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CHAPITRE V

LE CHATEAU ROYAL

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Le château royal (Hrad') a donné son nom (Hradczany, sous une forme germanisée le Hradschini à toute une partie de la ville. .Même à l'époque où Prague passait pour une ville allemande, ce nom de Hradschin attestait encore sa vraie nationalité et rappelait ses origines.

Ces origines se perdent dans la nuit des temps préhistoriques. Les textes nous apprennent qu'en 1135 le château fut reconstruit d'après le type des châteaux latins. A droite de l'église Saint-Vit ou Saint-Guy se dressait un palais fort modeste qui n'avait qu'un étage et communiquait avec la cathédrale par une galerie. En 1303, un incendie détruisit ce premier palais qui fut reconstruit par Charles IV d'après le type de notre

1 Ce mot hrad est le même que le serbe gniJ, ville (Belgrade, la ville blanche), et le russe gorod (Novgorod, la nouvelle ville). Il désigna primitivement un endroit fortifié.

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Louvre, que l'empereur-roi avilit souvent visité dans sa jeunesse. La situation topographique des deux édifices était d'ailleurs bien différente. L'un s'élevait en plaine au bord d'un fleuve, l'autre sur une colline éloignée de la Vltava et adossée à un plateau.

Le château de Charles IV n'abritait pas seulement la personne et la cour du roi, mais aussi le tribunal supérieur et les grandes charges de l'État. Durant les années 1420 et 142 1 il eut à souffrir des troubles hussites. Au xv° siècle, les rois l'abandonnèrent pour aller résider dans un palais de la vieille ville sur la rive droite de la Vltava. Un jour que Vladislav II (1471-1516) prenait l'air à la fenêtre de son palais de la vieille ville, il faillit être blessé par une flèche qui portait cette légende « Débarrassons-nous de cet aventurier polonais. » Cette manifestation hostile le décida à remonter au château de Hradczany, où il était sûr d'être à l'abri de pareilles mésaventures. Il le fit restaurer, notamment l'aile qui porte son nom, par les soins de l'architecte Kied. Kn 1.541, un effroyable incendie dévasta le palais dont Ferdinand confia la restauration à des architectes allemands ou italiens. Pendant la guerre de Sept ans il fut bombardé par Frédéric II (1757). Les derniers remaniements datent de l'année 1774.

Une partie du PIradczany fut habitée par notre Charles X de 1833 à 1836. Le dernier roi couronné de Bohême, Ferdinand le Bienfaisant, y vécut depuis son abdication (2 décembre 1848), jusqu'à sa mort arrivée en 1875. Sous le règne du souverain actuel, le château a été assez rarement honoré de la visite royale ; la cathédrale de Saint-Vit n'a pas vu s'accomplir la cérémonie traditionnelle du Sacre et sur les sept cent onze pièces du palais beaucoup sont restées inhabitées.

Trois vastes cours sont encloses par les divers bâtiments dont l'ensemble constitue le château devant lequel s'étend une vaste place sur laquelle s'élèvent le palais épiscopal, le palais Sternberg, le palais Schwarzenberg. La partie ancienne porte encore les traces des ravages de la guerre de Sept ans.

Une grille monumentale accotée à six piédestaux supportant des statues allégoriques, œuvres de Platzer, donne accès à la cour d'honneur sur laquelle se développe la façade du château, œuvre correcte et élégante de Scamozzi (16 14). La porte centrale est surmontée du monogramme de Marie-Thérèse et de la couronne ro^-ale.

Le bâtiment qui s'élève à droite dans la seconde cour (tous ces bâtiments sont d'un style très simple — le st34e caserne — à l'extérieur) renferme la salle dite espagnole restaurée à diverses reprises — pour la

Lie CHATEAU KOYAT,

seconde fois en 1887 — où se donnaient naguère les fêtes delà Cour, la salle allemande qui fut sous Rodolphe II la galerie des beaux-arts.

L'ii coin d'une cour du clinteau avec l'cglisc Saint-Georges.

Dans la cour a été construite, au XVli' siècle, la chapelle, très simple à l'intérieur, très richement décorée à l'extérieur, avec les statues des trois saints nationaux : saint Vit, saint Vacslav, saint Jean Népomucène.

C'est dans la troisième cour que s'élevait le palais des princes de la première dynastie nationale, des Prémyslides. Il en reste encore quelques débris encastrés dans les constructions du rez-de-chaussée, notamment une salle basse dont les voûtes retombent sur deux piliers et une cuisine. Au premier étage de l'édifice actuel demeurait naguère l'empereur-roi Ferdinand V. Les appartements du second étage renferment des

Une des entrées du château.

tableaux de Luca Giordano, de Veronese, de Rubens, du Bassan.

C'est cet étage qui a été habité par Charles X. C'est là qu'il reçut au mois de mai 1833 la visite de Chateaubriand. Mais l'auteur du Génie du christianisme n'était guère préparé à ce séjour au point de vue de l'histoire ou de l'archéologie. Il était mal documenté sur Prague. Les pages qu'il consacre à sa visite dans les Mémoires d'outre-tombe ne donnent guère qu'une vague idée de la capitale de la Bohème.

Le vendredi 24 à neuf heures et demie du soir il gravissait « les rues silencieuses, sombres, sans réverbères qui mènent au château.

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