LE VIEUX PONT
la Bohème et de la Vieille-Ville. A la hauteur du deuxième étage régnent
La tour de la Vicillc-Ville à rextrémitê du vieux pont.
huit baies ogivales dont quatre seulement servent de fenêtres. Dans les deux baies centrales les statues de saintAdalbertetde saint Sigismond. A leurs pieds le lion de Bohême accroupi semble veiller sur la cité. Cette
La tour du pont de la Vieille Ville ; délaib.
belle tour a malheureusement eu beaucoup à souffrir des méfaits de l'artillerie suédoise en 1649. Une inscription latine évoque le souvenir de son
T.E VI V.\J\ l'OXT
histoire, mais aucune inscription ne rappelle le nom des patriotes dont les têtes sanglantes furent exposées par la main du bourreau (21 juin 1621). Ces tristes trophées restèrent à la tour pendant dix années entières.
La guerre de Trente ans avait débuté à Prague par la défenestration
La statue de >ainl Juan Ncponiuccnc,
([ue nous avons racontée plus haut (p. 8 et 9). C'est sur le pont de Prague que s'accomplit l'acte diplomatique qui mit fin aux hostilités.
Au milieu du pont on construisit une maisonnette de bois composée de deux pièces dont l'une donnait sur le Petit-Côté, l'autre sur la Vieille- Ville. C'est dans cet édicule que se réunirent les commissaires impériaux et suédois chargés de régler l'évacuation de la Bohème. L'histoire évolue
go PRAGUE
sans cesse ; les Suédois ne reviendront jamais devant Prague et les Tchèques sont aujourd'hui les maîtres incontestés de cette noble cité où ils étaient naguère traités en parias.
Le pont a plus d'un demi-kilomètre de longueur et ne compte pas moins de seize arches. Ce qui lui lui prête une physionomie toute particulière, ce qui fait de lui un pont unique en Europe, ce sont les groupes ou statues qui surmontent les deux parapets. Ces groupes et statues d'un caractère religieux sont an nombre de trente. Vues de près ces sculptures n'ont pas, sauf quelques groupes, grande valeur artistique ; vues de loin elles constituent un ensemble animé et pittoresque.
Cette décoration date du xviii" siècle. Elle atteste, elle proclame le triomphe définitif du catholicisme restauré dans la cité naguère inféodée aux doctrines du Hussitisme et de la Réforme. Un certain nombre de statues ou groupes sont l'œuvre de Brokoff et de Braun, quelques œuvres datent du xix" siècle. J'ai déjà parlé du groupe que représente le Christ crucifié s'inclinant vers sainte Luitgarde. La dévotion populaire va surtout à la statue en bronze de saint Jean-Népomucène qui fut fondue en 1682 à Nuremberg. Une inscription rappelle la poétique légende du saint et désigne l'endroit d'où il aurait été précipité dans la Vltava, et où cinq étoiles auraient accompagné la tète du martyr qui flottait sur les eaux. Ces cinq étoiles on les retrouve dans les cinq lanternes qui entourent la tête de la statue.
La plupart de ces œuvres feraient un effet médiocre dans une église ou dans un musée ; réunies sur ce pont légendaire, dans ce merveilleux décor elles constituent un ensemble sans égal en Europe. Ce fut une émotion profonde dans toute la Bohême lorsque dans le courant de l'année 1 8go une inondation faillit emporter ce pont si pittoresque consacré par tant de glorieux et touchants souvenirs. Les dégâts ont été considérables; mais, grâce à Dieu, ils ont été réparés et le vieux pont a été rendu à sa splendeur première.
L'Hôtel de Ville.