‹ PragueChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA CATHÉDRALE DE SAINT-VIT

Le château de Prague, de même que le Kremlin de Moscou, renferme dans son enceinte plusieurs sanctuaires : la collégiale de tous les saints, la cathédrale de Saint-Vit, l'église de Saint-Georges.

La collégiale a remplacé l'ancienne chapelle royale. Fondée en 1264, elle a été reconstruite vers 1380 par Pierre Parler, que nous allons retrouver tout à l'heure. Depuis 1588 elle abrite les restes de saint Procope de Sazava, l'un des grands patrons de la Bohème.

J'ai raconté plus haut (p. 3) les origines premières de Saint-Vit. En l'an 1060, le duc Spytinhev II érigea sur l'emplacement de la chapelle primitive une basilique romane Au xiV siècle Jean de Luxembourg, le héros de Crécy, et son fils Charles IV entreprirent la construction d'une basilique définitive à laquelle fut assignée la dîme des mines d'argent du royaume. La première pierre fut posée le 21 novembre 1344 et le premier architecte fut notre compatriote Mathias d'Arras Charles IV

à l'époque où il n'était encore que margrave de Moravie, l'avait rencontré à Avignon et engagé à son service. Il avait précédemment obtenu du pape Clément VII l'autorisation d'ériger le diocèse de Prague en archevêché.

L'érection de la nouvelle cathédrale coïncide donc avec celle de l'archidiocèse. Mathias prit pour type celui de nos cathédrales françaises dont le chœur est entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent des chapelles polygonales. Il semble s'être inspiré particulièrement de la cathédrale de Narbonne.

Dans l'espace de huit ans il éleva le chœur jusqu'à la hauteur du triforium. Pierre Parler de Gmunden continua son œuvre jusqu'eni399, En 1392, il aborda l'édification de la nef. Les travaux furent poursuivis jusqu'en 1418. La crise hussite les interrompit. On se remit à l'œuvre sous le règne de Vladislav Jagellon (1471-1516). Un incendie terrible faillit détruire la basilique en 1541. Ferdinand I" la fit restaurer et érigea le clocher en style Renaissance qui existe encore aujourd'hui et que l'on voit sur notre gravure (p. i).

Évidemment ce clocher détonne avec le style général de l'édifice. Le jour où il aura disparu, les Pragois regretteront sa silhouette familière. Je ne doute pas cependant qu'ils ne se consolent vite en contemplant la flèche grandiose surmontée du lion de Bohême qui lui aura été substituée.

En laissant de côté la partie neuve à laquelle on travaille depuis un demi-siècle, la cathédrale actuelle de Saint-Vit, comme celle de Beauvais, ne comprend qu'un chœur entouré de huit chapelles pentagonales. La longueur de ce chœur est de 50 mètres. Tel qu'il est aujourd'hui, ce chœur d'un gothique sévère produit une profonde impression de grandeur et de majesté.

Lorsque l'église sera achevée, elle aura 125 mètres de longueur; deux flèches actuellement achevées domineront le portail et le clocher actuel sera remplacé par un clocher de 160 mètres.

Autour du chœur court un triforium dans lequel on pouvait autrefois circuler. Mais pour consolider l'église, l'architecte Mocker a prudemment fait boucher les arcades. Sur ce triforium se dressent les bustes des personnages qui, au xiv° siècle, ont contribué à l'érection de la cathédrale, les rois Charles IV et Vacslav IV et leurs épouses, les trois premiers archevêques de Prague, les deux premiers architectes, Mathias d'Arras et Pierre Parler.

Au milieu du chœur — c'est-à-dire en réalité de la cathédrale — l'attention est tout d'abord attirée par le mausolée sur lequel s'allongent les figures couchées de l'Empereur Ferdinand (mort en 1564), de sa

l.A CATHKDKAI.K DE SAINT-VIT

femme Anna (morte en 1594) et de son fils Maximilien II (mort en 1576). Dans l'intérieur du mausolée reposent Charles IV, Vacslav IV, Ladislas le Posthume, Georges de Podiebrad, Ferdinand I" et Rodolphe II. Sur

Saint-Vit. Le Chœur.

les côtés du monument sont groupés les médaillons de Charles IV et de ses quatre épouses, parmi lesquelles notre Blanche, de V£icslav IV. de Ladislas le Posthume et de (Tcorges de Podiebrad. Aux quatre angles des anges portent des écussons. Ce mausolée somptueux fut érigé en 1589 par les ordres de Rodolphe II. Il est l'œuvre d'un artiste néerlandais, Alexandre Colin de Malines, l'auteur des statues colossales qui ornent le

fameux tombeau de Maximilien dans la Hofkirche — l'église de la cour — d'Innspruck. C'est à Innspruck qu'il exécuta les figures de Prague. Elles furent amenées par eau jusqu'à Linz et de là voiturées en traîneau jusqu'à la cathédrale.

L'église de Saint-Vit est particulièrement chère au cœur du patriote bohémien par tous les souvenirs qu'elle lui rappelle.

Commençons notre visite par la chapelle consacrée au grand patron du royaume, au duc saint Vacslav. Les murs de cette chapelle, comme

Tombeau de Premysl Otakar (œuvre de Pierre Parler),

ceux de la chapelle du château de Karlstein, sont incrustés de pierres précieuses, agathes, améthystes, chrysoprases ; sur certaines parties courent des fresques du xiv'' et du xvi° siècles. A côté d'un Christ en croix figurent agenouillés Charles IV (toujours lui!) et son épouse — l'une de ses épouses — Alice de Poméranie. Derrière un vitrail sont conservés la cotte de mailles et le casque de saint Vacslav ; à la lourde porte de la chapelle est fixé un anneau de bronze tenu par une gueule de lion. Cet anneau vient de la ville de Stara Boleslava (Alt-Bunzlau) ; le prince Vacslav, suivant là tradition, s'était cramponné à lui lorsque son frère Boleslav lui donna le coup mortel. Près de la porte d'entrée, se dresse presque, de grandeur naturelle, une statue en bronze du saint sous un baldaquin dont le dôme

Page 1