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IV. DE LA SUBMERSION

La mort par submersion se produit quand un individu ayant la tête plongée dans un milieu liquide quelconque, l'air atmosphérique ne peut plus pénétrer par les ouvertures naturelles.

Il n'est donc pas nécessaire que tout le corps soit dans l'eau ou le liquide. On a vu se noyer dans des mares à peine profondes des ivrognes ou des épileptiques dont la face seule était dans l'eau ; on a constaté le même genre de mort sur des nouveau-nés dont la tête seule plongeait dans un vase contenant un peu d'urine.

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La mort, dans tous ces cas, arrive, dit-on, par congestion cérébrale, par syncope, par asphyxie. Il faut tenir compte de la température de l'eau, de l'état des voies digestives (digestion commencée , ivresse) , de l'état moral de l'individu au moment où l'accident a eu lieu (frayeur, lutte, etc.).

La constitution du sujet, son âge ont une grande importance. Haller, Buffon et P. Bert ont montré la résistance des nouveau-nés à l'asphyxie. P. Bert l'explique par la différence de résistance vitale entre les éléments anatomiques à ces deux âges. De même, tous les sujets chez lesquels les phénomènes chimiques de la nutrition se font avec intensité résistent moins facilement. Les individus affaiblis par la maladie présentent, au contraire, une résistance relative. Les recherches de P. Bert ont encore montré que plus la température du liquide est élevée, moins les animaux résistent. Pour Bergeron et Montano 4, dans un grand nombre de cas de submersion, il se produit une syncope consécutive à l'excitation des nerfs cutanés.

Signes généraux de la mort par submersion. — Il

n'existe pas de signes pathognomoniques de ce genre de mort, mais on peut être certain que, dans la plupart des cas, il sera possible de dire si la submersion a eu lieu pendant la vie ou après la mort. Il faudra tenir compte d'un ensemble de signes et, comme nous l'avons fait dans les chapitres précédents, rechercher les lésions externes et les lésions internes.

a. Lésions externes. On a dit que les cadavres de noyés étaient particulièrement froids et pâles. Si le cadavre est resté peu de temps sous l'eau, la peau est décolorée et elle présente très-nettement le phénomène de la chair de poule ; la face est pâle, les yeux fermés,

1 Recherches expérimentales sur la mort par submersion, in Ann. d'hygiène, etc., 1877.

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et, s'il y a eu asphyxie, on voit de l'écume sortir de la bouche ; la langue est proéminente ou derrière les maxillaires; les parties génitales externes de l'homme, surtout le pénis, sont raccourcis et comme ratatinés; il peut y avoir du sable et de la vase sous les ongles.

Si le cadavre a séjourné quelque temps dans l'eau, ainsi que nous l'avons indiqué (p. 477), la putréfaction suit une marche particulière. Elle commence par la face, le sternum et la partie inférieure du cou et s'étend ensuite aux côtés de la poitrine, aux épaules, aux parties latérales du ventre, aux aines, aux cuisses et aux avant-bras. 11 faut tenir compte, bien entendu, de la saison pendant laquelle se produisent ces phénomènes.

b. Lésions internes. Celles-ci sont en rapport avec le degré de putréfaction. Si la submersion est récente, on peut trouver un ensemble de signes assez caractéristiques. Ils montrent que la mort a eu lieu par asphyxie, que cette asphyxie s'est produite dans Feau.

On doit les rechercher principalement dans les poumons, le cœur, l'estomac.

L'épiglotte est le plus souvent verticale ; le diaphragme est relevé ou abaissé; la trachée est rouge et injectée ; il y a une écume fine et blanchâtre, rarement sanguinolente. Cette mousse montre que la submersion a eu lieu pendant la vie ; elle se rencontre dans les bronches et la trachée, et dans cette dernière même, alors que l'individu n'est pas venu respirer à la surface de l'eau. Les poumons, de couleur variable, sont d'une coloration uniforme chez ceux qui ont succombé à la syncope ; très-volumineux et comme boursouflés, ils se pressent contre les parois ; ils ne crépitent pas, mais sont spongieux. A la coupe, les parties sont plus ou

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moins hyperémiées, la mousse s'écoule ; c'est un liquide très-aéré, peu coloré, mais qui présenterait une coloration spéciale et caractéristique si la submersion avait en lieu dans de l'urine, du jus de fumier, etc.

MM. G. Bergeron et Montano, dans leur excellente étude sur la submersion, nous semblent avoir trop nettement affirmé certains caractères de la mort par submersion. D'après eux, l'existence d'une écume mousseuse, non-seulement dans F arrière-bouche et le larynx, mais dans les bronches, est le signe constant de la mort par submersion; il y a toujours un certain degré de congestion et quelquefois des ecchymoses sous-pleurales ; ces derniers signes sont d'autant plus accusés que le noyé a fait plus d'efforts pour lutter contre la submersion. Ces auteurs ajoutent encore que ces ecchymoses qui donnent aux poumons un aspect tigré n'ont jamais l'apparence des ecchymoses ponctuées de la suffocation. Nous ne pouvons partager cette opinion. M. Girard (de l'Isère) a montré que les ecchymoses sous-pleurales, péricardiques, péricraniennes pouvaient se montrer dans la mort par submersion. Nous avons rencontré des ecchymoses sous -pleurales très-nettement caractérisées, à une autopsie de noyé faite en juillet dernier. Nous ajouterons que dans plusieurs autopsies de noyés nous n'avons pas trouvé d'écume.

Du côté du cœur, les lésions de l'asphyxie sont trèsaccusées* les cavités droites sont gorgées, le sang est fluide et rosé. D'après Bergeron et Montano, lorsque la mort a eu lieu par syncope prédominante, le cœur est ordinairement presque vide, et le sang, contenu alors dans les oreillettes, est noir et fluide.

Presque toujours, les individus qui se noient avalent

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une certaine quantité d'eau. Mais celle-ci ne peut être cependant une preuve de la submersion pendant la vie, car l'individu pouvait avoir avalé de l'eau avant l'accident. L'eau pénètre difficilement dans l'estomac après la mort. Aussi, comme pour les poumons, la présence d'un liquide spécial ou particulièrement coloré devient alors caractéristique.

Il est bien démontré par les expériences des auteurs anglais et de Tardieu que, même lorsque l'individu a été enfoui ou noyé après la mort, on peut retrouver des débris pulvérulents ou liquides jusque dans les bronches. Casper, il est vrai, soutient le contraire, et dit que la déglutition est un acte essentiellement vital. Il faut donc, dans les expertises médico-judiciaires, tenir compte du temps que ces débris ont mis à pénétrer, de leur quantité, de la profondeur à laquelle on les rencontre. De même, si l'accident a eu lieu pendant la vie, tous ces éléments de la question donnent la mesure des efforts et de la résistance de la victime.

Il peut y avoir, comme dans toute asphyxie, congestion du cerveau, des reins, du foie. Cette congestion s'efface, d'ailleurs, avec la putréfaction.

Les progrès d'une putréfaction, plus ou moins ra^pide avec la saison, font disparaître l'écume ; la trachée devient d'un rouge-brun foncé ; le diaphragme est fortement poussé en haut par les intestins distendus; l'estomac se vide et les poumons sont comprimés; le sang se décolore et teinte les parois du cœur.

Questions médico-judiciaires et règles de l'expertise.

— Les magistrats doivent savoir que la putréfaction des noyés sortis de l'eau est excessivement rapide, surtout en été, et faire procéder aussitôt que possible à

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l'autopsie , s'ils la croient nécessaire. C'est le seul moyen de tirer utilité de cette opération.

Les questions posées par le magistrat instructeur au médecin se réduisent, en général, aux trois propositions suivantes :

La submersion est-elle la cause de la mort?

La submersion est-elle la conséquence d'un accident, d'un suicide, d'un homicide?

Depuis combien de temps cette submersion a-t-elle eu lieu ?

Dans tous les cas, l'expert doit procéder, comme nous l'avons indiqué, à propos de la levée de corps (p. 188). Il note dans quelles conditions cette submersion s'est produite , l'état des lieux, la profondeur de la nappe d'eau, les conditions de la température, etc.

L'ensemble des signes externes ou internes que nous avons indiqués permet de dire si la submersion a eu lieu pendant la vie. L'examen des vêtements, de la surface du corps, prouvent parfois qu'il y a eu lutte et violence. Toutefois il faut tenir compte des contusions qui peuvent avoir été produites dans la chute ou depuis la submersion, si le corps s'est heurté à des pièces de bois, à des bateaux, des piles de pont, etc. Aussi, quand le corps d'un noyé ne présente aucune trace de violences, on peut croire au suicide. Si l'individu, avant d'être jeté à l'eau, avait été étouffé, on trouverait, ainsi que le fait remarquer Tardieu, avec les ecchymoses sous-pleurales les autres preuves de la mort par suffocation.

La marche de la putréfaction dans l'eau et les données générales sur l'époque de la mort, que nous avons reproduites d'après M. Devergie (p. 179), permettent de répondre à la troisième question.

Lacassagne ,méd- jud.

Pl. III page 276

Etat des organes thoraciques dans un cas de suffocation. Sillon du cou chez un pendu.

Le tableau de la mort par la chaleur extérieure, par le froid, par inanition, à peine ébauché au commencement de ce siècle, par Fodéré, ne se trouve pas actuellement dans nos traités de médecine légale. Casper, il est vrai, a consacré deux courts chapitres à « l'inanition par manque de nourriture et à la congélation »; mais depuis l'époque où ce livre a paru, la science a éclairé d'un nouveau jour ces différentes questions. Nous allons tenter de combler cette lacune, en résumant ici les connaissances qui doivent être présentes à l'esprit du médecin, et que nous avons longuement exposées dans notre Précis d'Hygiène.

Définition et étiologie.

Depuis longtemps on a constaté les accidents graves qui surviennent après l'exposition prolongée au soleil ou près d'un énorme foyer de calorique.

Les médecins anglais les ont observés aux Indes ; nous en avons vu des exemples en Algérie ; et dans nos climats on les a décrits chez les moissonneurs ou les soldats en marche. Dans tous les pays on avait signalé chez certains ouvriers, les raffineurs, les verriers, les chauffeurs, les chaufourniers, les fondeurs, des accidents foudroyants et apoplectiformes qui étaient évidemment de même nature *. Dans tous ces cas, la justice peut faire procéder à l'autopsie, la mort subite et imprévue laissant le champ libre à toutes les hypothèses. Il faut donc connaître les symptômes généraux, et apprécier

4 Consulter l'Étude sur le coup de chaleur par Hestrés. (Thèse de Paris, 1872.)

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la pathogénie des accidents qui accompagnent les insolations, les coups de soleil et les apoplexies de chaleur (asphyxie solaire, coup de chaleur, heat apoplexy, heat stroke, sun stroke, sonnenschlag,hitschlag, etc.). Dans un mémoire présenté à la Société médicale des hôpitaux de Paris (juillet 1877), nous avons montré qu'il fallait distinguer les coups de soleil du coup de chaleur. Dans le coup de chaleur, maladie des pays chauds, le calorique porte son action traumatique sur tout l'organisme qu'il élève à une température incompatible avec la vie. Dans les coups de soleil, plus fréquents dans les climats tempérés, les rayons solaires portent leur action traumatique sur une partie quelconque du corps, ordinairement sur l'encéphale, et les accidents consécutifs sont en rapport avec l'intensité de cette cause et la réaction du sujet atteint.

Nous avons distingué des coups de soleil au 1er, 2Ô, 3e degré. Ces derniers seuls sont mortels, et alors il est impossible de ne pas faire la part de la chaleur extérieure ; c'est donc l'influence générale de celle-ci que nous allons étudier dans ce chapitre.

On ne peut nier l'influence de la chaleur; même aux Indes, ces accidents se montrent avec le plus de fréquence au moment des grandes chaleurs, d'avril à juillet; pour Morehead, en avril, mai, juin, surtout mai et le commencement de juin. Quand les accidents étaient le plus nombreux, le thermomètre marquait au moins 34° et atteignait parfois 40b et 45° ;

Cependant il ne faut pas croire que l'action directe des rayons du soleil soit nécessaire. On a vu les accidents survenir pendant la nuit, dans les logements étroits et mal ventilés. Deiix conditions favorisent toujours la production des accidents : Une atmosphère

non renouvelée, un air saturé de vapeur d'eau. En outre, dans ces circonstances, la tension électrique étant au maximum, l'homme est prostré et pour ainsi dire accablé. Aux Indes, on a aussi constaté l'influence, de l'arrivée récente dans le pays, des fatigues et des accès alcooliques. Les individus acclimatés ou les hommes de couleur y sont moins sujets.

Le Dr Speck (Ann. d'hygiène, 1876) a publié un cas de mort par la chaleur, survenu dans les conditions suivantes : une jeune fille de 14 ans, rhumatisante, sur les conseils d'un empirique fut enveloppée d'une peau de mouton fraîche, autour de laquelle on posa dix miches de pain sortant du four ; le tout fut recouvert d'une couverture. Trois heures après, l'enfant mourut. Le rapport conclut que les symptômes et les lésions anatomiques étaient ceux observés par différents expérimentateurs, sur les animaux exposés à une température élevée, et que la mort devait être attribuée à cette cause.

Symptômes généraux et pathogénie.

Les accidents se montrent parfois très-brusquement. Le malade perd tout à coup connaissance, et la respiration, qui ne tarde pas à devenir stertoreuse, est le premier indice de la gravité du mal. La mort peut survenir en quelques instants ou au bout de plusieurs jours. Morehead décrit les trois formes suivantes de sun stroke :

1° Forme cérébro-spinale. — Céphalalgie violente, délire, turgescence de la face, sécheresse et chaleur de la peau, assoupissement, pouls plein, vite mais dépressible; soif intense, urines rares. Tels sont les symptômes prémonitoires; puis l'attaque éclate : respiration irrégulière, oppression, assoupissement, pupilles contractées, cœur tumultueux ; le pouls devient faible; il y a des convulsions dans les muscles, puis du coma. Alors les battements du cœur perdent de leur

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force, la face est pâle et livide, les pupilles dilatées, la respiration stertoreuse. La mort arrive en deux ou neuf heures dans le coma.

2° Forme cardiaque. — Après une exposition plus ou moins longue sous le soleil, l'individu tombe à terre sans connaissance, il cherche à respirer et meurt aussitôt. Quelquefois il y a des prodromes : faiblesse, vertiges, assoupissement, respiration embarrassée, vomissements, face pâle, peau froide et moite, pouls petit, des convulsions et la mort par syncope .

3° Forme mixte. — D'abord des douleurs de tête, du délire avec loquacité et rire sardonique ; la face devient pâle, le pouls petit ; la détresse respiratoire augmente de plus en plus et le malade meurt avec les symptômes de l'asphyxie.

D'après Morehead, c'est la forme mixte qu'on a le plus souvent l'occasion d'observer.

Hestrés a parfaitement mis en lumière les symptômes du début, ceux qui peuvent faire soupçonner qu'un individu a la vie menacée par le coup de chaleur. D'abord, il admet une forme unique de l'affection à laquelle il reconnaît deux degrés. « Dans l'un le mal frappe subitement, brusquement, les symptômes se montrent d'emblée avec une intensité maxima ; la mort est presque toujours inévitable et rapide. Dans le second degré, l'affection arrive graduellement et se fait annoncer par une série de symptômes prémonitoires. » Chacun de ces degrés présente une période d'excitation, puis une période de dépression ou de coma.

Outre de nombreux symptômes vagues qui peuvent se présenter dès le début, comme accablement, soif, céphalalgie, faiblesse, il existe un groupe symptomatique, une trilogie caractéristique qui doit fixer l'attention du médecin : la peau présente une chaleur excessive, il y a une constriction épigastrique énergique et fort douloureuse, le malade a des besoins pressants et très-fréquents d'uriner.

Les symptômes de la maladie confirmée sont ceux décrits par Morehead. La respiration s'embarrasse de plus en plus, l'air expiré est froid, très-souvent une mousse plus ou moins rougeâtre encombre la bouche, les battements du cœur sont très-violents, le pouls très-petit et très-rapide.

les malades, qui répandent une odeur particulière, ressentent à l'intérieur « une chaleur brûlante, » ordinairement la face est pâle, presque toujours la pupille est contractée au maximum et insensible à la lumière, et les malades meurent, d'après Bonnyman, sans avoir recouvré les fonctions de la peau et celles des autres émonctoires.

Presque toujours, dans ces différents cas, on observe une forte élévation de température. C'est ainsi que Taylor a constaté une fois que le thermomètre, au niveau du sternum, s'élevait à 40° ; après la mort, la température s'éleva à 42°, 2. A l'abdomen, Wood trouve dans un cas 44° ; le pouls était filiforme et marquait 150 pulsations à la minute.

Comme nous venons de le voir, les causes de mort par la chaleur sont nombreuses. Nous pensons, cependant, qu'il est possible de ramener à trois conditions spéciales, les conditions pathogéniques de ces accidents : il y a élévation rapide de la température du sang; il y a échauffement graduel ou plus lent de tout le corps; il y a échauffement des centres nerveux.

a. Mort par élévation rapide de la température du sang. — La chaleur en excès agit comme un agent toxique, elle attaque l'élément musculaire. Tous les expérimentateurs et les observateurs sont d'accord : lorsque la température du sang arrive brusquement à 45°, il y a quelques convulsions, et la mort survient par la coagulation du ventricule gauche et la distension du système veineux. Rigidité musculaire et réaction acide, dit M. Vallin, sont l'indice de la mort musculaire. La mort a lieu vers 45°. L'action toxique porte d'abord sur le cœur, et là frappe le ventricule gauche, puis envahit le diaphragme .

Le cœur ne fonctionnant plus dans la répartition sanguine et le diaphragme paralysé empêchant l'ampliation pulmonaire, on s'explique tous les phénomènes de stase, de congestion, de rupture même que l'on rencontre dans certaines autopsies ; on comprend enfin que les échanges gazeux devenant impossibles, les effets de l'asphyxie s'ajoutent à ceux d'arrêt de la circulation.

La chaleur modifie aussi les propriétés et la composition du sang. Cl. Bernard et Obernier dans leurs expériences,

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Woocl dans ses autopsies d'insolés, ont signalé la fluidité du sang. Obernier la compare à celle que l'on rencontre chez les individus tués par la foudre ou morts d'anémie ou de septicémie.

Les recherches récentes de MM. Mathieu et Urbain permettent de pousser plus loin l'analyse et d'expliquer quelques-uns des phénomènes que nous venons de voir. La mort ne surviendrait pas par faute d'oxygène, puisque ce gaz se trouve en abondance dans le sang artériel tant qu'il y a chance de survie. La consommation de l'oxygène croîtrait avec la température, et ce gaz servirait à former les composés acides que l'on trouve dans les muscles devenus si facilement rigides .

MM, Mathieu et Urbain ont constaté que dans le vide, en absence d'oxygène, la substance des muscles ne devient pas acide et ne se coagule pas, même à une température de 50°.

Nous conclurons, avec ces habiles expérimentateurs, qu'il faut « rattacher aux oxydations énormes qui précèdent la mort, d'un côté l'acidité des muscles, de l'autre la coagulation de la syntonine ou myosine, et par suite la rigidité qui débute même pendant la vie. »

b. Mort par échauffement graduel ou plus lent de tout le corps. — Nous venons de voir la chaleur agissant d'une façon brusque et soudaine : les individus sont, pour ainsi dire, foudroyés. Mais on conçoit que dans d'autres conditions l'organisme, exposé à une source de chaleur, tolère d'abord, s'échauffe ensuite peu à peu jusqu'à production d'accidents qui souvent déterminent la mort. Évidemment, dans ces cas, les conditions de la mort ne sont plus les mêmes. On a alors cherché l'influence de la chaleur sur le système nerveux .

La température du sang ne s'élève que faiblement; mais il y a un trouble de l'innervation, peut-être une altération de la myéline, et consécutivement l'arrêt du cœur dans le relâchement,comme après l'excitation dunerfpneumo-gastrique. D'après Mathieu et Urbain, l'acide formé dans les muscles par la chaleur passe dans le sang, s'oxyde et se transforme en acide carbonique. C'est celui-ci qui agit alors sur les nerfs cardiaques et produit l'arrêt de cet organe.

DE LA MORT PAR LA CHALEUR EXTÉRIEURE. <2b5

Quoi qu'il en soit, c'est particulièrement dans ces conditions que l'on constate les troubles de l'hématose et tous les phénomènes caractéristiques de l'asphyxie. Aussi à l'autopsie trouve-t-on, ainsi que l'a fait remarquer Lindsay, un ensemble de signes qui rappellent ceux que l'on rencontre chez les asphyxiés : des pétéchies sous-pleurales et sous-péricardiques, des hémorrhagies interstitielles, de la congestion pulmonaire, de l'écume bronchique.

c. Mort par échauffement des centres nerveux. — Des expériences de Cl. Bernard et de Vallin ont montré que si l'on chauffait spécialement les centres nerveux d'un animal, on déterminait des symptômes de méningite aiguë superficielle, constatée d'ailleurs à l'autopsie.

Ces expériences expliquent certains accidents qui surviennent chez les militaires restés pendant plusieurs heures exposés au soleil, coiffés de casques ou de shakos en drap ou en cuir. On a vu ainsi, tout à coup, des soldats atteints de délire avec tendance au suicide. En 1836, pendant l'expédition du maréchal Bugeaud, en quelques heures, deux cents hommes furent frappés d'insolation et onze se suicidèrent. Dans ces différentes conditions, il y a coup de soleil au troisième degré.

En résumé, accumulation de l'oxygène dans le sang, accumulation de l'acide carbonique, lésion delà méningite aiguë : telles seraient, d'après nous, les causes réelles déterminantes de la mort dans l'élévation rapide delà température du sang, dans réchauffement plus lent de tout le corps, dans réchauffement des centres nerveux.

Résultats anatomo-pathologiques.

Les lésions externes ou internes présentent bien rarement un ensemble suffisant qui permette de décider à laquelle des trois formes précédemment décrites l'individu a succombé.

Le cadavre présente de bonne heure une rigidité trèsmarquée ; au bout d'une heure, on ne peut fléchir les membres : à la surface du corps, on constate souvent des taches livides, irrégulières, principalement sur la poitrine, le dos et les bras (Baxter). Presque toujours, une mousse abon-

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dante et sanguinolente s'écoule de la bouche et des narrines.

Les auteurs ont remarqué que le refroidissement des cadavres est beaucoup plus lent après la mort par coup de chaleur. Même dix heures après celle-ci, la température est encore très-élevée dans les cavités splanchniques. C'est d'ailleurs ce qui ressort des expériences de Vallin. Walther prétend que la température s'élève après la mort. Vallin, qui a fait des recherches spéciales sur ce point, a constaté, sur vingt-quatre animaux, que le thermomètre laissé dans l'anus ne cessait de descendre, quoique avec une lenteur assez grande. Obernier n'a constaté qu'un accroissement postmortem de 0°,1 à 0°,2.

A l'autopsie des insolés, on peut trouver une méningite superficielle, de l'hyperémie ou de la congestion des membranes du cerveau, un épanchement sanguin entre la duremère et le crâne ; récemment, on a constaté des hémorrhagies dans les ganglions cervicaux du grand sympathique. Actuellement, il n'est pas possible de dire les résultats de l'examen micrographique du système nerveux.

Dans le coup de chaleur, on notera surtout l'état du cœur : il est dur et complètement rigide. Le cœur droit est rempli de sang noir et liquide, le cœur gauche est vide et rétracté, d'une dureté ligneuse. Tous les auteurs ont mentionné la rigidité et la vacuité du ventricule gauche. Wood, qui, dans l'Inde, ouvrait les cadavres une ou deux heures après la mort, dit que chez tous, le cœur était dur, contracté et vide.

Les autres viscères (foie, rate, reins) sont le plus souvent hyperémiés, et dans les cavités pleurales et péricardique, il y a des exsudations séreuses ou sanguinolentes.

Pour Mac-Clean, « l'altération pathologique la plus constante dans tous les cas et dans tous les degrés de la maladie, c'est une congestion pulmonaire des plus intenses ; jamais on ne rencontre une congestion à un si haut degré dans aucune autre affection. » Les poumons sont, en effet, énormément congestionnés, ne crépitant plus, d'un rougenoir. Hestrés dit qu'ils offrent à la vue et au toucher l'aspect de deux vastes caillots sanguins. Il est bien entendu que l'intensité de cette congestion est en rapport avec la violence des symptômes.

Obernier a constaté l'inexcitabilité électrique des fibres

du cœur et du diaphragme dans la plupart de ses expériences. Val! in a constaté le même phénomène dans plus de la moitié des cas.

Conséquences médico-judiciaires et règles de l'expertise.

11 faut s'éclairer surtout des résultats de l'enquête et tenir compte des circonstances du fait. C'est en procédant de cette façon et en éliminant successivement les autres conditions capables de produire la mort, et qui auraient avec le cas présent quelques rapports, que l'on se rapproche le plus possible de la vérité. Si dans les régions tropicales plusieurs individus sont frappés à la fois dans nos climats tempérés, les victimes de l'insolation sont ordinairement isolées. Le médecin-expert notera les différentes circonstances météorologiques et appréciera l'état atmosphérique du jour de l'événement (température élevée, maximum de la tension hygrométrique et électrique, — l'accident a été souvent observé pendant les journées accablantes qui précèdent les orages d'été).

Il faudra tenir compte de la profession qui expose l'individu à l'ardeur du soleil (soldats en marche, moissonneurs, maçons, couvreurs), ou l'oblige à travailler près d'un énorme foyer de calorique (dans certaines usines, les raffineurs, les chauffeurs et spécialement ceux qui se trouvent dans la chambre de la machine des bateaux à vapeur).

En dehors de ces professions, les hommes et surtout les jeunes gens sont le plus souvent frappés du coup de chaleur ; les enfants le sont rarement, les vieillards et les femmes, exceptionnellement. C'est le contraire pour les coups de soleil. On n'oubliera pas surtout de

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signaler l'état de la constitution de l'individu et on insistera spécialement sur les marches forcées, les fatigues, les travaux pénibles, l'encombrement, les privations, des vêtements trop lourds et trop chauds, et surtout sur les habitudes alcooliques. Ainsi que le dit Tissot, il n'y a pas d'année qu'on ne trouve morts dans les chemins, des paysans qui, étant ivres, vont tomber dans quelques coins où ils périssent par une apoplexie solaire et vineuse.

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