LE PRAGMATISME CONTRE LE RATIONALISME
Le pragmatisme est un système médiateur qui prétend salisfaîre à la fois l'esprit de religiosité, comme le rationalisme, tandis qu'autant oue l'empirisme il conserve la plus cordiale fnlimilé avec les faits • « Le bruit des faits résonne à travers tous ses chapitres. »
Le pragmatisme n:a rien de commun avec l'écleclisme. Ce n'est gas^un système, c'est une méthode pour résoudre les questions philosophiques : le monde esl-il un ou multiple, fatal ou libre, matériel ou spirituel ? Le pragmatisme cherche à interpréter chaque notion, en examinant ses conséquences pratiques. S'il n'y a pas de différences pratiques, toute dispute est vaine. Combien de discussions philosophiques tomberaient dans l'insignifiance si on les mettait à la simple épreuve de l'expérience concrète ! Cela revient, en dernière analyse, à vérifier les théories par l'action, à renoncer aux idées abstraites, à proclamer l'insuffisance des solutions verbales, des raisons a priori, des principes fixes, des systèmes fermes, prétendus absolus, à se tourner vers les faits concrets, vers l'action, vers l'effort pour modifier les réalités existantes.
Aucuns résultats spéciaux, prévus d'avance, ne sont impliqués dans le pragmatisme, mais ce changement de méthode, cette altitude, cette orientation, ont pour conséquence des changements énormes eiî philosophie : les rationalistes deviennent désormais sans emploi, au même titre que les courtisans dans une République, ou les prêtres ultramonlains, dans les pays protestants. On s'éloigne des premiers prin-
cipes, des catégories, pour ne regarder que les résultats, les fruits obtenus. A ce dernier point de vue, science, religion, métaphysique se trouvent rapprochées.
Toute théorie de l'absolu procède de l'ancienne magie des mots, des formules d'incantation. L'univers apparaît comme un Sphinx dont il faut deviner l'énigme pour posséder la formule magique, le Sésame ouvre-toi^ le dernier mot des choses. Tout à l'opposé, le pragmatisme pèse la valeur pratique de chaque idée, et la jette dans le torrent de notre expérience. C'est moins une solution qu'un programme et une indication sur le moyen de modifier les réalités existantes. Ce qu'il cherche dans les théories, ce n'est plus une réponse aux énigmes, mais des instruments d'action.
N'étant rien de neuf, il se rapproche des vieilles tendances nominalisies, en faisant toujours appel au particulier, non au général, — des utilitariens, en exaltant les aspects pratiques, — des positivistes, dans son dédain pour les solutions verbales, les questions inutiles et les abstractions métaphysiques.
Cette méthode implique une définition de la vérité. Au début, les lois scientifiques étaient envisagées comme la pensée du Très-Haut. Nous n'y voyons plus aujourd'hui que de simples approximations sujettes à revision. Toujours soumises aux rectifications des faits, les hypothèses scientifiques se font et se défont sans cesse. A plus forte raison en est-il de même des vérités philosophiques, qui ne sont que des vérités psychologiques relatives. A bas la