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L ARCHITECTURE

L'architecture religieuse en Bohème a passé successivement par les deux étapes du roman et du gothique : un type spécial d'architecture

romane en Bohême, ce sont les chapelles circulaires apparentées au style byzantin dont Prague possède trois curieux spécimens que nous signalerons en temps et lieu.

L'église romane la plus intéressante de la capitale, c'est la basilique de Saint-Georges dans l'enceinte du château de Ilradczany. Elle remonte au xir siècle.

Le style gothique se développa surtout pendant la période de la maison de Luxembourg, notamment sous le règne de Charles IV. Nous avons

\ citibulo lie la Caisse d'épargne.

dit ailleurs quel rôle la France joua en Bohême pendant cette période (voir. chap. II).

La période postérieure du gothique — ce que nous appellerions en France le gothique flamboyant — s'appelle en Bohême la période du style Vladislav (du nom du roi Vladislav Jagellon (1471-1516). Prague n'a pas seulement des églises gothiques (la cathédrale de Sainte-Marie du Tyn, Notre-Dame des Neiges, Saint-Charles), elle possède aussi des édifices civils du style gothique : une partie de l'hôtel de ville, les deux tours du pont de pierre, la tour poudrière. Français et indigènes, Slaves ou Allemands, ont contribué à la construction de ces monuments.

Le style Renaissance apparaît assez tard en Bohême et y est importé

par des Italiens. L'une des œuvres les plus parfaites qu'il ait produites est le fameux Belvédère du château ro3'-al (1534). Les architectes et ouvriers italiens sont nombreux à Prague dans la seconde moitié du xvi' siècle L'ordre toscan est celui qui prévaut généralement * le Corinthien est réservé aux portes et aux fenêtres. Une petite portion de l'hôtel de ville appartient à cette période : c'est non loin de la fameuse horloge, le joli portail surmonté de la fameuse inscription : Praga captitrcgni. L'une des œuvres les plus intéressantes de la Renaissance bohémienne, c'est le palais Schwarzenberg dans le quartier de llradczany. La partie du palais de Hradczanv due à l'italien Scamozzi (niorten i6i4),appartientégalementàcette période.

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L'Académie Straka sur la rive gauche de la Vltava.

Prague n'a pas, que je sache, conservé d'église appartenant au pur style Renaissance. En revanche, à dater de la seconde moitié du xvr' siècle et surtout au xvil'' et au xviil', les jésuites y font dominer le st3'le qui porte leur nom et qu'on désigne en italien sous le nom de barocco. Sans entrer dans de longs détails techniques, il me suffit de dire que ces églises sont établies sur le type de Saint-Roch ou de Saint- Pierre-et-Saint-Paul pour prendre à Paris nos points de comparaison. L'ornementation intérieure est souvent d'un luxe criard et de mauvais goût ; colonnes cannelées, abus des dorures et du clinquant, des fresques voj'antes où des personnages se tortillent le plus souvent en des poses invraisemblables ; statues aux allures contournées comme on en peut voir sur le pont de pierre, où les côtés ridicules de certaines d'entre elles sont quelque peu atténués par la poésie du décor.

Les représentants les plus distingués du style barocco à Prague sont les deux Dinzenhofer, Christophe mort en 1722 et Kilian Ignace, mort en 1752. Ils ont attaché leur nom à la plupart des édifices civils et religieux de la première moitié du xvill^ siècle, et il faut avouer que d'un style assez médiocre ils ont su, particulièrement dans les bâtiments civils, tirer un heureux parti. Je ne puis, on le comprend, entrer ici dans des détails techniques que ne comportent ni le format de ce volume ni mon incompétence. Un trait me frappe d'une façon générale quand je

le palais de la Société d'assurances générales.

parcours les rues de la vieille Prague : c'est le goût des hommes du temps passé pour la parure extérieure de la maison. Ils ne voulaient pas seulement dresser des cubes de maçonnerie habitables ; il voulait que la façade charmât le regard par quelque recherche d'agrément.

Il m'arrive quelquefois de visiter telle grande ville de la France du Nord, riche et prospère où dans des rues effroyablement rectilignes s'allongent des façades mornes percées de quelques trous carrés pour la lumière.

Les architectes de ces plates horreurs, les riches propriétaires qui les ont commandées et qui les habitent n'ont certes rien de commun avec ces bourgeois ou seigneurs de l'ancienne Prague qui voulaient que dans la façade de leur maison, dans la courbe de leur porte cochère, dans la

plinthe de leur fenêtre il y eût quelque chose pour le plaisir des yeux.

J'ai dit plus haut quel attrait prêtent à certaines des vieilles maisons de Pf-ague, ces enseignes sculptées dont nous n'avons plus que de rares spécimens à Paris (le dragon du passage de ce nom, les canettes ou canetons de la rue des Canettes, le Cherche-Midi de la rue du Cherche- Midi, le rémouleur de la rue de Fourcy).

Dans la seconde moitié du XIX" siècle, Prague a pris un développement considérable. Les anciens remparts ont été abattus et des quartiers tout entiers, des cités nouvelles ont jailli à leur place. De vastes édifices d'intérêt public, musées, théâtres, églises, ont été créés. Les architectes n'ont point chômé. Parmi ceux dont l'œuvre est la plus considérable, je signalerai Zitek dont le nom se rattache à l'exécution du théâtre national, Barvitius auquel on doit la basilique de Saint-Vacslav à Smichov, Hlavka qui a construit à Prague la Maternité qui rappelle certains béguinages de Belgique, Rostlapil auquel on doit l'Académie Straka. C'est un établissement situé sur la rive gauche de la Vltava, en face du Rudolfinum et destiné à l'éducation des jeunes nobles sans fortune. Schultz a construit avec Zitek le Rudolphinum ou palais des beaux-arts ; on lui doit en outre le musée des arts décoratifs et le musée du royaume de Bohême qui barre de façon si grandiose la place de Saint- Vacslav du côté du Midi. Mocker (1825-1891) a attaché son nom aux travaux d'achèvement de la cathédrale de Saint-Vit, de la collégiale de Vysehrad, de la Tour poudrière. C'est le VioUet-le-Duc de la Bohême. Wiehl, élève de Zitek, s'est surtout appliqué à embellir la cité de maisons en style néo-Renaissance, d'un aspect aimable et harmonieux. L'ancien quartier juif, qui était tout ensemble une des curiosités de Prague et une de ses misères, a presque tout entier disparu ; une belle et vaste rue l'a éventré de part en part; un quai nouveau s'est construit sur la rive droite delà Vltava; les anciens remparts ont fait place à de jolis jardins bordés de riches bâtiments. Il ne semble pas toutefois qu'un style propre se soit élaboré ; certaines maisons ornées de fresques, d'écussons multicolores jettent une note joyeuse dans la monotonie des rues blanches, d'autres allongent vers le ciel des frontispices arrondis d'un style que nous appelons, ici, décadent et que là-bas on appelle, je crois, sécession. Les archéologues, amoureux du passé, ne sont pas sans s'effrayer quelque peu de ces nouveautés; en tout cas elles attestent des goûts esthétiques qu'il convient de louer et d'encourager : l'horreur du cube banal de maçonnerie et le désir de distraire les yeux par le charme du nouveau et de l'imprévu.

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