‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 26 sur 68 · UNE SOPHISTIQUE DU TRAGMATISME · texte numérisé non relu

UNE SOPHISTIQUE DU TRAGMATISME

bives la légitimité, le culte de Napoléon, de Louis- Philippe, le Socialisme humanitaire, la llépublique universelle, et il est mort dans une apothéose.

Les brillantes métaphores, les aflîrmations imperturbables, les répétitions si usuelles dans les prières religieuses (récitation du chapelet, des litanies), et dans le système de publicité des journaux, sont des procédés directs ou indirects de persuasion, qui n'ont rien de commun non plus avec la logique intellectualiste.

Il en est de même des phrases attractives. Elles jouent un rôle considérable dans la rhétorique du commerce, de la finance, de l'industrie. Les commis-voyageurs, les illustres Gaudissarts, ces diplomates de bas étage, qui parlent au nom des calicots, de la draperie, des vins, se montrent parfois très supérieurs aux ambassadeurs chamarrés des souverains, et serviraient d'excellents maîtres de sophistique pragmatique. D'autres, non moins habiles, emploient, à l'opposé, l'artifice de la dépréciation, tel le charlatan de foire, qui surprend l'attente des badauds par des diminutifs successifs : « Ce n'est pas 5 fr., ce n'est pas 2 fr., c'est 1 fr. 95. » Les rabais pour causes de liquidation relèvent de ce genre de piège, d'attrape-nigauds. Les Américains sont passés maîtres dans la préparation des souricières les plus variées à l'adresse du public, qui toujours s'y laisse prendre.

A côté des phrases pour convaincre, il y a les phrases pour cacher, les adoucissements de langage, calculés et insinuants, destinés à déguiser les idées

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tristes ou odieuses, à verser Tliuile des euphémismes sur les engrenages sociaux. Le précepte de Boileau : « J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon » ne nous mènerait à rien dans le monde. Dites de Rollet qu'il est sujet à des absences en matière de « délicatesse ». Outré (une fois en sa vie) des propos de table que les Concourt lui prêtaient dans leur -/o(//';ta/, M. Renan écrixait « qu'ils étaient totalement dépourvus d'idées générales », ce qui équivalait, dans son esprit, à les qualifier de sots fieffés. Au lieu de « détester » quelqu'un, vous ne devez éprouver pour lui qu'a une sympathie imparfaite ». S'agit-il de « plaire » à une geniildonna, la préciosité du langage est de rigueur : lisez la Nuit et le moment, de Crébillon fils ; rien n'est plus décent dans les mots, rien n'est plus scabreux dans les gestes. Les mots nous gouvernent. M™^ de Rénal, dans Rouge et Noir, aimée par Julien Sorel, ne pouvait distraire sa pensée du bonheur de sentir Julien couvrir sa main de baisers enflammés : « l'out à coii[), l'affreuse parole : adullère, lui apparaît. Tout ce que la plus vile débauche peut imprimer de dcgoùlanl à Tidée de l'amour des sens se prcsenla à son imagination... » M™" de Rénal ne se reprocliail pas sa conduite en ]»cnsant à la chose; le mol se présente et lui fait horreur i. Les personnes bien nées ont des estomacs si délicats qu'elles ne peuvent digérer que des demi-\érités toutes menues, ju'il faut a\oir soin de ne leur présenter que sous forme d.' laxatifs enxeloppés tTaromes.

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