CHAPITRE XIII
Quel est le zèle qui est agréable à Dieu , et quel est celui qui ne l'est pas.
Il y a de fausses vertus aussi bien que de véritables : car le Sage nous apprend qiw7
(1) Qui converti faciet peccatorem ab errore viae suae , salvabit aoiruam ejus à morte, et operiet inultitudinem peccatorutn. Jacob. 5. 20.
(2) Redi in domum tuam, et narra quanta tibi fecit Dominns : et abiit per universam civitatem , praedicans quanta illi fecisset Jésus. Luc. 8. 09.
iyorr*x u ilON DE LA COMP. DE JÉSUS. I27
y a des gens qui s "humilient faussement , et dont V intérieur est plein de dissimulation ( i). Ils paroissent humbles et ne le sont pas; ils portent de mauvais habits , ils marchent la tête baissée et les jeux en terre, ils parlent d'un ton de voix modeste, ils soupirent à tout moment, et ils appellent a tout propos des pécheurs et des misérables; mais dites-leur quelque parole capable de leur faire de la peine , ils se troublent, ils s'emportent, et découvrant ainsi ce qu'ils cachoient avec tant de soin , ils font voir que tout cet extérieur n'étoit que déguisement et que grimace. Or , comme il y a une espèce d'humilité qui paroît bonne et qui ne l'est pas , il y a aussi une espèce de zèle qui paroît louable, et qui ne l'est pas, parce qu'il est indiscret et mal réglé: etcJest de quoi l'Apôtre nous avertit , quand il dit : Je leur rends témoignage qu'as ont le zèle de Dieu, mais ils ne Font pas avec discernement (2). Tel étoit le zèle que le Sauveur condamna en saint Jacques et en saint Jean , qui étoient indignés de ce que les Samaritains n'avoient pas voulu les recevoir ; car leur indignation les ayant portés à lui dire : Seigneur, voulez-vous que nous di' sions que le feu du ciel descende et qu'il les consume ? il leur répondit : Vous ne savez pas quel est F esprit qui vous inspire. Le Fils
(r) Est qui nequiter humiliât se, et interiora ejus plena sunt dolo. Eccli. 19. 23.
(2) Testimoniuua perhibeo illis , quôd aemulationem Dei habent,sed non secundùm scientiam. Rom. 10. 2.
128 PART. III. TRAITE r. triAx. VTH.
de r homme n est pas venu pour perdre les âmes , mais pour les sauver (1). Puisqu'il y a donc un bon et un mauvais zèle , et que d'ailleurs il est dangereux que la ressemblance qu'ils ont l'un avec l'autre ne les fasse confondre , il ne sera pas inutile de marquer ici quel est le bcii zèle qui est agréable a Dieu , et quel est le mauvais zèle qui manque de discernement et de science; afin que, quand on les connoîtra bien tous deux, on embrasse l'un avec ardeur, et qu'on évite l'autre avec soin.
Saint Denis traitant ce sujet, dit (2) qu'il faut en user envers les pécheurs, comme on en use envers les avengles. On ne maltraite point un aveugle parce qu'il ne sait pas où il va , et on ne s'en met point en colère contre lui ; au contraire , on en a pitié, et on le conduit par la main. Les pécheurs sont des aveugles, suivant ces paroles de Sophonie. Ils marcheront comme des aveugles j parce qu ils ont péché contre le Seigneur (3). Il ne faut donc pas s'emporter d'abord contre eux, et souhaiter leur punition et leur perte; mais il faut en avoir compassion, leur enseigner lecliemin de la vérité et les conduire avec charité et avec tendresse, à l'exemple du bon pasteur qui va chercher la brebis égarée,
(1) Domine, vis dicamus ut ignis descendat de coelo , et consumât illos ? Rescitis cujus spiritùs estis. Filius homiuis Bon venit animas perdere, sed salvare. Luc. 9 54. 55. et 56.
(2) Pionys. reop. Ep. 8 ad Demos, demansuet et béni g.
(3) Ambulaant ut caeci , quia Domino pecceveruDt. Su' fhon. 1. 17.
INSTTa-«riiUN DE LA COMP. DE JÊsus. I2Q
qui l'appelle , qui la prend sur ses épaules , quand il l'a trouvée , et qu'il la ramène au bercail en cet état ; et à l'exemple du père de famille qui reçoit l'enfant prodigue avec des entrailles véritablement de père.Voila un zèle bon et selon Dieu; le zèle qui fait qu'on s'emporte de colère contre les pécheurs, est un mauvais zèle qui ne plaît point à Dieu , parce qu'il n'est pas conforme à sa bonté infinie.
Le même saint rapporte à ce propos une chose qui arriva a saint Carpe , que Dieu favorisoit de beaucoup de révélations, et qui n'offroit jamais le sacrifice de l'autel , sans en avoir été averti auparavant par une révélation particulière ; et il marque que c'étoit de saint Carpe lui-même qu'il a voit appris cette histoire. Un nouveau chrétien s'étant laissé pervertir par un fidèle , saint Carpe en fut si affligé que, dès le jour même qu'il le sut , il en devint malade. Son mal cependant ne l'ayant pas empêché de se lèvera son ordinaire sur le milieu de la nuit pour prier, l'indignation qu'il avoit conçue contre l'infidèle qui avoit séduit le nouveau chrétien qui avoit abandonné J. C. , l'emporta à s'en plaindre vivement à Dieu, en disant : Il n'est pas juste, Seigneur, que les médians vivent; jusqu'à quand les souffrirez-vous ? pourquoi n 'envoyez-vous pasle feu du ciel pourles dévorer? Et comme il achevoit ces paroles , il lui sembla tout d'un coup que la maison où il étoit, avoit tremblé, qu'elle s'étoit entr'ouverte, et
j3o PART. III. TRAITÉ I. CHAP. «S*.
que du milieu de l'ouverture qui s'étoit faite, il sortoit un feu prodigieux qui s'élevoit jusqu'au ciel. Au haut du ciel, et précisément au-dessus de ce feu , il vit Jésus-Christ assis sur le trône \ de sa gloire et environné d'une infinité d'anges ; et jetant ensuite les yeux vers la terre , il aperçut un précipice qui alloit jusqu'au fond de l'enfer , et qui faisoit horreur à voir. Les deux hommes contre qui il étoit si indigné , étoient sur le bord du précipice, tremblant de peur, et de temps en temps il sortoit du creux de l'abîme des serpens et des couleuvres qui, tantôt en les épouvantant par leurs sifïlemens, et tantôt en leur entortillant les jambes, et en les piquant,, tâchoient de les faire tomber. Il en sortoit aussi des hommes noirs qui essayoient de faire la même chose , ou en les tirant à eux* ou en les poussant ; et il sembloit au saint , que non-seulement il étoit bien-aise de voir ces deux hommes dans le péril, mais qu'il lui tardoit qu'ils ne tombassent effectivement^et qu'il eût presque voulu les aller pousser luimême. Dans cette pensée , il lève les yeux au ciel , comme pour demander a Dieu qu'il achevât de les perdre ; et alors il voit Jésus- Christ , prenant pitié d'eux, descendre de son trône dans l'abîme , les tirer du péril où ils étoient , et les placer parmi les anges; ensuite se tournant vers lui , il lui dit : \ous pouvez maintenant étendre la main pour me frapper, parce que je suis encore prêt à souf-
lNST,Ir»'c;'JLjLU-N DE LA COMP. uïl jesuS. l3l
frir pour les pécheurs ( i ).Ne trouvez-vous pas qu'il vaut mieux être en ma compagnie et en celle des anges , qu'en la compagnie des serpens et des démons 1 La vision disparut ensuite ; et l'homme de Dieu en tira ce fruit , qu'il se corrigea de l'indiscrétion de son zèle, et qu'il comprit, comme nous devons aussi le comprendre, que ces sortes de zèle ne peuvent pas être agréables à Dieu. Dieu ne veut point la mort des pécheurs, car les pécheurs lui ont trop coûté ; ce sont des en/ans de douleur (i) , qu'il a enfantés sur la croix, et qui lui ont coûté tout son sang: c'est pourquoi il ne souhaite pas qu'ils périssent ; il souhaite seulement qu'ils se convertissent , et qu'ils vivent éternellement.
Le prophète Jonas a voit annoncé auxNinivites de la part de Dieu , que leur ville seroit détruite dans trois jours ; et voyant ensuite que ces prédictions n'avoient point d'effet, il souffroit impatiemment que Dieu ne la détruisît point , comme il l'en avoit menacée. En cet état il sort de la ville, et s'étant fait un abri > il s'assied à terre ^ et alors Dieu fit croître tout d'un coup un lierre, qui s'élevant au-dessus de la tête du prophète , lui donnoit de l'ombre, et le défendoit de l'ardeur du soleil. Mais dès le lendemain, le lierre se sécha ar l'ordre de Dieu, et comme le prophète rûlé du soleil qui lui donnoit sur la tête ,
(i) Extentâ jàm manu, percute me , quia iterùm paratus snm pro peccatoribus pati.
(a) Benoni, Idest, filius doloris. Gen. 35. 18.
l32 PART. ni. TRAITE I. LtiAr. yTTi.
regrettoit la perte du lierre : Pensez-vous, lui dit le Seigneur, que 'vous ayez raison de vous affliger1. V ous êtes fdchè de ce que le lierre est mort '.cependant ce nesi point vous qui l'avez planté , ni qui l' 'avez fait croître ; et vous ne voulez pas que je pardonne à une grande vûle comme jSinive, où il y a plus de cent vingt nulle en fans qui n ont pas encore V usage de raison (i)? C'est une chose trèsremarquable , et qui vient fort bien a notre sujet, que ce que l'empereur Constantin dit dans le concile de Xicée, à un évéque nommé Acace, qui ne vouloit pas qu'on reçût a pénitence ceux qui avoient erré, et qui venoient abjurer leur erreur dans le concile. 0 Acace! lui dit-il, prenez une échelle , et montez seul au ciel, si vous pouvez. Un saint personnage, dans une occasion semblable , dit a un autre qui témoignoit une trop grande sévérité:Si la brebis que vous ne voulez pas recevoir dans yotre bercail, vous avoit coûté autant de sang qu'elle en a coûté à Jésus-Christ, vous l'y retireriez bien , et vous ne la laisseriez pas dehors , au hasard d'être dévorée des loups. 1/Ecriture-sainte nous fournit dans la personne de Moïse , un admirable modèle du zèle que les serviteurs de Dieu doivent avoir; et saint Augustin le remarque très-bien dans
(0 Pulasne benèirasceris tu ! Tu doles super hederam , in quâ non laborâsti, neque fecisti ut cresceret. Et ego non parcam Vinive civitati ruagnce, in quâ sunt plusqnàm centùm viginti millia hominum , qui nesciunt quidsit inter dexteram et sinistram suam ? Jon. 4« 4- 10» ^ \\%
ITCjrpkvtn-iua DE LA COMP. u& JESUS. l33
ses questions sur l'Exode (i). Moïse étant allé sur la montagne de Sinaï, pour y recevoir la loi que Dieu vouloit donner à son peuple, l'avoit reçue en deux tables de pierre y que Dieu avoit faites , et qu'il avoit écrites de sa main des deux côtés ; et ayant trouvé à son retour que les Israélites adoroient un veau d'or qu'ils avoient fait , il en fut si indigné qu'il jeta les tables qu'il portoit, et les brisa en pièces. Considérez, dit S. Augustin, quelle devoit être l'indignation de Moïse contre le péché du peuple , puisqu'il rompit les tables de la loi qu'il venoit de recevoir de Dieu, qui étoient écrites de la main de Dieu , et qui lui avoient été données avec tant de pompe et d'appareil, après avoir été quarante jours et quarante nuits a jeûner et à converser avec Dieu face à face. Quelque grande cependant que fût sa colère, il retourne aussitôt à Dieu, et il le prie avec tant d'instance pour les enfans d'Israël, qu'il lui demande ou de leur pardonner , ou de l'effacer du livre de vie. Voilà, dit ce père , quel doit être le zèle des véritables ministres de Dieu : ils doivent être d'un côté si zélés pour la gloire de Dieu , que les offenses que l'on commet contre lui les pénètrent jusqu'au cœur, et les remplissent d'indignation contre le péché; et de l'autre ils doivent avoir tant de compassion et tant de tendresse pour les pécheurs , qu'ils aillent s'entremettre aussitôt auprès de Dieu pour
(1) 4ug, sup. Exod. 49.
l3/{ PART. III. TRAITÉ I. *,*x^ yHf#
apaiser sa colère, et pour obtenir leur pardon comme fit Moïse.
L'Apôtre nous donne en lui-même unexemple semblable, lorsqu'il dit dans son épître aux Romains :Je vous assure en J.C., que je vous dis la vérité , et que je ne ments point; et ma conscience et le St. Esprit me sont témoins que j'ai un extrême déplaisir ., et une continuelle affliction de cœur , car je désirois moi-même d'être séparé de J. C pour mes frères les Israélites, qui sont du même sang que moi (i). L'Apôtre étoit d'un côté sensiblement affligé des péchés de ceux de sa nation, parce qu'il avoitune grande horreur du péché; et de l'autre, il avoit tant d'amour et tant de compassion pour eux, qu'il désiroit d'être anathème pour les sauver. On donne plusieurs explications différentes à ce que nous venons de dire de Moïse et de l'Apôtre. Saint Jérôme dit (2) , que cela ne doit s'entendre que delà mort corporelle, et que ce qu'ils souhaitoient, c'étoit de mourir dans le temps pour sauver leurs frères dansl'éternité. Pour cet effet , il prouve que le mot d'anathème se prend souvent dans l'Ecriture pour la seule séparation de l'âme d'avec le corps. Mais laissant maintenant à part plusieurs autres explications que Ton donne à ces deux
(1) Veritatem dico in Ghristo Jesu : non mentior , testi« monium mihiperhibente conscientiâ meâ in Spiritu sancto i quoniàm tristitia inihi magna est , et continuus dolor cordi meo Optabam enim ego ipse anathema esse à Christo pro fratribus meis , qui sunt cognati mei secundùm carnem , qui sunt Israelitae. Rom. g. i. a. 3 et 4«
(2) Hieron. Ep. adAtgasian.q» 9. et sup. Joan. e. a.:
INSTITUTION »■ «■* w»' »H JÉSUS. l35
passage je parlerai seulement de celle que saint Bernard leur donne (i) , et qui est trèsaffectueuse et très-juste. Il dit que Moïse,, dans l'endroit que nous venons de marquer , partait a Dieu avec un amour de père , ou plutôt avec les entrailles d'une mère, à qui rien ne sauroit donner de la joie , si l'on empêche ses enfans d'y avoir part. Supposez , dit-il , par exemple, qu'un homme riche invite une pauvre femme à un festin, et qu'il lui dise : Vous viendrez chez moi faire bonne chère; mais pour l'enfant que vous portez entre les bras , vous le laisserez dehors , car il crie, et il ne serviroit qu'à nous importuner. Croyez-vous que cette femme veuille être du festin à ce prix-la? ou plutôt n'aimera-t-elle pas mieux jeûner, que d'abandonner ainsi son enfant, et ne répondra-t-elle pas a celui qui l'aura invitée : Ou je ne veux point de votre festin, ou j'y veux amener mon fils ] Voila justement , continue ce grand saint , dans quel esprit Moïse parle à Dieu : il ne veut point entrer dans la joie de son Seigneur , si les enfans d'Israël qu'il aime avec une tendresse de mère en sont exclus.
Or, cette tendresse de mère, et ces entrailles pleines de charité et de compassion pour les âmes qui sont sous la tyrannie du démon , est ce qui plaît aux yeux de Dieu : c'est ce qu'il demande de notre zèle, et ce qui convient le plus à un ouvrier du Seigneur ; et c'est pour cette raison que saint Paul nous
(x) Bern. serm, îs. sup. CantK
l36 PART, in TniiTÉ t r.HAP. XIII.
exhorte à nous revêtir des entrailles de la miséricorde , comme les élus et les bienaimés de Dieu (i). L'Apôtre veut par-là nous rendre conformes à Dieu , qui est tout bon et tout miséricordieux, et à ce souverain pontife, duquel il dit, que nous 11 avons pas un pontife qui ne puisse pas compatira nos infirmités (2); et il veut qu'a l'imitation de notre maître , nous compatissionsaux faiblesses denotreprocliain. Saint Àmbroise(3), dans le second livre de la pénitence , ne demande autre chose a Dieu que celte compassion tendre et chari* table pour les péchés d'autrui; et il l'eut en effet h un tel points que Paulin dit de lui dans sa vie, qu'il pleuroit avec ceux qui se confessoient a lui, et qui lui découvroient le mauvais état de leur conscience. On attire bien plutôt les pénitens à Dieu par ce moyen , que par un zèle indiscret et rempli de dureté; car comme rien ne porte davantage a aimer, que de voir qu'on est aimé , l'affection que le confesseur témoigne au pénitent , en compatissant avec charité à sa faiblesse^ lui gagne le cœur ; alors tout ce qu'on lui dit dans cet esprit fait impression sur lui ; et , quelque correction qu'on lui fasse, il la reçoit avec soumission , et comme venant d'un véritable père. C'est pourquoi saint Basile veut (4) que toutes
(1) Induite vo? ergô, sicut electi Dei, sancti et dilecti / viscera misericordiae. Coloss. 3. 12.
(1) Non enim habemus pontificem , qui non possit compati infirmitatibus nostris. Hebr. 4« »5.
(3) jimbr. L 2. de Pcen*
(4) Basil, in rcgul. brev, inttrrog, 184.
T>vriiTUTfON DE LA COMP. DE JESUS. ^7
celles gue Ton fait , soient remplies de tendresse , comme si une nourrice pressoit son nourrisson contre son sein (i); et en sorte gue celui gue l'on reprend puisse être persuadé, gue tout ce gu'on lui dit part d'un pur mouvement de charité et du désir gue l'on a gu'il fasse son salut. C'est là savoir verser de V huile et du vin (2) dans les blessures, comme le Samaritain de l'Evang le ; et lorsgue l'on mêle ainsi la douceur de la compassion avec ce gue la réprimande a d'elle-même de fâcheux , on guérit bien mieux les plaies de l'ame, gue guand on traite les pécheurs avec sécheresse et avec dureté. Car vous ne gagnez rien ordinairement par- là sur leur esprit; vous ne faites, au contraire, gue les aigrir et les effaroucher ; et non-seulement vous les éloignez de vous , mais vous les éloignez aussi de tous ceux de votre ordre, parce gu'ils supposent gu'ils ont tous la même dureté et la même sécheresse. Saint Bernard parlant de la manière dont on doit en user dans les corrections , allègue l'exemple de Joseph, gui ne pouvoit retenir ses larmes (3) , dans le temps même gu'il faisoit des reproches à ses frères ; il montroit bien par-là gue ce n'étoit point avec colère et avec indignation qu'il les faisoit , mais gue c'étoit avec un cœur pleitt d'affection et de tendresse.
(1) Tanquàmsinutrix foveat filios suos. i. Thess. 2.7.
(2) Infundere oleum et vinnm . Z«c. io. 34-
\3) Non se poterat ultra cohibere Joseph. Gen. /J5. 1.
l38 PART. III. TRAITÉ I. CHAP. A«T.
Une raison qui peut beaucoup aider à nous donner cette compassion pour les péchés de notre prochain , et nous empêcher de nous mettre en colère contre lui , est celle que propose le père Avila. Les péchés de notre prochain peuvent , dit-il (i) , se regarder de deux manières , ou comme une offense faite à Dieu , et en ce cas-là nous devons en avoir de l'indignation , et souhaiter qu'ils soient punis ; ou comme un mal de notre prochain, et alors bien loin de nous en mettre en colère, nous devons en avoir pitié. Car le péché étant le plus grand de tous les maux qui puissent arriver aux hommes , il n'y en a point par conséquent qui soit plus propre a exciter notre compassion , quand on le considère de cette sorte; et même plus un homme a péché , plus il la doit attirer , parce que son mal est plus grand, et qu'il en est plus à plaindre. De même que les injures et les extravagances que dit un frénétique donnent plutôt de la compassion que de la colère , parce qu'on les regarde comme un effet du mal qu'il souffre , plutôt que comme une offense qu'il fait j de même nos péchés excitent plutôt la pitié que la colère de Dieu , lorsqu'il lui plaît de les regarder comme une suite de la corruption de notre nature , plutôt que comme une offense que nous commettons contre lui. Or, voilà ce que nous devons faire à l'égard des péchés de notre prochain , les regarder comme un mal qu'il a , les regarder avec pitié , et non
(i) J\I. Avila. c* 2i, sup% Audi, filia^
jnp«a-UTION DE LA COMP. DE JESUS. I 3q
pasavecindignation,lesregarderennncomme nous souhaiterions que Dieu regardât les nôtres ; et ce sera là un zèle selon le cœur de Dieu, dont les entrailles sont pleines de miséricorde.