‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 61 sur 68 · édition, Paii.s, FélLx Alcan · texte numérisé non relu

édition, Paii.s, FélLx Alcan

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iiislriiclixc, plus pittoresque à travers les enfejs et les paradis <|uc les malheureux mortels ont imaginés [)ûur se déli\rer des maux qui atlligent la vie et s'assurer la possession des quelques biens qui la font aimer.

M. Keyserling ne discute pas ces croyances. Il découvre leur source \éritable non dans l'animisme, l'atavisme, l'hérédité, l'éducation, l'utilité sociale, mais dans leur sens unique cl profond. En dépit de leur variété, de leur opposition, de leur incohérence, ces croyances, — même celles qui ne conçoivent guère (ju'une durée terrestre, comme chez les juifs, ou qui visent à l'anéantissement finfil, tels les bouddhistes. — se ramènent toutes à cette intuition, obscure et profonde, que la vie ne s'épuise pas dans ^cs manifestations passagères. Nous sommes les éléments spécialisés, dérivés, les modalités d'une Energie dans laquelle la mort nous replonge, et dont les lins nous échappent. Kn ce sens, M. Keyserling prend comme épigraphe la célèbre formule panfhéi'^le de Spinoza : Seniimus experimurciue nos ti'lcmos esse.

Le spinozisme dérobe, il est vrai, toute perspec- \\\o d'immortalité à notre conscience personnelle, pour laquelle la science ne nous fournit aucune l*ieu\ 0 positive, mais seulement une preuve négati\e. qui consiste en l'absence de preuve favorable.

C'est pourtant à cette conscience indi\iduello que les hommes d'Occident attachent un prix immodéré. M. Keyserling. Louis Rourdeau et les positivistes s'efforcent de les convaincre d'erreur. On connaît le

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niul de Ilenaii : « Je ne voib pas de raison [luiii' (ju'uii I^apou soil immortel. » LU (.iœllie, un llenau n'accordcraienl qu'aux seuls génies le privilège d"immorlalilé. L'indi^idualitô de la plupart des hommes csl si miséral)le quils ne perdent rien par la mort. Les traits généraux d'humanité subsistent chez les autres hommes. La \ie des individus et des espèces n'est qu'une mort continuelle. La moindre part de notre existence survit en nous à l'état de sou\enir : le reste sombre dans l'oubli. Que de sensations effacées, d'espérances el d'illusions perdues, de joies el de pensées évanouies, d'opinions rejetées. d'acl(>s accomplis eu xain, de liens dénoués ou brisés jonchent le elicmiu (lue nous avons parcouiu de l'adolescence a la AKMllesse ! JXous ne \i\ons (|ue durant cet instant si lugilif qu'est le ])résenl. Par lui nous l)articipons à l'éternité ; nous en aAons conscience quand un éclair éblouissant d'enthousiasme, d'extase ou d'amour nous donne la sensation de l'infini dans réphémèr(\. .

De celte coiictqilion nos anl(niis déckiisent une morale modelée, disent-ils. sur la réalité des choses. qui i-eflète le monde naturel. La nature nous l'ail païaîlre que l(>s indixidus ne sont que des modalités lie la même su](slanc(\ (lue ces indi\idus s'illusioniii'ul. Imxjn'ils |)r('i(Mi(lenl s'isoler dans l'égoïsme de leiu' i>eis()nnalil('. L ne solidarité, une réversibilité i-elient les moi'ts et les \i\ants. La pairie est faite de la cendre des morts, et, ])endant qu'ils dorment dans leur poussière, la vie qu'ils n'ont plus se relrou\e en nous. Par une sorte de réincorporation

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