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LE THEATRE NATIONAL TCHÈQUE

vendez beaucoup et si vous fabriquez bien vite des briques, il faudra encore que l'actionnaire soit poète, public, et acteur. ;>

Ce programme si compliqué s'est réalisé en bien moins de temps que le poète satirique n'aurait pu se l'imaginer.

Le II novembre 1862, le théâtre provisoire s'ouvrit. Les représentations avaient lieu d'abord trois fois par semaine. A dater de 1863, elles eurent lieu tous les jours. J'ai à diverses reprises fréquenté ce théâtre qui jouait à la fois l'opéra, le drame et la comédie. Il était en somme très suffisamment confortable, et au point de vue artistique il m'a laissé les meilleurs souvenirs.

En 1868, grâce aux souscriptions réunies, on put procéder à la pose de la première pierre du Théâtre national. Ce fut une grande fête, non seulement à Prague, mais dans toute la liohème slave. Certaines communes, certaines corporations n'envoyaient pas seulement leur obole, mais leur pierre au sens littéral du mot. Ces pierres arrivaient en grande pompe sur des charriots décorés de feuillages, traînés par des bœufs enguirlandés. Des cortèges pittoresques s'organisaient et ils donnèrent plus d'une fois lieu à des manifestations politiques qui eurent pour résultat des poursuites judiciaires.

Le devis primitif du théâtre avait été évalué à 500.000 florins, soit un peu plus d'un million. On s'aperçut bientôt que ce chiffre serait facilement dépassé. La Caisse d'épargne du royaume consentit au comité un prêt de 200.000 florins et la Diète alloua un subvention de 300.000. Une loterie produisit 300.000 florins. Des souscriptions nouvelles recueillies en Bohême et en .Moravie, partout où il existe des colonies tchèques, même en Amérique, rapportèrent encore 200.000 florins.

L'œuvre une fois mise en train marcha vivement : toute la décoration du théâtre entreprise sur les plans de Zitek fut uniquement confiée à des artistes nationaux. La date de l'ouverture du théâtre était déjà fixée à l'automne de l'année 1881. Par malheur des plombiers qui travaillaient sur le toit laissèrent tomber des charbons ardents dans l'intérieur du théâtre (12 août 1881^, un incendie formidable éclata. Il ne resta d'intact que les murailles, le vestibule, les foyers, la loge royale et la cage de l'escalier. Cet incendie fut pour toute la Bohême slave une l'éritable catastrophe, 3lais les patriotes ne perdirent pas courage; ils se remirent vaillamment à l'œuvre. Au bout de quelques semaines un nouveau million de florins fut réuni. Le plan primitif de l'œuvre fut légèrement modifié; le théâtre fut agrandi et le 18 novembre 1883 il était solennellement inauguré. Au début on avait, comme je l'ai dit tout à l'heure, tablé sur un

devis primitif de 500.000 florins. On était arrivé à en dépenser 3.235.000, c'est-à-dire pas loin de 7 millions de francs. Commencé par Zitek, le théâtre avait été achevé par M. Schulz aidé de MM. Kusy et Pokorny. L'enthousiasme fut tel que des trains spéciaux s'organisèrent dans toute la Bohême et même la Moravie pour permettre aux provinciaux d'admirer l'œuvre à laquelle le pays entier avait contribué.

Le théâtre se dresse à l'endroit même où était le théâtre provisoire, à l'extrémité de la rue Ferdinand, sur le quai de la Vltava en face de la colline sur laquelle s'étage le jardin Kinsky et des îles verdo3'antes autour desquelles semblent s'attarder les eaux brunes de la Vltava. Il est construit dans le style de la Renaissance classique. Il est précédé d'un portique sur lequel se dresse une loggia dont les arcades s'encadrent de pilastres corinthiens. La balustrade qui surmonte la loggia supporte les statues d'Apollon et des neuf Muses, œuvre de Schnirch. Non loin de ces divinités classiques à droite et à gauche de la loggia se dressent les statues de Lumir et de Zaboj — deux Slaves légendaires imaginés par un texte apocryphe mais tellement populaires que l'artiste a tenu à les opposer aux divinités du paganisme classique. Le rôle de l'artiste c'est d'exploiter la légende, quelles que soient ses origines ; ce n'est point à lui d'en discuter l'authenticité.

La décoration intérieure du monument est consacrée tout entière à la glorification du pays tchèque et de son histoire. Et ce sont les artistes nationaux les plus illustres qui se sont disputé l'honneur d'embellir les voûtes et les murailles. Il suffit parmi les peintres de rappeler les noms de Charles Liebscher, de Zenisek, de Hinays, de Marak, de Brozik, parmi les sculpteurs ceux de Schnirch, de Wagner, de Myslbek.

Une partie du théâtre particulièrement intéressante au point de vue artistique c'est la loge royale avec ses dépendances : Hina3-s, Marak, Brozik l'ont décorée de peintures qui célèbrent les souvenirs historiques du royaume et des diverses dynasties qui se sont succédées sur le trône de Bohême.

Le foyer est orné des bustes des auteurs, des artistes dramatiques et des personnages politiques qui ont le plus contribué à la gloire et à la prospérité du Théâtre national.

Le budget annuel de la maison est de plus d'un million; le théâtre met ses habitués au courant des grandes œuvres littéraires ou musicales de l'étranger, notamment de la France. Il leur offre également des œuvres originales parmi lesquelles les productions musicales sont naturellement pour nous les plus intéressantes. Nous allons parler tout à l'heure de la

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