L'HOTEL DE VILLE. — L'ÉGLISE DU TYN
Nous voici maintenant sur la rive droite, qui constitue la partie la plus animée et la plus considérable de la capitale.
Ici encore nous ne pouvons oublier Charles IV.
Nous passons devant le monument qui lui a été consacré en 1848, à l'occasion du cinquième centenaire de la fondation de l'Université. Le souverain se dresse sur un piédestal gothique, entouré de figures allégoriques qui symbolisent les quatre facultés et de quatre de ses plus illustres contemporains, parmi lesquels notre compatriote Mathias d'Arras.
Une rue qui s'appelle rue Charles-IV et qui longe l'Université nous mène\out droit à l'Hôtel de Ville.
Donnons, en passant, un coup d'œil rapide au Clementinum, c'est-à-
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dire'aux bâtiments de l'Université. C'est un ancien Collège des Jésuites et qui fut naguère un des plus considérables de l'I^urope. Ils en commencèrent la construction en 1553, à l'époque où ils étaient tout-puissants en
Lii chapelle de l'Hôtel de Ville.
Bohème et en Autriche. Ce nom de Clementinum est dû à une église placée sous le patronage du pape saint Clément.
Ce qui nous intéresse dans cet ensemble de bâtiments sans caractère, c'est la bibliothèque, qui compte aujourd'hui plus de 250.000 volumes; la salle principale est entourée d'une galerie supportée par des colonnes
L'HOÏKI, DE VILLK.
L'EGLISE nu TYN
cannelées; le plafond est décoré de fresques; parmi les bustes des savants qui ornent cette salle, signalons celui du fondateur de l'ethnographie et de l'archéologie slaves, Schafarik. L'observatoire est aujourd'hui insuffisant pour les besoins de la science; il mérite d'être visité à cause de ses
Se niuici de ViUc.
collections; quelques-uns des instruments qu'il possède ont servi à Tycho Brahe, dont nous avons déjà parlé à propos de Rodolphe II et dont nous saluerons tout à l'heure le tombeau à l'église Sainte-Marie du Tyn.
L'ancien réfectoire des Jésuites a vu, en 1791, la première exposition industrielle du royaume.
Cette exposition, notons-le en passant, est la première de toutes celles qui ont eu lieu en Europe.
L'Université de Prague, à l'époque où la langue allemande y dominait, comptait environ 2.000 étudiants; aujourd'hui, il y a deux Universités, l'une tchèque en a environ 4.000, l'autre allemande environ 1.500. Et les Slaves demandent l'établissement d'une seconde Université en Moravie.
Dans la cour du Clementinum, se dresse fièrement campée la statue d'un étudiant en costume militaire du xvil° siècle, un mousquet dans une main, un drapeau dans l'autre.
Ce monument, œuvre de Joseph Max, rappellera la bravoure déplo5'^ée par les étudiants lors du siège de Prague par les Suédois, en 1648.
L'Hôtel de Ville occupe un des côtés de la place de la Vieille- Ville. Cette place ne se pique point de symétrie. Edifices et maisons ont été plantés tout autour dans un désordre qui est peut-être un heureux effet de l'art. Quelques-unes d'entre elles, du côté de l'église du Tyn qui fait face à l'Hôtel de Ville, abritent leur rez-de-chaussée sous de massives arcades.
Au sud-ouest de la place, le palais municipal dresse sa tour carrée flanquée de quatre clochetons. \
En face, au sud-est, l'église Sainte-Marie du Tyn lance vers le ciel ses flèches élégantes.
La partie la plus ancienne de l'Hôtel de Ville c'est la petite chapelle gothique à échauguette, qui date du xiv° siècle. ^
La tour qui la surmonte est du xv°. En 1399, l'édifice primitif brûla; il fut reconstruit et agrandi dans la seconde moitié du xvi" siècle. Un joli portail Renaissance, du côté sud, est surmonté de la célèbre inscription : Praga caput regni.
A diverses époques, l'édifice a été remanié et élâfgi par des architectes qui ne se sont pas piqués de rester fidèles à l'idée primitive. La façade actuelle, ornée des statues des rois de Bohème, est de la première moitié du xix" siècle. La salle actuelle des séances du Conseil date de 1880.
Ce qui attire surtout l'attention des touristes c'est, à \^ base de la tour, l'antique horloge incrustée dans le mur, au sud de l'édifice. Elle rappelle un peu, par sa situation et par son élégance artistique, l'horloge du Palais de Justice de Paris (une horloge un peu slave, elle aussi, car elle porte les armes de Pologne accotées aux lys de France). ^L'horloge pragoise est plus ancienne et beaucoup plus compliquée que sa sœur parisienne. Elle date de 1490. Elle est l'œuvre du maître Hanus, qui fut, en son temps, un astronome fameux et qui enseigna les mathématiques à l'Université de Prague. Elle marque les heures à la vieille mode de I à 24; elle indique l'heure du lever et du coucher du soleil, les
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quartiers de la lune, etc. Au xix" siècle, fiel peintre Mânes la décora de
peintures fort remarquables qui représentent, dans deux cercles concentriques, les signes du zodiaque et les travaux des mois.
Il eût été dommage que cette œuvre délicate restât exposée aux
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injures des saisons. Les peintures originales ont été enlevées, remplacées par une copie et mises à l'abri au musée du Rudolphinum.
Ce qui, à Prague comme à Strasbourg, provoque surtout l'admiration des badauds — et j'en ai été — ce sont les automates dont l'horloge est agrémentée. C'est la procession des douze apôtres devant deux fenêtres qui s'ouvrent chaque fois que l'heure sonne; c'est le Temps qui brandit sa faux, c'est le coq qui chante au moment où les fenêtres se referment. I.'horloge est une des grandes merveilles de la Bohême.
L'intérieur de rilôtel de Ville nous présente un ensemble de salles à la fois confortables et artistiques. La grande salle du Conseil, la plus récente, est ornée de deux grands tableaux de Brozik, que nous avons vus naguère aux Salons de Paris, Jean Hus devant le Concile de Constance QtL' Election de Georges Podiehrad. 31oins confortable, mais peutêtre plus intéressante, est l'ancienne salle avec ses stalles de bois, son vieux Christ du XV1° siècle, ses portraits de souverains et les étendards historiques qui rappellent les luttes soutenues contre les Suédois. La salle dite rouge conserve les portraits des maires depuis le xvi" siècle jusqu'au xx°. Le dernier est celui de M. le D' Srb, un grand ami de la France, que nous avons vu plus d'une fois à Paris et avec lequel j'ai eu le plaisir de me rencontrer lorsque nous avons inauguré ensemble le monument commémoratif de la bataille de Crécy.
La chapelle est l'un des plus exquis spécimens de l'architecture gothique à Prague; elle est toute petite, toute mignonne; c'est plutôt un oratoire qu'une chapelle ; construite à la fin du xiv" siècle, elle a été restaurée sous Vladislav II et au xix= siècle; elle est suffisamment meublée; on y dit encore la messe et elle ne présente point à l'œil cette douloureuse nudité de la Sainte-Chapelle de Paris.
C'est à la place de l'Hôtel de Ville que se rattache le souvenir d'un des plus sanglants épisodes de l'histoire nationale. C'est sous les fenêtres mêmes de la maison municipale que furent exécutés, le 21 et le 22 juin 1621, en présence des commissaires et des juges impériaux, les patriotes qui avaient essayé d'arracher la Bohême à la domination de la maison d'Autriche.
Le monument religieux qui s'élève au centre de la place n'est point destiné à commémorer ce douloureux souvenir. C'est une colonne de la Vierge érigée en 1650 pour rappeler la délivrance de la ville assiégée par les Suédois.
Pénétrons maintenant dans l'église Notre-Dame du Tyn, ou Sainte-
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Marie du ïyn, comme on voudra -- à Paris, nous disons bien Notre- Dame des Champs — dont les flèches élégantes font pendant à la belle
tour de l'Hôtel de Ville. Mais, d'abord, qu'est-ce que le Tyn ou Teyn, comme disent les Allemands?
Portail de Sainte-Marie-du-Tyn.
Tyn est un mot slave qui veut dire enclos (comparez l'anglais town et l'allemand ^aun). Le tyn, c'était, au m03'en âge, l'enclos où se réunissaient les marchands, quelque chose comme le gostiny dvor (cour des marchands) des villes russes.