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LE SENTIMENT RELIGIEUX EN FRANCE

Le livre de M. Lucien Arréat i, sur le sentiment religieux en France, écrit dans un esprit libéral et indépendant, répond aux préoccupations actuelles, sans qu'il ait clé particulièrement inspiré par les misères politiques de l'heure présente. C'est une élude d'ensemble sur la situation du catholicisme dans notre pays, et sur les courants de la vie religieuse, suivi de réponses de dames, de jeunes et vieilles filles, d'étudiants, d'un prêtre, d'un magistrat, à une enquête concernant les formes, les dissolutions et les transformations de la croyance, un chapitre original de la psychologie religieuse. L'espMco nous manque pour suivre ces analyses, et nous devons nous tenir à une vue générale. Un sujet analogue est traité par M. G. Sorel, dans une brochure ^ur la Crhe de la Penser calh<)li(nie, d'uiic ('ludilion puisée aux meilleures sources, où le sujet est

1. Le Sentiment religieux en France, pnr Lucien Arréat. Paris, Félix Alcnn, i903.

traité de même avec un sentiment de respect. C'est une opinion assez généralement répandue, remarque Macaulay, au début de son essai sur l'Histoire des Papes, que plus le monde devient éclairé, plus il est favorable au protestantisme, et défavorable au catholicisme. Les faits, ajoute-t-il, ne confirment pas cette assertion. Des progrès immenses ont été accomplis et s'accomplissent chaque jour dans les sciences physiques, chimiques, naturelles, mais nous ne constatons aucun progrès en matière de théologie. Sur les attributs de Dieu, la vie future, l'origine du mal, la nécessité des actions humaines, le fondement de l'obligation morale, nous en savons, si nous nous plaçons en dehors de la révélation, « ce qu'on en a su dans tous les âges, c'est-à-dire fort peu de chose ». Non seulement la science ne nous apporte sur ces questions éternelles aucune lumière, mais, selon le mot si vrai de Renan, plus elle éclaire les choses autour de nous, plus elle obscurcit notre destinée. NI la boussole, ni l'électricité, ni le gaz, ni la vaccine, ne nous disent pourquoi nous vivons, en quoi consiste notre œuvre sur la terre, et n'est-ce pas la connaissance capitale ? La réponse à cette question, les hommes qui la posent la demandent soit aux religions révélées, soit aux philosophies ; mais ce sont là, à des degrés divers, des actes de foi, des certitudes sans preuves, sans réalité démontrable.

Assurément la science porte atteinte à l'autorité des livres sacrés, soit sur les points où leurs données sont contraires aux lois de la nature, soit en

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