I. Définition et étiologie
Les gaz qui se dégagent dans les fosses d'aisances exposent à deux sortes d'accidents : des explosions et des asphyxies. Les principaux de ces gaz sont l'acide sulfhydrique, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'ammoniaque, l'azote, des hydrogènes carbonés. Le plus dangereux de ces gaz est l'acide sulfhydrique ou hydrogène sulfuré.
L'hydrogène sulfuré est le produit de la putréfaction des matières organiques qui renferment du soufre dans leurs
1 Dupuytren. Notice sur quatre asphyxies survenues dans une fosse d'aisances, etc., in Bull, de la Faculté de méd.t 1. 1, p. 144, an xiii. — Darcet. Rapport au Conseil de salubrité sur la construction des latrines publiques et sur l'assainissement des latrines et des fosses d'aisances, 1822. — Parent-Duchâtelet. Rapport sur les améliorations à introduire dans les fosses d'aisances, etc., in Ann. d'Hyg., t. XIV, 1835. — Guérard. Sur le méphitisme et la désinfection des fosses d'aisances, in Ann.fd'hyg., t. XXXII, 1844, et du même, ibid., t. XXXV, 1846. — Rapport du Conseil de salubrité, 27 novembre 1857. — Rapport du docteur Grassi (Ann. d'hyg. 1858). — Perrin, de l'inflammation des gaz produits dans les fosses d'aisances, etc., in Ann. d'hyg., t. XXVII, 1867. — Hennezel : Ventilation des fosses et assainissement des cabinets d'aisances, in Ann. d'hyg., t. XXX, 1868. — Le Dictionnaire d'hygiène publique, de Tardieu. Le Traité d'hygiène industrielle, de Vernois. — Méphitisme des fosses d'aisances (Rapport des travaux de la Commission des logements insalubres), par Perrin, Potier, Hennezel, in Ann. d'hyg., t. XXVIII, 1872. — Asphyxie double causée par la vidange d'une fosse d'aisances. Responsabilité, condamnation correctionnelle. MM. Chevalier et Hallé, in Ann. d'hyg., t. XXXIV et XXXV, 1875.
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éléments constituants. On le sent dans les œufs pourris ; il se dégage des fosses d'aisances, des dépotoirs, des gadoues, de la vase des marais et des égouts. Il a donc de nombreuses sources de production; mais dès qu'il arrive dans l'air, il est peu à peu décomposé par l'oxygène.
Cependant il en reste encore assez pour brunir les peintures, les métaux, etc.
L'hydrogène sulfuré est absolument irrespirable, et l'animal qui le respire est aussitôt foudroyé. Les expériences de Thénard et Dupuytren ont montré qu'un air qui en contient -jjfâ de son volume fait périr un oiseau ; dans une atmosphère de 4^00 un chien succombe ; dans un milieu qui en renferme T|o un cheval s'abat en une minute. C'est lui qui produit le plomb auquel sont exposés les ouvriers qui vident les fosses ou curent les égouts.
Des règlements de police que nous reproduisons plus loin indiquent les procédés de construction des fosses, la disposition du tuyau de descente et du tuyau d'évent, les précautions à prendre lors de l'opération de la vidange. Ces ordonnances sont aussi bien faites que possible et on peut dire que tous les accidents qui surviennent sont la conséquence d'une infraction à ces règlements.
. Nous voudrions voir ceux-ci adoptés par toutes les municipalités. Malheureusement, il n'en est pas ainsi et la disposition des cabinets d'aisances et des fosses est laissée dans beaucoup de localités à la fantaisie du constructeur.
Il fut aussi un temps où les habitants de Paris déjetaient dans les rues les immondices de toutes sortes. Un arrêt du parlement, du 13 septembre 1533, confirmé par un édit de François Ier en 1539, rendit obligatoire la création de fosses d'aisances. Mais ce n'est qu'en 1809 que l'administration imposa les règles qui devaient présider à leur construction. Une ordonnance royale du 24 septembre 1819 précisa les
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différentes dispositions. Depuis cette époque, les progrès furent de plus en plus marqués, parce que l'administration se fit un devoir d'appliquer les conseils de la science. Il faut citer à ce sujet les travaux de Darcet, de Parent-Duchâtelet, les rapports du conseil de salubrité, du docteur Grassi, de la commission des logements insalubres, parmi lesquels on ne doit pas oublier MM. Perrin, Hennezel, Potier.
Les lieux d'aisances présentent le système dit à la turque, ou le système à V anglaise (système Jennings). Il y a communication directe avec le tuyau de descente ou bien fermeture. Comme fermetures on emploie les fermetures Bouchard- Iluzard ou Rogier-Mothes, ou une simple cuvette hydraulique et pour chaque siège un conduit de ventilation aboutissant à une cheminée générale d'évacuation (prison de Mazas, hôpital militaire de Vincennes, gare du iNord. — Chaque siège est ventilé par un bec de gaz spécial).
Si nous insistons sur ces différents points qui semblent tenir plutôt à l'hygiène qu'à la médecine légale, c'est que nous croyons qu'ils peuvent rendre service dans certaines expertises. Aussi nous allons donner un résumé de l'opinion de la commission des logements insalubres à Paris.
L'administration peut prescrire des appareils à fermeture hermétique, car on ne peut compter sur l'emploi des désinfectants dont il faut nécessairement laisser l'usage à la bonne volonté des propriétaires ou des locataires.
Les matières fécales, par le tuyau de descente, arrivent dans des fosses fixes ou dans des fosses mobiles. L'usage de tinettes-filtres avec déversement direct à l'égout améliorerait la situation.
L'observation et les expériences ont montré la nécessité de ventiler les fosses par le tuyau d'évent réglementaire, d'établir constamment à l'air libre les ouvertures extractives, et de déplacer, toutes les fois que ce déplacement est possible ; les ouvertures qui se trouvent dans des espaces clos, et surtout dans des pièces habitées, de surveiller l'installation, trop souvent défectueuse, des caveaux de fosses mobiles, et leur bon état d'entretien.
Le tuyau d'évent réglementaire est une soupape de sûreté: quand par suite de l'abaissement de la pression barométri-
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que ou autres causes la pression intérieure de la fosse augmente, les gaz peuvent se dégager par ce tuyau. Selon les recommandations de Darcet, les constructeurs devraient s'efforcer d'échauffer le tuyau d'évent en le faisant passer aussi près que possible du foyer de la cuisine principale ou près des corps de cheminées. Mais on ne voit là qu'une prescription réglementaire, et on ne fait un tuyau que parce que l'autorité l'exige. Aussi, souvent ce tuyau ne sert pas ; parfois même il peut présenter des inconvénients, si, au lieu d'aspirer les gaz de la fosse, il donne lieu à un courant inverse qui les comprime et les refoule à l'intérieur de l'habitation.
Pour faciliter le fonctionnement du tuyau d'évent, il faut adapter à son extrémité supérieure un appareil qui fait concourir l'action du vent à la ventilation de la fosse (appareils Leroy, Noualhier, ventilateur de Toussaint-Lemaître, girouette à gueule de loup (Morin), la mitre dite parafumée (système Gilles). Le tuyau doit s'élever assez haut pour que l'ajutage ne soit pas dominé par le faîte de la maison ni par ceux des maisons voisines.
On peut aussi prolonger le tuyau de chute au-dessus du sommet des maisons et y adapter un ajutage. La ventilation par tuyau de chute se fait toujours bien, parce que, placé dan s constructions intérieures, il se refroidit moins que le tuyau d'évent.
S'il y a des sièges béants, la section du tuyau d'évent doit présenter au moins 1 décimètre carré par 3mc,6 de capacité de la fosse (si cette section n'est, par exemple, que de 0m,25 de diamètre, et que la fosse soit supérieure à 18 mètres cubes), le tuyau de chute doit être installé comme nous venons de le dire. D'ailleurs, selon les préceptes de Darcet, toutes les fois qu'il sera possible, on fera aboutir le tuyau d'évent à la partie inférieure d'une cheminée d'usine ou dans une cheminée quelconque dont le foyer reste allumé tout le jour. On n'a nullement à craindre, dans ces conditions, les explosions qui peuvent se produire dans les fosses. Voici les conclusions du mémoire de M. Perrin : « 1° Les explosions dues à l'inflammation des gaz contenus dans les fosses d'aisances ne sont pas aussi rares qu'on le croit géné-
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ralement; 2° ces explosions, d'une violence parfois extrême, peuvent devenir non-seulement une cause d'incendie dans les habitations, mais encore de blessures plus ou moins graves et d'asphyxies pour les personnes; 3° elles se produisent à peu près exclusivement dans les fosses non pourvues de tuyau d'évent, conformément à l'ordonnance du '24 septembre 1819 ; 4° les dangers sont notablement accrus par la présence des pierres d'extraction dans des espaces clos et fermés, et surtout dans des pièces habitées ; 5° tous les graves inconvénients qui viennent, d'être exposés seraient évités par rétablissement, à l'intérieur des fosses, d'une ventilation, soit naturelle, soit artificielle, mieux assurée, et en même temps par l'exposition à l'air libre des ouvertures d'extraction ; 6° le fonctionnement actuel des tuyaux d'évent est lui-même insuffisant. »
Lorsqu'une fosse est presque remplie, les matières solides sont accumulées dans le bas, où elles forment une couche dure et pâteuse ; au-dessus il y a une partie liquide ou demi-liquide nommée vanne, que surmonte la croûte ou chapeau. Les gaz s'accumulent dans l'espace laissé vide entre la voûte et le niveau des matières fécales, sous la croûte, et dans la pyramide ou. heurte qui se forme au-dessous du conduit de descente.