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LE VIEUX PONT

Sur la colline de Hradczany, dans la cathédrale de Saint-Vit, partout nous avons rencontré le souvenir de Charles IV; nous allons le rencontrer encore.

Pour franchir le Vltava il nous faut traverser le vieux pont de pierre qui porte le nom du glorieux souverain. Ce pont est l'une des grandes merveilles de Prague et j'ajouterai de l'Europe. Il doit peut-être une bonne partie de son charme au cadre qui l'entoure. Je l'ignore. Ce que je sais c'est que c'est l'un des endroits du monde où je me plais le mieux à m'arrèter et à rêver. Ce pont évoque tant de souvenirs et le paysage qui l'entoure est si beau.

Charles IV posa la première pierre de ce pont en 1357. Il remplaçait

lp: vjkux pont

un pont plus ancien qui datait du XI' siècle et qui n'était pas tout à fait dans le même axe ; l'architecte fut ce Pierre Parler que nous avons déjà eu l'occasion de citer.

Ce qui attire tout d'abord l'attention du spectateur ce sont les tours guerrières qui défendent les deux extrémités du pont, c'est le peuple de statues qui anime ses parapets.

L'une des tours du vieux pont.

Cette décoration sculpturale ne faisait point partie du plan primitif. La troisième pile de la rive gauche portait seule, d'un côté un calvaire, de l'autre une croix de bois. C'esf sur cette arche fatale que les criminels étaient exécutés ou liés dans des sacs et jetés à l'eau. Les marchands qui volaient leurs clients étaient attachés à des cordes et plongés à diverses reprises dans le fleuve. Dans une île de la rive gauche, l'île de Kampa, s'élevait la colonne dite de Roland qui représentait un chevalier debout, un lion cou-

ché à ses pieds. Ces statues de Roland toutes établies sur un type analogue se rencontraient fréquemment dans l'Allemagne du mo5'en âge. En Bohème nous en retrouvons une sur la façade de l'hôtel de ville de Leit-

meritz. La légende rattache ces statues au Roland de notre épopée carolingienne ; mais ce rapport paraît dû à une fantaisie de l'étymologie populaire. L'étymologie la plus vraisemblable est celle qui rattache ce nom à un ancien vocable germanique roUa, péage, octroi. Ces statues symbolisaient le droit (|ue s'attribuaient les cités d'exiger des péages ou des octrois. Et de fait c'était sur le pont Charles (il fut longtemps l'unique pont de la ville) que se percevaient les redevances. Les piétons passaient gratis, sauf les juifs dont on exigeait deux deniers.

La tour qui défend l'accès du pont du côté de la rive gauche est accotée à une porte qui ne se ferme plus, mais sous laquelle il faut toujours passer pour aborder le pont. Cette porte s'appuie sur une tour plus basse et plus ancienne qui appartenait au pont antérieur à celui de Charles IV. Tout cet ensemble a fort bel aspect, mais ce qui est particulièrement intéressant c'est la tour de la rive droite, autrement dit de la Vieille- Ville. Elle se dresse au-dessus d'une arcade qui enjambe franchement le pont. La décoration extérieure est d'une extrême richesse. Sous la corniche du premier étage s'alignent les armoiries des pays sur lesquels a régné la maison de Luxembourg, la Haute et la Basse Lusace, le comté de Glatz (ces provinces appartiennent aujourd'hui à la Saxe et à la Prusse), le Luxembourg, la Bohême, l'Allemagne, la Moravie, le Brandebourg, la Silésie et Arlon qui appartenait jadis au Luxembourg et qui fait aujourd'hui partie de la Belgique. Au-dessus de la corniche, sous une arcade flamboyante, se dressent les statues de Saint-Vit, de Charles IV, de Vacslav III, précieux monuments de la sculpture bohémienne au XIV" siècle.

Elles sont flanquées d'écussons qui portent les armes de l'Empire, de

La colonne de Roland.

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