planche, est uniformément d'un brun foncé, ou rouge lie de vin chez le mort-né. Elle est d'un rose vif, parfois rouge, d'une teinte nuancée et comme marbrée chez l'enfant qui a vécu. Le poumon à l'état fœtal a une surface lisse, sans lobules distincts ; le poumon qui a respiré présente une surface lobulée et partagée en cellules polygonales distendues par l'air. Dans le premier cas, le poumon est spongieux et compacte, dans le second, il est vésiculeux et nacré ; à la coupe, le poumon qui a respiré laisse écouler de l'écume et l'on sent comme une sorte de froissement.

Après la respiration, le poids des poumons augmente. D'après Ploucquet, tous les auteurs ont répété que le rapport du poids du poumon avec celui du corps était de 1 à 70 pour le poumon n'ayant pas respiré et double pour^e poumon ayant respiré1. Casper a montré que les différences sont bien plus faibles et qu'il n'y avait pas lieu de tenir compte de ce signe.

L'épreuve réellement décisive et importante pour savoir si l'enfant a respiré est l'expérience appelée clocimasie pulmonaire ou hydrostatique. Voici comment

i Cornil pense que vers le sixième mois l'air ne peut pénétrer que dans les bronches, sans pouvoir, à cause de leur structure anatornique, distendre les vésicules.

PREUVES

on la pratique : après avoir incisé la trachée-artère pour voir si elle contient du sang, de l'eau ou de l'écume, on saisit avec les pinces l'extrémité supérieure du larynx, puis on sépare la trachée de la colonne vertébrale et on la détache de haut en bas avec toute la masse des organes contenus dans le thorax. On les porte aussitôt dans un vase plein d'eau à la température ordinaire, dans un seau ordinaire, par exemple.

On constate alors que la masse va au fond de l'eau ou qu'elle surnage. Selon le cas, on a déjà des présomptions.

La surnatation peut être très-nette, ou bien l'ensemble des organes reste entre' deux eaux. La surnatation, c'est-à-dire la diminution de densité, peut tenir à la respiration naturelle, à un commencement de décomposition qui a produit des gaz putrides, à une insufflation pratiquée chez un enfant en état de mort apparente.

S'il y a eu respiration normale, les poumons ont les caractères déjà signalés; en outre, des fragments de poumons, pressés sous l'eau, remontent à la surface, car il n'est pas possible d'exprimer complètement tout l'air que la respiration y a introduit.

Dans les cas d'emphysème putride, qui d'ailleurs se produit assez tardivement, à moins q"ue le corps n'ait séjourné dans l'eau, quand on presse sous l'eau des fragments de poumon, on exprime à peu près tous les gaz, et les morceaux de poumon tombent au fond du vase. Au microscope, on pourrait constater que les gaz se trouvent en dehors des vésicules. ^ Quant à l'insufflation naturelle, nous n'en parlons que pour mémoire ; il est bien évident que cette opération suppose l'assistance et les soins empressés qu'on ne trouve pas dans les circonstances ordinaires de

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