Mii.i.i:itAM
pide clarh' ! aucune iuiaginalion : que de logique- ! II méprise les arliliics de langage, il n'en use que pour les arguments. Bref, il raisonne ronstaninient avec une ardeur perpéluellcment ronlenue : sa phrase est terne puissamment. C'est lorateur parlementaire le meilleur qui soit. Il serait incomparable omleur si son cœur aiiimail sa parole. De .Millerand on pourrait tout attendre ou 1 on pourrait tout craindre si, étant un dialecticien, étant un orateur, il était par surcroil un homme.
Or, il n'y a pas lieu d'en rien attendre : on mdoit rien craindre de lui. Parmi les vicissitudes politicennes, il hésite, il fléchit. Et son âme, ondoj'anle en son uniformité monotone, s v meut. Rien de fermement saisissahle en l'invalidité de ses ambitieux desseins. Déserlera-l-il, un jour, les chemins encombrésquiconduisentaux ministères ?Mais souvent, par des modérations opportunes, il semble se hàti-r vers ces routes. Souvent aussi d'opportunes violences paraissent l'engager dans la révolution. Donc, Millerand est révolutionnaire à ses heures, et je <iiis pour cela très rassuré. Autant Millerand demeurera chef du p?rti socialiste, autant sera remise la révolution que ce parti médite. Pour être révolutionnaire longtemps, il faut trop de vigueur. Millerand n'est point homme à marquer efCeclivemcnt d'aussi vives énergies.
Mais pourquoi cet esprit grave et méthodique s'isole-t-il dans la stérile interprétation des petits mouvements parlementaires et s'agite-t-il dans l'infécondité ? Ilélas, dans l'incertitude de ses postures vai'iables à lexcès, un trait de sa physionomie demeure, autour duquel se rassemblent aisément
MILLERAKD 311
tous les détails. Millerand vit la vie politicienne parce qu'il a l'âme d'un politicien. Ses aml^itions le poussèrent trop jeune en un milieu, contre lequel aucune résistance. 11 est une victime du Parlement.
Victime irréparable. Rien désormais ne le peut distraire de ses préoccupations médiocres. lia irrémédiablement l'âme et l'esprit de son rôle. Son défaut de culture littéraire, qui est absolu, qui est complet, lui interdit de se libérer de l'oppression and^iante.
Toutefois, la formation et la méthode juridiques, dont il offre le témoignage, dérobent aux regards l'incertitude excessive des idées, affermissent les contours de la volonté ; enfin, parent l'individu d'une rol)uste et saine vulgarité.
CIIAPITIir] VII