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INQUIÉTUDES RELIGIEUSE

procède du cœur, de la conscience, de l'enthousiasme, du retour à la nature. Chateaubriand et les romantiques de son école exaltent les dogmes, les rites, les traditions du catholicisme. La valeur d'une doctrine se mesure à ses conséquences effectives. L'amour dont le christianisme offre la sublime (expression n'esl-il pas la réalité la plus profonde de toutes ?

A partir du second tiers du dix-neuvième siècle, science et religion se séparent théoriquement en un dualisme radical, comme l'intelligence et le sentiment. Le conflit est inévitable dans la pratique ; on peut répartir en deux classes, selon qu'ils manifestent une tendance naturaliste ou une tendance spiritualiste, les penseurs qui ont cherché à le résoudre. Auguste Comte marche de la science à la religion, en passant par la philosophie. Son positivisme s'attache à la réalité pour arriver à l'utile. Seule la science est réelle : la théologie et la métaphysique sont des illusions successives aujourd'hui dépassées : la sociologie science nouvelle et dernière sera aux faits moraux et sociaux ce que la physique et la chimie sont aux phénomènes de la nature inorganique.

Sous l'inspiration du catholicisme du moyen âge et de l'œuvre napoléonienne, Comte rêve de rétablir l'équilibre rompu par la Révolution française et de ramener l'harmonie sociale non par des institutions politiques et traditionnelles, mais en réalisant dans les esprits la cohérence logique, l'unité intellectuelle, condition de l'unité morale. Reprenant l'œuvre de

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la théologie, la sociologie dégage de l'idée de Dieu et d'immortalité son contenu positif, l'idée d'humanité et le culte des morts oui revivent en nous. L'amour de l'incli', irlu à Tiiidividu, de la famille, de la patrie, de Thumanité, marque les degrés de l'altruisme. Ainsi s'opère, au moyen du concept Humanité, la synthèse de la science et de la religion. Comte prétend ainsi a\oir enfermé l'infini métaphysique dans les bornes du réel et de l'utile.

Un adepte non moins fervent de la science positive. Herbert Spencer, nous ramène à l'idéalisme a\ec son Agnoslicisme, sa théorie de Vlnconnaismhle. D'après Spencer, le trait général de l'évolution religieuse, c'est la prépondérance de l'élément moral sur l'élément cultuel et propitiatoire, et l'élimination croissante des caractères anthropomorphiques attribués tout d'abord à la cause première, ;la tendance à considérer les dogmes comme de purs symboles et à les remplacer par la connaissance à la fois indéfinissable et positive de l'absolu. La religion qui part de l'affirmation de l'absolu est dans le xrai. Si lia science exclut le surnaturel dans le cours des phénomènes, l'origine et la fin des choses nous demeurent inconnaissables.

L'agnosticisme à tendances panthéistes d'Herbert Spencer n'est donc pas synonyme d'athéisme. D'abord rebuté par les formes traditionnelles des religions, Spencer finit par sympathiser a\cc elles. La sphère de l'àme occupée par elles ne peut rester y'\dc, et toujours les mêmes questions s'y posent. Mais si l'humanité d'Auguste Comte, qui opposo

IMjLlÉJLiUI- lUXK.JLLibL;. l'J.'l

rii(tiiiuic ;'i la iiaUnc. csl une conception liop l'icl'-. lincotMiaisï^ulili' esl un océan pour I(miucI nous n'avons « ni \oile ni boussole ».

D'après un Iroisiènic rcprésenlanl de la science, Eii;esl IlaccUel, qui remonte aux Encyclopédistes, l'opposition d'un absolu inconnaissable en face du r(>lalir n'existe que dans notre esprit, à l'état de résidu de la vieille scolaslique. La science possède la solution des prétendues énigmes de l'univers : tout en donnant l'explication réelle et naturelle des religions, elle refoule les absurdités et les faussetés des dogmes reliiiiiMix. Ilaeckcl érige la science en phi- |(is()[)liie pour combattre l(>s religions, [)uis il érige sa pliiloso|>liir en religion pour les r<'m[)lacer : la solidarité morale, (lu'elles enseignent. n"<>sl que le reflet de îa solidarité phvsi(iue entre les êtres. La morale du monisme dit scienlitique s'y rattache. M. Boutroux fait ressortir le \ague. les ambiquïtés, les contradictions de ce scientificisme.

A la tendance naturaliste de Comte, de Spencer, de Ha(x-kel, s'oppose la tendance spirilualiste représentée par le j)ragmalisme.

Le [uagrnatisme commence par ti-acer des limites à la i)orléc tie la science, limites (jue les savants établissent eux-mêmes et cpie M. Poincaré a |ii)pularisées en France. Sans doute le trésor des faits étudiés pai' la sei(Mie(> s'accroît sans cesse, mais nous n'a\ons lail aueun progrès dans la connaissance de leurs causes *. Les théories scientifiques

1. Voir dans l'Opinion du 11 avril, l'aiticle de M. G, Le Bon, Philosophie et Religion.

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se réduisent à des hypothèses et ces hypothèses se font et se défont comme la toile de Pénélope. La science est une affaire de résultats pratiques, non la connaissance directe, totale de la mérité. La science, écrit AL Prezzolini, est au monde ce qu'une carte de géographie est à un pays, d'une utilité incomparable pour le voyageur, mais qui laisse de côté une foule de particularités, et ne saurait reproduire la vie même dans sa richesse, sa couleur, ses particularités, sa complexité infinie.

La religion fait partie de la Aie normale de Huiinme. Si la science nous fournit i\\ec une libéralité toujours plus prodigue, grâce à la vapeur, à Féleclricilé, au télégraphe, toutes les commodités de la vie extérieure, la religion n"est pas moins utile à notre \ie intérieure, lorsqu'elle nous apporte la sérénité, l'équilibre moral, le bonheur, la guérison de certaines maladies de l'âme et du corps. La vérité n'est pas une chose antérieure à l'action, elle est le résultat de l'expérience. Or l'expérience des âmes religieuses, poursuivie par W. James, abstraction faite des dogmes et des institutions, prend une valeur scientifique, grâce aux observations de Myers sur le mot subliminal (1886). Par une portion de son être qui dépasse son moi conscienf, l'homme est susceptible d'entrer en contact avec un autre monde différent de celui qui tombe sous nos sens, et qui devient pour lui une nouvelle source de vie et de puissance. Ainsi, gr^ce à la théorie du subconscient. la religion aurait un appui dans la science ellemême. Rien plus, l'expérience religieuse serait plus

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iiniiiédialr, plus élciiduc. plus concnMc. [ilus pi'ulonde (|uo l'expérience scientifique.

Mais contrairement ù l'expérience scientifique, générale, vérifiable pour tous, parce qu'elle dépersonnalise les phénomènes, l'expérience religieuse est iiidi\ iduidie. incertaine. El quelle [trouve avonsnous (|ue ce monde occulte, a\ec lequel nous entrons en comnumication par le subconscient, se distingue de nous-incMues. qu'il est autre chose qu'une hérédité obscure, une sorte de réser\oii- d'impressions accumulées, ignorées, emmagasinées à notre insu ? l'^nfin, les sociologues et les psychologues débattent entre eux le problème de savoir si les dogmes et les institutions religieuses, dont W. James fait si bon mai'ché, sont ou ne sont pas l'origine, la cause du inysticisnir inluilif cl liés à lui d'une uuuiière indissoluble.

Ce l'ésuuié du li\re de M. Boiitroux n'en peut donner qu'une idée trop sommaire, im])aifaite. Il nous reste à faire connaître les conclusions de l'auleur cl l(^s i'(''flexions qu'elles suggèrent.

21 avril 19i)S.

Ces conclusions paraîlronl |)cut-ètre un peu moins nettes que le magistral exposé des rapports plus ou moins orageux ou harmonieux entre les philosophes qui se sont donnés comme les représentants de la

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science tic Iciir lçiai>s cl Icb rcligujiis fcgiiaiilcs, mais elles suiil l'orL iiiléressaiilcs à luédilcr, à disculer au besoin, l'our plus de clarté, nous les i'erons précéder de quekjues opinions sur le môme sujet.

A Theure présente, écrit M, Prezzolini i, les adversaires de la religion s'appuient sur la science. D'après eux, le conflit séculaire de la science et de la religion a été marqué par des victoires continuelles de la première sur la seconde. Ils ne se lassent pas d'annoncer le crépuscule des dieux, la fin des religions : Ceci iucva cela. Pour eux, la science conslitue la pensée sûre d'elle-même. Elle apporte la soluiion réelle, expérimentale des iMiigmes de runi\ers. Ce préjugé est surtout réi)andu parmi les honnnes de science appliquée, médecins, i»harmaciens, ingénieurs. Il sert de fondement plus ou moins dissimulé à l'instruction laïque et démocratique des professeurs populaires et des maîtres d'école. Le génie de Flaubert nous a laissé l'admirable incarnation de cet esi»rit-là dans l'apothicaire Ilomais, qui gouxernc aujourd'hui et enseigne les Français.

En l'éalité, selon la très juste remarcjuc de ]\I. Prezzolini. la ('(inli'adicliou entre la science et la religion se i-(>S(iiil plulùt dans l'opposition entre uni' mélaplivsi(|iic (jui priMend s"a})puyei' sur la science et une m(H;q)liysi([ue qui se fonde sui' la révélation.

Or une métaphysique scientifique implique une antinomie. Nous devons à la science d'immenses bienfaits, la découverte des lois de la nature et les 1. Il cattoUcisDio rnsso.

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iiiiiyeiis de la souiiicllic a nus liii>. Mais elle nous tieiil plongés dans robscurilc la plus coiiiplèle siiiune question capitale, celle de sa\(>ir pour<jn()i nous \i\ons cl connnenl nous dexons ^i\l•e. « l.(^s plus parfaites théories des sciences, écrit, M. I.alande', nous laissenl aussi loin dune e\[dicalion deiiiière, et d(''linili\(' dr Kl ni\ei's que 1(^ peu\enl l'aire les notions les plus urossièrcs et les moins (''clairées. Les scienc(^s n'alleii;nent pas l'absolu, el ne font (|ue |)oser le |)i'oblènic niéla[)liysi(iue a\('c plus ilacuité pour le sa\ant que pour riynorant. » Elles le posent, ne i)eu\ent le résoudre, et frappent en même temps de caducité toutes les solutions des philosophes -.

Cependant la plupart cherchent une satisfaction au besoin mélaphysicpie. (jui se confond a\ec le besoin reliyi(Mix. M. lîoulronx nous a montré comment les honunes de nolic temps qui ont possédé la culture scienliticpie la |)lus \aste et la plus synih('li(pie. l(;s Auguste Comte, les S[)encer, les lîacckel .3, s'efforçan! à rendre la science religieuse, et la religion scientifique, nous ont doté de nou- \(dles idoles naturalistes, le Grand Vélidic. Vlnconmiififiahlc, VEther. noms nou\eaux dont ils ont baptisé de \ieilles connaissances, VElre Suprciiie, la Chose en soi, iintiiiiKi. miinina.

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