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la loi. Mais ces altonialives ne se produisent nullement en raison de la culture, scientifique. Il n'est pas rare de rencontrer des hommes de science qui sont en même temps des croyants, voire môme des prêtres. Le P. Secchi a laissé un nom en aslronomie ; Bayle, le plus sceptique des hommes, qui a frayé la voie à Voltaire, passa par le catholicisme. Il y a sans doute des esprits absolument réfractaires au sentiment religieux ; mais seront-ils jamais la majorité ? Ce que dit Proudhon des sociétés est pareillement vrai des personnes : on redevient parfois mystique à force de matérialisme. En conclusion à sa brochure, M. Sorel estime qu'un courant se dessine qui conduit le monde pensant vers une philosophie mystique, el que c'est du monde laïque que le catholicisme recevra cellf impulsion vers le mysticisme, plutôt défa\orable au ])roteslanlisme « éclairé ».
Ces considérations trop brèves, et qu'il resterait à préciser, suffiront du moins à rappeler comment, parallèlement au progrès des sciences, le réveil religieux a été si général au dix-neuvième siècle, où il s'est traduit par la nuilliplication des sectes protestantes el des ordres catholiques, comment le catholicisme est peut-être encore plus à l'abri de ce progrès même de la science, que le protestantisme, parce que le protestantisme est une religion à un moindre degré ; comment il a pu résister aux plus formidables assauts, à la Réformalion de Luther qui ne put lui ravir les peuples jadis soumis à la domination de la Rome antique, — à la Révolution fran- «jaiàe. à la conquête italienne et au Culluihampl
BoDRDEAU. — Pragmatisme. lo
allemand. Celle iorce de résislance du catholicisme s'explique, non seulement par sa constitution, par son organisation merveilleuse i, mais aussi par la valeur des hommes auxquels a été confiée, dans l'orage, la conduite de la barque de Pierre. Que l'on songe à l'état presque désespéré du catholicisme au lendemain du Concile du Vatican et à la paix romaine que Léon XIII est parvenu à établir durant ce long pontificat, dans tous les pays, hormis en France.
On ne saurait s'} tromper, la lutte qui s'engage dans notre pays n'est pas une lutte pour l'indépendance el la souveraineté de l'État laïque. Cette souveraineté n'est plus en péril. La laïcité de l'État se reconnaît à sa neutralité : bien loin de prendre parti pour aucun fanatisme, l'État laïque lime les dents et les ongles à tous les fanatismes. A l'heure présente, au contraire, l'Étatn'est qu'un instrument entre les mains des sectes qui livrent au catholicisme un combat mortel. Comme le remarque M. Arréat, l'esprit envahissant que l'on reproche aux ordres militants et au clergé n'est pas moins âpre chez les desservants des autres temples et des loges maçonniques, qui sont aussi des églises fermées, ayant leurs dogmes, leurs prêtres, leurs rites, leur budget, leurs ambitions politiques. Il n'est pas exagéré de dire que Paris, qui passe pour la ville la plus frivole et la plus sceptique, est aujourd'hui le seul foyer de guerre religieuse allumé dans le monde civilisé par une secte aux visées cos-
1. Au jugement même des protestants. Voir Harnack, Revue chrétienne, 1" décembre 1S91, et l'essai déjà cité de Macaulay.
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mopoliles, qui aspire à dominer l'Europe et qui a choisi pour première conquête noire pays, parce qu'elle y trouve un terrain préparé par la tradition révolutionnaire, les anciemies classes dirigeantes di\isées entre elles, un esprit national énervé par nos désastres, par une natalité moindre, et ouvert à l'envahissement d'éléments étrangers.
Un des traits les plus frappants de cette lutte, c'est que les assaillants, maîtres temporaires de l'État, forment une minorité liuiiiériquc très restreinte. La statistique compte environ 30 millions de catholiques, 700 000 protestants et de 90 000 à 100 000 israélites ; le nombre de ces derniers a plus que doublé depuis 1872. Ces chiffres ne permettent pas d'évaluer la quantité approximative de ceux qui suivent les pratiques religieuses d'une Église, Il y a parmi les cahinistes et surtout parmi les juifs, d'après M. Arréat, nombre d'incrédules, mais ils ne se séparent jamais de leur groupe avec éclat, ils ne médisent jamais de leur religion. En minorité, ils restent unis par un sentiment de solidarité très étroite. Il n'en est pas de même pour les catholiques dans les pays où l'Église a été triomphante et, par suite, oppressive ; ses plus ardents, ses plus irréconciliables adversaires sont sortis de son sein.
Le mode de suffrage établi en France a fini par donner la prépondérance aux classes hostiles au ( atholicisme, aux masses industrielles folles d'impiété et ivres des espérances du socialisme, et à la [)etitc bourgeoisie des villes et des campagnes, inféodée au radicalisme el à la franc-maconnerie. Ces
maîtres temporaires suppriment pour les catholiques la liberté d'association et la liberté d'enseigner, et ils restreignent la liberté du culte. L'heure ne leur semble pas encore venue de frapper les derniers coups. Grâce au monopole exclusif de l'instruction populaire, ils se flattent de ranger toutes les têtes sous l'unité, au profit de la libre pensée, soit même, comme c'était le rêve de Quinet, au profit du calvinisme. Mais ce rêve que l'Eglise catholique n'a pu réaliser, ils ne l'atteindront pas mieux qu'elle, car le monde marche, non vers l'unité, mais vers la diversité des croyances : et ils auront beau frapper le catholicisme, lui faire des blessures profondes, toute son histoire passée nous laisse supposer qu'il ne sera pas écrasé.
Ce que nous voyons, ce que nous sentons trop clairement, c'est le mal matériel et moral que leurs cupidités et leurs haines infligent à la France, la discorde qu'ils sèment, les réactions qu'ils préparent, et rai'faiblissement de notre expansion nationale.
Si tièdes qu'elles puissent paraître en matière religieuse, les grandes nations européennes, écrit M. Arréat, redeviennent chrétiennes vis-à-vis des autres peuples : leur action politique et commerciale ne se détache jamais entièrement de leur caractère religieux qui les fait distinctes et originales ; la valeur sociale de la religion traditionnelle reste un des éléments principaux qui entrent en jeu dans la concurrence des peuples. Cette considération ne pèse d'aucun poids dans l'esprit des sectaires ; les
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partis n'obtiendront d'eux- la liberté politique et rcliyiouse que s'ils sont dr force à la conquérir et à ri m poser,
19 mal 1903.
Après un siècle de luttes contre l'Église, le jacobinisme semble triompher en France pour la seconde fois. Les mouvements précipités sont toujours suivis de réaction. Le catholicisme, qui a subi, sans y succomber, les formidables assauts de la Réforme et de la Révolution, surmontera sans doute, non sans blessures, l'entreprise des néo-jacobins. Mais il souffre aussi d'une crise intérieure, crise de déclin ou crise de croissance. Il est travaillé par une fièvre, chez ses fidèles et chez ses prêtres, qui entraîne les uns vers le socialisme politique, les autres vers l'individualisme philosophique et qui met sa hiérarchie et sa doctrine en péril.
Les catholiques ont été les premiers à s'émouvoir du sort des classes industrielles i. Non contents de leur venir en aide, ils ont tenté de cimenter l'étroite alliance de l'Eglise et de la démocratie, bientôt triomphante. La tentative de Lamennais, vers 1830, renouvelée en 1848, est reprise et élargie par les sillon-