PASCAL ET LES FASCALISANTS
cherche à s'y accommoder ; il ne se noie ni dans les regrels du passé, ni dans les anticipalions de l'avenir. Il est doué de la faculté de s'adapter tant bien que mal à tous les milieux, sans se laisser toutefois absorber par eux. Ses sentiments pénibles ou agréables sont en rapport et proportion avec celte réalité môme. Il prend, en un mot, les hommes tels (lu'ils se rencontrent et le monde comme il est. C'est un parfait opportuniste. S'absorber dans la religion, la poésie, la philosophie, se laisser envahir par un sentiment trop vif de justice, de surhonnêteté, que l'imperfection sociale et humaine ne comporte pas, c'est manquer d'équilibre mental.
A ce prix, « qui n'aimerait mieux, écri\ait Renan, être malade comme Pascal, plutôt que bien portant, comme le vulgaire ? » Cette santé, Pascal en connaissait si bien les effets, qu'à la fin il la redoutait. L'état naturel du chrétien, c'est la maladie, son état contraire, c'est cette prospérité florissante, qui risque de le rendre égoïste et haïssable, insensible aux misères des autres.
.\ul mieux que M. Lansou n'explique l'action de la maladie sur la pensée de Pascal : « Elle n'agit pas en affaiblissant rinlelligence, en la désarmant ^ mais en l'excitant, en rendant le problème du bonheur plus angoissant, en écartant les solutions faciles et imparfaites dont l'homme en bonne santé peut se contenter. Elle éloigne Pascal des joies de l'esprit et de la passion, l'empêche de s'absorber dans la science, l'amour, l'ambition, lui découvre le néant