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I.R CHATKAU ROYAL

« L'édifice dessinait sa masse noire sous le ciel ; aucune lumière ne sortait de ses fenêtres. Il y avait là quelque chose de la solitude du site et de la grandeur du Vatican et du temple de Jérusalem vu de la vallée de Josuphat On n'entendait que le retentissement de mes pas et de ceux de mon guide; j'étais obligé de m'arrêter par instants sur les plates-formes des palais échelonnés, tant la pente était rapide. »

La salle dite de Vladislav.

Les conversations avec le roi ou les personnes de son entourage occupent la plus grande partie du récit de Chateaubriand. De Prague elle même il a vu peu de chose.

« C'est, dit-il, une cité riante où pyramident vingt-cinq à trente tours et clochers élégants. .Son architecture rappelle une ville de la Renai.ssance. »

Vingt-cinq à trente tours? Les Bohémiens qui ont lu les Mémoires d' outre-totnbc ont dû trouver que le noble vicomte les traitait bien légèrement. Scaliger disait de Prague au temps jadis :

Omnia iiirrigercr lOiucJniif oppit/j Pragtv: Natura hic posuit quidquiil in orbe fuit.

« Que toutes les cités le cèdent à Prague, la ville des tours ; la nature y a placé tout ce qu'il y a de bien dans le monde. »

Une vieille épithète de Prague, c'est « la ville aux cent tours ». Je n'ai pas compté les cent tours. Ce que je sais, c'est que Prague possède actuellement 55 églises catholiques, 4 évangéliques, i église orthodoxe, des S3'nagogues, et que les tours civiles ou militaires sont certainement

La s.iIIl' do la Diclu au châlcau Je l'iague.

au nombre d'une vingtaine. Chateaubriand en face de son roi proscrit avait bien autre chose à faire que de compter des clochers ! Je lui cède encore la parole.

« La vue dont on jouit des fenêtres du château est assez agréable ; d'un côté on aperçoit les vergers d'un frais vallon à pente verte, enclos des murs dentelés de la ville qui descendent jusqu'à la Moldau.

« Dans les constructions qui composent le Hradschin, on voit des salles historiques, des musées, que tapissent les portraits restaurés et les armes fourbies des ducs et des rois de Bohême.

« Si Prague était au bord de la mer rien ne serait plus charmant... »

LE CHATEAU ROYAL

Et c'est tout. En somme, à Prague, Chateaubriand n'a vu que son roi. Deux siècles avant lui — du 21 janvier au 8 avril 1604 — un autre gentilhomme français, Bassompierre, s'était arrêté à Prague en revenant de la Hongrie où il avait guerroyé contre les Turcs. Il avait joué à la paume avec le grand chambellan de l'Empereur qui n'était autre que Wallenstein. Mais il n'a retenu de son séjour que des souvenirs de masca-

La salle de la défenestration.

rades ^ou d'aventures galantes. De la ville elle-même il n'a rien vu ni rien regardé. Vingt ans après Chateaubriand, en 185g, VioUet-le-Duc arrivait à Prague et voici ce qu'il écrivait à son ami l'architecte Lance, qui était bien digne d'être associé à ses impressions artistiques. « Nous sommes arrivés à Prague au petit jour par un temps magnifique. L'aspect de la ville à cette heure a quelque chose de féerique : on croirait voir une de ces toiles de fond de l'Opéra sur lesquelles nos décorateurs, à qui les monuments ne coûtent rien, accumulent les flèches aiguës, les palais, les grandes lignes de murs crénelés et les jardins, s'étageant jusqu'au sommet des coteaux perdus dans la fraîche vapeur du matin.

PRACrUK

« Prague est bien une ville du nio3'en âge. belle, bien percée, couverte d'édifices énormes, à cheval sur une grande rivière et couronnée par une acropole qui conserve l'aspect d"une vaste citadelle gothique, avec son enceinte de murs suivant les sinuosités de la colline qui lui sert d'assiette. »

Ce qui attire surtout l'attention dans le château, c'est l'édifice qui

La salle espagnole du château.

porte le nom du roi Vladislav Jagellon, notamment la salle dont les voûtes sont brodées de nervures exquises et qui fut exécutée par l'architecte Rieder (1502). C'était la salle du trône; c'est là que les rois donnaient des fêtes, recevaient les hommages de leurs sujets et des étrangers. Les proportions de cette salle sont énormes (74 mètres de longueur sur 18 de largeur, 14 mètres de hauteur). C'est l'une des plus originales de l'Europe ; elle a été gâtée lors de récentes restaurations par de grossières nervures en trompe-l'œil. Ce qui frappa surtout les contemporains lorsqu'elle fut achevée, c'est que malgré ses vastes proportions aucune de ses

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voûtes entrelacées ne retombait sur un pilier. Elle servait à l'occasion de vestibule à la salle où se tenaient naguère les diètes du royaume et où siégeait le tribunal suprême. Au temps de Rodolphe II, les marchands de bijoux et d'objets précieux étaient autorisés à y faire l'étalage de leurs marchandises, et cette exposition attirait les gentilshommes et les belles dames. La salle de Vladislav est aujourd'hui complètement nue ; mais les visiteurs que guide le cicérone officiel ne suffisent point à l'animer.

La salle allemande.

Parmi les salles que l'on montre aux touristes, signalons seulement : ■La salle de la Diète, contemporaine de la salle du trône, où siégeait naguère la haute cour de justice et où la Diète du royaume a tenu ses séances jusqu'en 1847.

La chancellerie de la Diète royale et du Conseil aulique où furent condamnés en 1621 les partisans de Frédéric le Palatin.

Elle conserve quelques portraits de souverains et celui de Charles I" d'Angleterre et de Philippe II. Au-dessus est la chancellerie de la préfecture, la fameuse salle de la défenestration dont j'ai raconté plus haut l'histoire voir p. 8).

Dans le fossé du château deux pyramides ont été érigées pour rappeler l'épisode tragi-comique.

Après la salle de Vladislav les deux plus grandioses sont la salle allemande où Rodolphe gardait ses trésors et la salle espagnole (48 mètres sur 24), naguère réservée aux fêtes, trop rares aujourd'hui, qui s'étend audessus des écuries de Rodolphe II. Un mobilier trop succinct décore ces salles naguère si vivantes, aujourd'hui si abandonnées.

Elles ne revivent que bien rarement de la vie ancienne à l'occasion du séjour éphémère de quelque auguste personnage.

Dans le parc du château s'élève une des œuvres les plus exquises de la Renaissance. Ferdinand I" (i 526-1 564) affectionnait particulièrement le plateau qui domine le ravin ou fossé des Cerfs. Il appela un jardinier italien pour le décorer, et, pour construire un pavillon de plaisance, un architecte italien, Paolo délia Stella de Mileto qui avait été dans son pays le collaborateur de Sansovino. La construction du pavillon dura de 1538 à 1558; on l'appelle le Belvédère. L'architecte semble s'être inspiré du temple de Neptune à Pœstum dans la gracieuse colonnade qui fait le tour de l'édifice.

J'aime la courbe exquise de la toiture métallique. Dans la seconde moitié du XIX= siècle la Société patriotique des Amis des arts s'est intéressée à cet élégant édifice, l'a fait décorer à l'intérieur de fresques qui représentent quelques-uns des épisodes les plus marquants de l'histoire de la Bohême. Le pavillon est d'ailleurs d'une lamentable nudité.

C'est du règne de Ferdinand I" que date un autre pavillon situé à trois kilomètres environ de Prague sur le plateau de la Montagne Blanche, le pavillon de l'Étoile ainsi nommé parce qu'il offre à l'extérieur la forme d'une étoile à cinq branches. Il est difficile de parler du Belvédère sans songer à l'Étoile qui lui fait en quelque sorte pendant.

C'est l'archiduc Ferdinand, lieutenant du royaume, qui dessina luimême les plans de cette singulière construction où cinq chambres en forme de losange débouchent sur une pièce centrale circulaire tandis que le sixième losange sert de cage à un double escalier. Dans ce réduit mystérieux Ferdinand abritait son épouse morganatique. Philippine Welser, qui n'avait pas le droit de résider au palais de Hradczany. En 1757, Frédéric II établit dans ce pavillon son quartier général. Depuis le château fut transformé en poudrière. Ce n'est que depuis 1866 qu'il est devenu accessible au public. La disposition architectonique, la décoration géométrique des parois en grisailles méritent l'attention du visiteur.

LE CHATEAU ROYAL

Mais il ne saurait manquer d'être péniblement impressionné par l'état d'abandon et de vétusté de l'édiiice.

Je reviens au château de Prague pour signaler deux fontaines dont l'une décore le parc réservé et l'autre l'une des cours intérieures : La fon

La Fontaine qui cliante.

taine qui chante dans le jardin royal près du Belvédère, la fontaine de Saint-Georges dans une cour intérieure du château. La fontaine qui chante, œuvre de Thomas Jarosch de Brunn, a été exécutée et fondue à Prague de 1564 à 1569. Elle chante, paraît-il, quand l'eau jaillit; je ne l'ai point entendue chanter.

La fontaine Saint-Georges est surmontée d'un saint Georges à cheval

terrassant le dragon. On sait que cette statue fut fondue en 1373 sous le règne de Charles IV par 3\artin et Georges de Clussenberg. C'est l'un des spécimens les plus intéressants de l'art du fondeur au moyen âge (voir p. 32).

Quelques tours de l'ancienne enceinte du château subsistent encore aujourd'hui. La Tour Blanche qui loge le personnel de la Cathédrale servit de prison d'Etat jusqu'au règne de Marie-Thérèse. La tour dite Daliborka doit son nom à un chevalier Dalibor qui y fut détenu pour des actes fort indélicats. Il fut soumis à la torture; l'instrument qui lui arracha l'aveu de ses méfaits s'appelait en tchèque le violon.

Un mauvais plaisant se mit à raconter que Dalibor avait appris à jouer du \iolon. Une légende se forma qui représentait Dalibor jouant du violon i:)our charmer les ennuis de sa captivité et attirant autour de sa prison les foules attentives et charmées. Sur cette légende le grand musicien Smetana a écrit un de ses meilleurs opéras.

Une troisième tour dite la Tour Noire, de forme carrée, était surmontée au temps de Charles IV d'un toit doré. Lors de l'incendie de 1541 elle fut épargnée par les flammes mais non par la fumée et son nom rappelle encore aujourd'hui les dégâts qu'elle subit alors.

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L'Archevêché.

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