‹ Pragmatisme et modernismeChapitre 65 sur 68 · Ch. FiEssiNGER. — Science et sinritiialismc, Paris · texte numérisé non relu

Ch. FiEssiNGER. — Science et sinritiialismc, Paris

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racli'Mi. (I l'diii' lin priigiiialique, tlil M. (Jiislavc l^e Bon, il ii"> ;i ni xôiili', ni erreur, mais seulement des résultats, l lililé et vérité sunt synonymes i. »

Est-il possible, est-il désirable même d'appliquer ces notions à la médecine ot de créer une doctrine pragmati(iuo de la médecine?

Si Ton recherche le sens étymologique du mol pragmatique ( TzpayaaTiy.o;, qui étudie les laits en euxmêmes, propre à l'action, efficace, énergique), on voit que la médecine ne peut se comprendre que si elle est pragmatique. Elle est la science de l'observation agissante, et elle est sou^"ent pragmatique sans le savoir. Le pragmatisme médical, ce n'est pas le vieil empirisme médical, même pris dans le sens bon, \rai et littéral du mot (ca-î'-pia, expérience). C'est autre chose, ou plutôt, c'est quelque chose de plus. C'est l'expérience de tous les résultats, d'où qu'ils viennent, de la tradition comme de la science la plus récente. C'est l'empirisme associé à la science. C'est l'empirisme scientifique, malgré la contradiction apparente de ces deux termes, c'est-à-dire l'empirisme faisant usage de tous les moyens que la science met à la disposition de la médecine. Comme la médecine expérimentale do Claude Bernard, la médecine pragmatique l'st k par nature une médecine antisystématique et antidoctrinale » ; comme elle, i< elle est libre et indépendante par essence et ne veut se rattacher à aucune espèce de système médical 2 )). (( La clinique prend son bien partout où elle le troine ». a dit très justement mon maître, le professeur Dioulafoys. La médecine pragmatique doit suivre ces préceptes et se servir de toutes les méthodes d'examen. Elle appliquera aussi bien l'ausculta-

1. Gustave Le Box. — Philosophie et. religion. Leur évolution nouvelle: le pragmatisme («L'Opinion», il avril 1908).

2. Claude Bernard. — Introduetion à l'étude de la médeeine expérimentale, édition de 1903, p. 350.

3. DiEULAFOY. -- Manuel de Pathologie interne, IS' édition, 1908. t. I., p /j5.

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tion que les notions les plus récentes sur rimniunilr et fera le diagnostic par la déviation du complément, s'il est prouvé que la réaction de Wassermann a une valeur spécifique. Elle doit accepter tout, sauf les théories dénigrantes, stériles et impuissantes des rationalistes, qui mènent à l'indifférence et au scepticisme.

Si le pragmatisme est désirable partout en médecine, il doit surtout s'appliquer à la thérapeutique, cette conclusion logique, pratique et active de la clinique.

La thérapeutique pragmatique utilise toutes les médications qui soulagent les malades, quelles que soient leurs origines. Elle n'a aucun amour-propre et juge seulement d'après les résultats obtenus.

Elle a recours à la thérapeutique du passé, où, à futé du repos au lit et de la diète qui datent des premiers ùges de la médecine, elle puise des ïnédications excellentes comme l'émission sanguine locale et le cautère si utile dans les cardiopathies. Elle y trouve f|uel(|ues merveilleuses drogues, comme le colchique, ce remède de la goutte qui date de plusieurs centaines d'années, comme le mercure, comme la digitale, etc.

Elle a recours aux diverses pharmacopées, pharmacopée suisse, anglaise et américaine, etc., riches en substances précieuses, voire même à la pharmacopée homœopathique où se trouvent quelques bons médicaments.

Elle a recours aux sciences chimiques, physiques, naturelles et biologiques. Elle utilise les progrès synthétique.s de la chimie organique, les progrès de la pli> sique, les progrès de la chimie physique, les émanations de la matière, les rayons X, le radium, les (•njldïdes, l'ionisation médicamenteuse, les plantes indigènes et exotiques, ainsi que toutes les découvertes de l'école pastorienne.

Elle a recours à la physiologie et traite les troubles

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(lu t'onctiuiHn'ineiil des glandes par roi)nlli(''i;ipif pliysiologique.

Elle a recrjurs à la cinésolhérupie, à la pli.xsiutlii'rapie, à la climatologie et aux cures liydin-ininérales.

Elle a recours aux très petits moyens, s'il le faut, petits moyens qui produisent souvent de si grands effets sur les malades, et, convaincue de l'importance (If's (NMails, elle ne néglige jamais de les indiquer.

Elle a recours à la diététique, mais à une diététique basée sur l'expérience, ennemie des régimes draconiens, tenant toujours compte de la physiologie digestive et de la physique alimentaire.

Elle individualise le traitement pour chaque cas |)art!culier, et se garde bien de tonte sysiématisalion impossible h comprendre avec la diversité que l'hérédité et les acquisitions pathologiques impriment à rhaque cas morbide. Loin de partager l'avis de ceux qui ]irétendent qu'il est criminel de parler de terrain f'u médecine, elle tient le plus grand compte du terrain naturel et du terrain pathologique.

Elle est, enfin, convaincue de l'influence énorme du moral sur le physique, et elle joint la psycothérapio aux di\erses médications. Elle ne traite pas l'iiomme souffrant comme un lapin ou un cobaye, et elle agit bien plus sur son sentiment que sur sa laison. Elle est la vendeuse d'espoir, pleine de promesses, n'arrivant jamais les mains vides devant la détresse humaine, disant toujours oui et jamais non. Elle exerce (( le sacerdoce humanitaire » dont parle le professeur Albert Robin, dans sa belle leçon d'ouverture du cours de clinique thérapeutique. Le malade qui s'adresse à elle voit s'élargir « le lambeau d'espérance )) qui l'attache encore à la vie.

La thérapeutique pragmatique n'est pas un recul dans la recherche de la \érité médicale. En attendaîit l'heure encore lointaine de la sohiiion scientillqiie de tous les problèmes médicaux, elle est une

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furce eu évulutJuii, cigissaulc, toujours à ruNanlgarde du progrès. Elle ne cesse de chercher le nouveau, s'il lui est utile, acceptant même les théories si elles sont un instrument d'action et de résultats, quitte à les délaisser ensuite. En un mot, la thérapeutique pragmatique, sur laquelle je nie propose de re\enir plus longuement par la suite, est la thérapeutique du sons pratique de l'action.

Soriétr de Théra2)Cittiqut\ 24 juin 1908.

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