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dictions, chercher à les résoudre, afin de mettre en harmonie leurs pensées, leurs sentiments et leurs actes, est une nécessité vitale.
, La première difficulté, sinon la seule, qui con. cerne toutes les religions, touche à l'inspiration divine. Cette difficulté n'existe pas au regard des mystiques, car ils trouvent en eux-mêmes la preuve évidente de cette inspiration. Dieu, « ce soupir indicible caché au fond des âmes », selon l'auteur de rimilallon, cité par M. Edouard Le Roy, leur est sensible au cœur.
Ce miracle primordial une fois admis, il reste à rendre compte des autres miracles, à confronter les dogmes et les données de la science. Prétendre imposer l'interprétation autoritaire de l'Ëglise, acceptée par les simples dans son sens propre, à des hommes cultivés, équivaut à obliger les adultes à chausser des souliers d'enfants. Aujourd'hui quiconque réfléchit ne saurait attribuer un sens précis aux doctrines scolastiques qui servent de support aux dogmes. Chez nombre de prêtres et de fidèles, les professions de foi réelles ne correspondent plus aux professions de foi nominales. Tel proclamera qu'il croit fermement à l'enfer, mais il vous glissera dans le tuyau de l-'oreille qu'il croit non moins fermement que cet enfer n'a de réalité que dans les tourments de la conscience. Le dogme n'est que le cadre : ce qui importe, c'est le tableau, la vie chrétienne.
La prédication religieuse néglige de plus en plus le dogme et s'attache à la morale. Pressés d'agir,
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avides de résultats positifs, étrangers aux subtilités de la théologie, jugées aussi inutiles qu'infécondes, les fidèles attachés à leur religion lui demandent avant tout des règles de conduite. Au lieu de nous casser la tête sur les attributs divins, William James veut que « nous aidions Dieu à faire son devoir », et il ne retient de ces attributs que ceux qui peuvent nous y aider nous-mêmes. Cette disposition d'esprit, qui nous vient d'Amérique, comme une nouveauté, baptisée du nom de Pragmatisme, popularisée par William James, formulée avant lui par M. Bergson mais dans un sens très différent et bien plus profond, qui cherche dans nos actes plus que dans nos pensées « le creuset où s'élabore de plus en plus la conscience humaine », cette théorie si magnifiquement formulée dans le monologue de Faust : « Au commencement était le Verbe... (Non.) Aii commencement était l'action ! » M. Le Roy la retrouve dans Bossuet et dans Newman lorsqu'il écrit : « Si la religion n'est pas une vérité pratique et d'ordre moral, le scepticisme est la seule philosophie raisonnable. »
L'état d'esprit pragmatique est celui de M. Edouard Le Roy. Mais il n'entend pas le pragmatisme dans un sens exclusivement utilitaire ; ses tendances mystiques le sauvent de l'utilitarisme. Il ne rejette pas les dogmes à l'arrière-plan, il les interprète à nouveau. Cet essai d'interprétation formait le sujet d'un petit article intitulé : Qu'cM-ce qu'un dogme? paru en 1905, et qui soulevait aussitôt des polémiques passionnées, violentes, énormes. Le volume Dogme
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et cHtique reproduit cet article, en même temps que les objections et les réponses.
^ Homme de foi et de courage, M. Le Roy écarte d'abord le reproche de manquer de respect à l'autorité et d'ébranler la croyance des humbles. Les questions que soulèvent les dogmes, on ne peut les éluder ; les adversaires de l'Église ne s'abstiennent pas de les poser et rien n'est plus dangereux que de laisser aux incroyants le champ libre pour les discuter : c'est d'eux que les jeunes gens les apprennent. M. Le Roy revendique avec énergie le droit de la pensée laïque en matière de dogme. Il se refuse d'admettre que l'Église ne soit qu'une hiérarchie, un gouvernement, maître absolu de sujets inertes, et que le monopole de la liberté spéculative, de la science théologique n'appartienne qu'à quelques rares élus. « Les fidèles se voient réduits au rôle des moutons de la Chandeleur à Rome ; on les bénit et on les tond. » Notre obéissance, poursuit M. Le Roy, veut être celle de fils, non de courtisans, d'esclaves et de muets. « Elle se concilie avec le devoir qui nous incombe d'agir par nous-mêmes, en qualité d'hommes et de penseurs, assez sûrs de leur obéissance à l'autorité légitime pour ne pas encourir les risques méritoires qu'il y a toujours à vivre... »
Le principe d'autorité est d'ailleurs irrecevable dans le domaine de la pensée pure. « Nulle autorité ne peut empêcher que je trouve un raisonnement solide ou fragile » uhi spiritus, ihi libertas. Cette autorité, M. Le Roy ne l'accepte que dans le domaine
de l'action, où, ainsi que nous le verrons, d'autres catholiques font des réserves.
Il s'attache à prouver deux choses : les conceptions intellectuelles courantes (traduisez, si vous \oulez, les données de la science actuelle) rendent insolubles la plupart des objections que soulève l'idée <le dogme. — Mais, d'autre part, la doctrine pragmatique de la primauté de l'action permet de résoudre tous les problèmes, sans rien abandonner des droits de la pensée et des exigences du dogme. Il s'agit, l»our M. Le Roy, d'éclaircir l'idée de dogme et d'expliquer comment elle se concilie avec la liberté de la recherche spéculative. Cette conciliation, nécessaire à la conservation de la foi, n'est possible, selon M. Le Roy, que si on donne au dogme imposé à la conscience catholique par l'autorité de l'Église un sens pratique et moral et qu'on n'en fasse pas une conception intellectuelle. La conclusion de M. Le Roy est qu'il faut avant tout voir dans le dogme une prescription d'ordre pratique, et qu'on ne doit lui attribuer, au point de vue intellectuel, qu'un sens négatif et prohibitif ^.
Prenons comme exemple la Résurrection et la Présence réelle.
M. Le Roy discute les témoignages des récits de la résurrection dans les trois Synoptiques dont les textes n'ont pas une concordance suffisante et semblent avoir été si remaniés qu'ils ne peuvent être invoqués comme témoignages exacts et certains. Il ne reste plus que saint Jean et saint Paul. Sur le