I.A MOni r.l I.V MODK. 2(i*J
nous rc\i\r<»iis i\c luOiue d"uiie existence siil.jccli\<' dans rànic de nos descendants. La famille, le groupe, le peuple, riiunianité enveloppent ainsi la conscience indixiduellc Mais comment se i'ail-il que la leri'e soit remplie; de moddlilés ambitieuses, jalouses, cruelles, dominatrices, qui n'ont aucune conscience de leur communauté de substance ? Les intentions tic la nature n'apparaissent pas aussi claires (iue le prétend M. Ko}serliny' : la hilte de tous contre tous n"entre-l-ellc pas aussi dans ses \ ues ? Et, dès lors, comment concilier Darwin, Comte et Spinoza ?
M. Keyserling témoigne une préférence marquée à la ]>liilosophie panthéiste i et aux religions antiiu(li\ idnalistes d'Orient. 11 n'est pas éloigné de considérer le bouddhisme, le taoisme, le judaïsme, les religions inspirées par le culte des ancêtres, par ridée de peuple élu, — à les considérer comme supérieurs au chrisiinni^me fondé sur la sur\iAanee personnelle, cl (pii repose sur une idée trop exallée de rindi\i(hi. ('elle idée esl, en elïel. susceptible de dégénérer en innnoralisme, et de conduire les peuples sur la pente de la décadence- Mais, d'autre part, l'impersonnalité de rintelligence, l'immersion et la réabsorption de l'individu dans le ioul, sont une hypothèse qui repose sur une idée trop exaltée de Tensemble. Si l'on mesure la valeur d'une idée à sa productivité, l'immortalité de l'àme, vérité
I. Dieu, pour M. Keyserling, est le symhole des rapports de l'homme et de la nature, et comme tout rapport implique deux termes. Dieu existe si l'on y croit.
BoLRDIiAL. l'r:i''llialiMllC. M
do senliiiienl, vérité d'imaginalion, folie pure aux yeux de l'agnostique, que le christianisme, beaucoup plus hellénique que juif, a empruntée au génie sublime et pernicieux de Platon — a été, historiquement, un immense bienfait. Un des penseurs les plus hostiles à l'Église, qui ont dénoncé sa cruauté aryenne, ses cachots, ses bûchers, son enfer, sa terreur, en conjurant les peuples de s'en délivrer, une fois pour toutes, Ernest Havet, est cependant contraint d'axouer que par le christianisme la société humaine « a gagné quelque chose en liberté et en moralité ». Ce quelque chose, — Taine Ta exposé dans une des pages les plus saisissantes de son Hisfoire de la Révolution, c'est la conscience qui, jointe à V}}onneur, d'origine féodale, distingue l'homme moderne tlu tiloycii de l'antiquité, de rOriculal." La cilé auli(jue. l'empire romain, l'Islam, l'Inde,, la Chine 1. fontlés sur l'omnipotence de l'Êlal et Tassujetlisscment de l'indixidu. n'uni [>roduil que des servitudes élernelles. des misères immuables. Le dogme de l'immortalité de l'âme a détaché l'indiAidu de la communauté priniili\e. du clan, de la famille, de l'État. Seul en présence de son Dieu, juge infaillible, qui dispense peines et récompenses et. au jugemeni finalj le vouera à une éternité de supplices ou de délices, — l'homme s'est senti une personne, avec des devoirs sacrés et des droits inaliénables ; réfusfié dans sa conscience comme dans un sanctuaire.
1. Bien à tort, selon nous, M. KeyserUng assimile le Japon à rintle et à la Chine : l'héroïsme patx'iotique des Snrnniirnï est purement féixlal.
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il a bravé loulcs les lyiannics : dès lors rcspcclé, il a pu se dé\oloppci' en tous sens. Les pays aujoui- (.riiui les plus iibics cl les plus prospères, l'Anglelerrc cl les Élals-Liiis, sonl ceux où l'individualisme religieux s'est le plus développé.
Celle croyance éminennnenl civilisatrice tend cependant à s'alïaiblii-, à disi)araître ; mais les croyances qui se dissipent et qui s'éteignent ne sont pas comme si elles n'avaient jamais &\é. La morale survit au tlognie. 11 est remarquable que la nouvelle philosophie américaine, d'affinités puritaines, connue sous le nom de Pragmalisnw, n'attribue qu'une iinportancc Irùs secondaire à la question de Vau delà, comme si en ce pays de la vie intense, nul n"a\ail le loisir d'y songer. William James, qui dans les \'riiiclcs d'expérience religieuse^ nous a donné du Saint, opposé à l'homme de proie, une psychologie pénétrante, consacre à peine quelques lignes à celte idée d'immortalité, où nombre de saints puisèrent [tourlant cet héroïsme que M. W. James met au dessus de tous les autres.
\ous ne pouvons, écrit M. W. James, nous assurer (ine les lins idéales qii(> i-eprésenle notre existence seront toujours indissolubl<'ment liées à celle existence. Si nous avions la certitude que, pendant toute l'éternité, quelqu'un veillera sur elles, nous pourrions peut-être nous résigner à ce que leur sort soit en d'autres mains que les nôtres. On comprend le désir qu'éprouv e l'ârnc d'assister elle-même à leur réalisation, bien qu'il y ait des liommes assez désin-